Accompagnement des parents
confrontés au décès de leur tout-petit (décès périnatal)
Hôpital Jeanne de Flandres - CHU de Lille (59)
Centre Hospitalier Régional et Universitaire de Lille
59037 LILLE Cedex
Hôpital Jeanne de Flandre
Pôle de Pathologie Maternelle et Fœtale et réanimation néonatale.
Dr. Maryse DUMOULIN
Maître de conférence en éthique et Santé Publique
Médecin Praticien associé référent deuil périnatal
tél : : 03.20.44.63.52. (messagerie 24h/24)
courriel : mdumoulin@chru-lille.fr
Vers 1990
1er constat : Grand mal être physique et psychique voire traumatisme des mères, des pères et de la fratrie après le décès d'un nouveau-né. Complications psychopathologiques de deuil rapportées chez près de 60% des mères. Peu de mères revenaient en consultation postnatale ou pour le suivi de la grossesse suivante (changement d'établissement). Grand malaise ou fuite des soignants face à ces familles éprouvées. Des collègues belges et anglais qui avaient une prise en charge différente du décès périnatal ne partageaient pas le même constat.
2ème constat : Peu ou pas de reconnaissance juridique des enfants décédés en période périnatale, décalage entre réalité médicale d'un nouveau-né décédé et sa réalité juridique, conséquences sur les droits civils et sociaux des parents et sur le devenir du corps (impossibilité de funérailles, ...).
En 1993, 3ème constat : (à partir d'une enquête sur le ressenti maternel après décès périnatal) Peu de contact des mères, encore moins des pères et pas du tout de la fratrie, avec l'enfant décédé. Peu de preuves tangibles d'existence de l'enfant. Rituels funéraires et funérailles inexistants ou escamotés. Ignorance du devenir du corps dans bon nombre de cas (des parents comme des soignants).
Accompagner les parents confrontés à un décès périnatal afin d'éviter les complications psychopathologiques du deuil en favorisant la reconnaissance d'un patient dans le foetus décédé et la nécessité d'un véritable travail de deuil à faire par les parents, la fratrie et aussi des soignants.
Améliorations attendues : Mieux-être parental, diminuer le risque de complications liées au deuil (le ramener à 5% maximum comme dans les autres types de deuil) et également améliorer le "confort" de travail des soignants. Le projet est destiné à l'ensemble des soignants et administratifs de périnatalité. Usagers cibles : nouveau-nés décédés, parents, fratrie et la famille élargie.
"Mise en place d'une démarche d'accompagnement des parents depuis l'annonce du décès ou de la malformation grave jusqu'aux funérailles et suivi de deuil après la sortie. Constitution d'un groupe de travail et d'un coordonnateur. Information et formation des professionnels concernés à toutes les étapes de la prise en charge. Détermination pour chaque étape de qui fait quoi et quand et comment?
A l'initiative du projet : Drs. Maryse DUMOULIN (cf + haut) et Anne-Sylvie VALAT (obstétricienne).
Groupe de travail : médecin coordonnateur, obstétricien, pédiatre, psychologue, cadre sage-femme,
puis un référent administratif.
Personnels concernés : tous les professionnels de périnatalité obstétriciens, sages-femmes, pédiatres, puéricultrices et auxiliaires de puériculture, psychiatres et psychologues, foetopathologistes, généticiens, brancardiers, aides-soignants, agents des chambres mortuaires, agents de services, aumôniers, administratifs...
"Difficultés :
Eléments facilitateurs :
L'expérience remonte à plus de 10 ans maintenant. Il faut compter une bonne année pour la mise en place effective de l'essentiel de la procédure.
"Moyens matériels et financiers :
1. aménagement de la chambre mortuaire (décoration, berceau et parure, habits de bébé, matériels pour toilette et soins au corps, secteur réfrigéré de froid négatif... )
2. aménagement d'une pièce de présentation pour les enfants
3. aménagement d'un espace rituel pour les cérémonies d'adieu
4. un bureau pour recevoir les parents en deuil
5. réalisation de photos, six à huit par enfant (appareil photo, développement papier ou impression
6. les cercueils et les transferts du corps vers le cimetière quand les parents ne prennent pas en charge les funérailles
7. livret d'accompagnement
8. classeur de procédures, fiches selon les quatre situations de décès ...
Moyens humains : redéploiement d'un mi-temps de médecin référent (ce peut être un cadre de santé), d'un mi-temps d'agent administratif (aide aux déclarations et funérailles) et de 2 mi-temps d'agents d'amphithéâtre.
Obtention des moyens :
1. exposé de la situation initiale et du projet par les deux médecins à l'initiative du projet aux directeurs administratifs du CHRU.
2. pour toute demande matérielle précise développer l'argumentaire et évaluer le coût
3. donner les retours-témoignages de remerciements et de contentements des parents. Partenaires extérieurs : Le maire et la municipalité (inhumation gratuite en cimetière, aménagement du carré des enfants ...), les professionnels du funéraire (crématoriums, transports et prestations simplifiées...), dons divers ( Fondation de France, crédits recherche, associations, labo pharmaceutiques, entreprises de pompes funèbres... pour l'appareil photo, les habits de bébé, le livret d'accompagnement..) "
Rôle des usagers : remplissage des questionnaires de satisfaction distribués dans le service.
Rôle des associations : essentiellement après la sortie mise à disposition de plaquettes d'informations sur les aides proposées par 3 associations "Nos tout-petits" (accompagnement deuil périnatal) "Petite émilie" (IMG) et Spama (accompagnement soins palliatifs en maternité).
L'association Nos tout-petits rassemble à la fois les usagers parents en deuil et des professionnels de périnatalité (médecins à l'initiative du projet, pédiatres obstétriciens, psychologues, sages-femmes, infirmiers aides-soignants, administratifs, aumôniers hospitaliers, ...).
L'association propose pour les parents en deuil un site internet : nostoutpetits.org, une écoute téléphonique, des entretiens de suivi de deuil, des groupes de partage et d'entraide mensuels, une aide à la fratrie, une aide juridique, un centre de ressources (livres, DVD, des moments de commémorations dédiés aux tout-petits décédés et à leurs familles (à Noël, aux fêtes des mères et des pères).
L'association propose pour les soignants, une possibilité de participer aux groupes de partage et d'entraide, une information sur les avancées juridiques, de nombreux témoignages de parents, des formations à l'accompagnement du deuil périnatal et à l'écoute de la personne en deuil. Les bénévoles d'association doivent être formés et supervisés.
Le projet a fait l'objet de plusieurs articles dans le journal du CHRU "Contact", de mises à l'honneur, citation et invitation lors de visites officielles (ex : inauguration de l'établissement). Le personnel spécifique et le projet ont été intégrés dans la signalétique, dans les organigrammes et les livrets de l'établissement. La direction de la communication externe transfère toutes les demandes d'interviews (très nombreuses, surtout lors des changements de lois ou de grands évènements de société ex : l'affaire des foetus de Saint Vincent de Paul..) dans la presse écrite, parlée et télévisée régionale et nationale, médicale spécialisée et générale.
Plusieurs reportages ont été réalisés dans notre hôpital sur ce projet : La naissance oubliée (1998), L'adieu aux anges (2000), N'être (2002), et diffusés en prime time sur les chaînes nationales.
De plus, l'exp érience Lilloise a été citée dans de nombreux ouvrages institutionnels (ex : le décès à l'hôpital de l'AP-HP par Marc Dupont) et en référence au bas de circulaire ministérielle (accompagnement du deuil périnatal).
Enfin de nombreuses formations des personnels de maternité et néonatalogie par des établissements de soins ont été demandées aux médecins à l'initiative du projet.
La plus-value est certaine pour l'usager. Les témoignages de la qualité de l'accompagnement sont nombreux. Les parents disent ne plus se sentir abandonnés, seuls avec leurs souffrances. Le suivi se prolonge après la sortie en lien avec l'association Nos tout-petits (www.nostoutpetits.org ).
Les patients reviennent volontiers dans l' établissement pour le suivi de la grossesse suivante. Les relations soignants-soignés s'en sont trouvées modifiées et s'envisagent dans un co-cheminement et non dans une relation hiérarchique descendante. Des soignants reconnaissent travailler plus dans le confort et moins dans la souffrance : "avant les femmes quittaient la maternité abîmées, morcelées.... après la mise en place de cette démarche d'accompagnement, on voit des parents qui repartent certes tristes mais sereins et apaisés.
Si nous osons poursuivre dans cette voie c'est parce que les parents nous renvoient des choses positives, des mercis, un mieux-être..."
L'évaluation a reposé : sur les impressions cliniques des soignants (reprises dans la plus-value ci-dessus), sur les retours positifs des parents (questionnaire de satisfaction, témoignages spontanés...), dans les taux importants d'acceptations parentales aux différentes propositions : globalement environ 80% des parents, avec notre aide, rencontrent leur enfant décédé, rapportent des habits, acceptent les traces (photos empreintes bracelets...), organisent une cérémonie d'adieu et des funérailles individuelles.
Le projet et sa mise en oeuvre a été crédité de la meilleure note dans la procédure d'accréditation de notre établissement. Il a été cité en exemple dans des documents officiels. Régulièrement, les procédures sont ajustées.
Constituer une équipe de 2 à 3 personnes volontaires et décidées pour mettre en œuvre le projet dans l'établissement.
Prévoir un temps de formation initiale (deuil périnatal, état des lieux dans l'établissement, etc...) avec un ou des soignants ayant déjà mis en place le projet dans l'établissement (contacter Dr. Maryse Dumoulin : 03.20.44.63.52) ;
un an après prévoir une rencontre pour faire l'état d'avancée du projet.
Pr évoir une supervision par un professionnel psy. extérieur au service pour le soutien de l'équipe.
Cette expérience nous apporte enrichissement mutuel, meilleur confort de travail et progrès vers plus d'humanité.