Mesdames, Messieurs
Je suis heureuse de pouvoir introduire vos journées de réflexion
consacrées à des questions importantes relatives au système
de soins. On sait que la santé tient une place à part dans
notre économie : 810 milliards pour la seule consommation
médicale, soit environ 8,7 % du produit intérieur brut.
C’est considérable : il y a dix ans, la part des dépenses
de santé dans le PIB était inférieure d’environ 10
% à ce qu’elle est aujourd’hui.
Cette dépense est prise en charge par la sécurité
sociale pour les trois quarts. Elle progresse régulièrement,
sous l'effet de l'innovation, de l'amélioration de la qualité
des soins mais également de la démographie : l'accroissement
de la population et le vieillissement de la population contribuent à
augmenter les dépenses d'environ 1 % chaque année.
Au total, l'évolution des dépenses de santé tient
essentiellement compte de ces tendances - il n'y a pas en France de rationnement
des soins. L'assurance maladie rembourse sans limitation des soins qui
sont dispensés et prescrits par les professionnels : depuis
1997, la collectivité a d’ailleurs consacré près
de 140 milliards de francs supplémentaires au système de
soins.
Au-delà de ces statistiques, il est clair pour tous que " la
santé n'est pas une marchandise " : c'est d’ailleurs
l'une des raisons qui justifient les réglementations qui encadrent
à la fois les pratiques médicales, les conditions d'activité
et les prix des actes ou des médicaments. De plus notre système
de soin répond à un " cahier des charges "
qui va au-delà de la production d’un service de santé de
qualité – on attend de lui qu’il soit accessible partout, tout
le temps et pour tous.
À cet égard, nous pouvons, je crois, être assez fiers
du résultat : en juin 2000, l'organisation mondiale de la santé
a classé le système français au premier rang mondial
au vu de nombreux critères comme la solidarité, l'espérance
de vie et le degré de satisfaction des usagers. Pourtant cette
distinction ne doit pas nous conduire à nous endormir sur nos lauriers :
pour garantir la meilleure prise en charge de la santé de nos concitoyens,
les dépenses s’accroissent, or nous devons constamment amplifier
notre vigilance pour être certains que les dépenses sont
bien justifiées.
Ces résultats permettent de fonder le prix payé pour la
santé. Néanmoins, le financement de la santé par
prélèvement obligatoire implique que quand l’un d’entre
nous bénéficie de soins, c'est l'ensemble des français
qui paye. A ce titre, l'ensemble des français a son mot à
dire sur l'évolution des dépenses. Le financement par prélèvements
obligatoires s'accompagne donc nécessairement d'une obligation
de transparence, autant sur le diagnostic, que sur les décisions
ou le suivi des décisions.
Ainsi, chaque année, le projet de loi de financement de la sécurité
sociale donne l’occasion d’un débat avec les parlementaires sur
le montant des dépenses de la sécurité sociale et
leur évolution – nous sommes d’ailleurs à l’Assemblée
Nationale en deuxième lecture du Projet de loi de financement de
la sécurité sociale et je retourne d’ailleurs à l’assemblée
nationale après mon intervention pour l’examen de ce texte. Plus
qu’ailleurs, les décisions opérationnelles s’effectuent
également dans la transparence : dans chaque région,
un comité régional d’organisation sanitaire (incluant élus,
représentants des employeurs, du personnel ou des usagers) examine
les évolutions d’activité ou les équipements lourds.
Pour chaque discipline, il est également défini un schéma
régional d’organisation sanitaire.
Pour les négociations des mesures sociales, chaque protocole donne
lieu à un comité de suivi qui associe les signataires et
tient informés les non-signataires.
Le financement par prélèvements obligatoires s'accompagne
d'une obligation de transparence sur le prix payé et de résultats
en matière de qualité. Je sais que vous êtes sensibles
à ces deux aspects : en tant que responsables d’entreprises, vous
êtes sensibles au niveau des prélèvements et en tant
que spécialistes de la santé, vous êtes évidemment
attentifs à la qualité des soins. Vous vivez vous-même
au quotidien l’équation que doivent résoudre ceux qui ont
la responsabilité du système de soins. Vous savez donc que
le sujet est complexe et qu’il ne se résout pas avec des solutions
simplistes – par exemple privatiser ou dérembourser massivement
pour ne citer que quelques unes de ces solutions simplistes.
Les contraintes de finances publiques, on ne doit pas les ignorer – en
général on ne peut d’ailleurs pas le faire. Mais il ne s’agit
évidemment pas de les intégrer d’une façon purement
comptable : l’économie de la santé, ce n’est pas une
santé à l’économie qui se traduirait par une baisse
de la qualité ou une réduction injustifiée du salaires
des professionnels. C’est au contraire expliciter les choix, poser les
arbitrage d’une façon transparente et, au final, accepter de payer
le prix s’il est justifié et si la répartition est correctement
justifiée.
En ce qui concerne son organisation, notre système de soins fait
également une large part à la complémentarité
entre le secteur public et le secteur privé, mais également
entre les différents acteurs du champ social. Et je crois que c’est
là un des secrets de sa réussite.
Hôpitaux et cliniques participent ensemble à l’offre de
soins au niveau local. Les Français sont très attachés
au rôle de l’hôpital public. Ils sont aussi attachés
à notre système mixte qui comporte également une
offre privée financée par l’assurance maladie. Le secteur
privé participe à hauteur de 30 % à la prise en charge
hospitalière de la population ; il regroupe 1.380 établissements.
Le système de santé français reste organisé
– et je crois que c’est une bonne chose- sur la base de la loi de 1991
sur la complémentarité de l’intervention de l’hôpital
public et des cliniques privées dans la réponse aux besoins
de la population.
Les cliniques ne sont en effet pas des entreprises privées de
droit commun. Elles sont financées à 9/10e par
l’assurance maladie et elles font partie intégrante du système
de soins : la fermeture ou l’ouverture d’une clinique n’est jamais
sans conséquences sur l’activité des hôpitaux de la
même zone. C’est pourquoi le Gouvernement a prévu dans le
protocole du 7 novembre l’affectation de 1,7 milliard de francs
de crédits pour des mesures sociales et salariales des cliniques.
Ce protocole définit, et c’est la première fois, précisément
l’emploi de ces fonds - le financement d’actions en matière
sociale et salariale, - ainsi que les modalités de contrôle
associées. Le protocole contribuera notamment à la revalorisation
des salaires, notamment avec le fléchage vers les augmentations
de salaires des personnels y compris les infirmières. Et je mettrai
en place le 29 novembre l’Observatoire tripartite (Etat, syndicats et
représentants patronaux) pour veiller à ce que l’attribution
des fonds légitimement accordés aux cliniques aillent bien
aux augmentations salariales, dans le respect de la complémentarité
qu’apporte les cliniques dans notre système de soins.
La protection sociale est également diversifiée :
les différents régimes de sécurité sociale,
les mutuelles ou les assureurs coexistent d’une façon qui
donne globalement satisfaction. Là encore, lorsqu’on interroge
les Français, on constate qu’ils sont attachés à
cette diversité et à cette possibilité de choix.
Une partie des professionnels est salariée, l’autre possède
un statut libéral – médecins bien sûr, mais aussi
infirmières, masseurs-kinésithérapeutes, orthoptistes.
Quel que soit leur statut, ils réalisent tous un travail considérable,
que traduit bien l’image très forte dont ils bénéficient
– à juste titre - dans l’opinion. Je crois que nos professionnels
de santé font chaque jour la preuve de leur compétence :
cela a été le cas lors de l’explosion de l’usine AZF à
Toulouse.
S’agissant des médicaments, on retrouve également une complémentarité
entre ce qui relève de la politique de santé - la fixation
du prix ou la mise sur le marché -, qui sont encadrés et
ce qui relève du champ concurrentiel, comme la production des médicaments.
Il y a bien aussi complémentarité entre partenaires sociaux
– en charge de la gestion des organismes de sécurité sociale
– et l’Etat – garant des grands équilibres et de " l’ordre
public social ".
Plus largement, on trouve d’ailleurs une complémentarité
entre la santé et le reste du champ social. Par exemple, de plus
en plus, les assistantes sociales travaillent avec l’hôpital pour
assurer la continuité du suivi de ceux qui relèvent à
la fois de l’action sanitaire et de l’action sociale. Il est extrêmement
important de multiplier l’interaction entre les deux (cf. rapport de MM
Piel et Roeland sur la psychiatrie, remis en 2001). L’intérêt
d’un ministère qui associe la santé, l’emploi et la solidarité
est un véritable atout : ainsi, la lutte contre les exclusions
à naturellement inclus un volet d’accès aux soins qui n’aurait
peut-être pas existé si l’exclusion et la santé avaient
relevé de ministères différents. Un ministère
propre à la santé affaiblirait le poids de la santé
dans le système public de décision : jamais je n’aurais
pu obtenir les 2 milliards pour l’hôpital en loi de finance
rectificative pour 2001 au titre du protocole conclu par Martine Aubry
en mars 2000 sans l’existence de ce grand ministère de l’emploi,
de la solidarité et de la santé.
Je pense qu’au total notre système de santé réalise
un bon équilibre entre la part qui relève de l’Etat et celle
qui est ouverte au secteur privé. Pour cette raison, je suis en
profond désaccord avec les propositions qui ont été
avancées récemment par le MEDEF sur l’assurance santé.
Le MEDEF propose en effet :
- de déléguer aux assureurs privés la gestion de
l’offre de soins, sur la base d’un versement forfaitaire qu’ils recevraient
de l’Etat pour chaque assuré qu’ils prendraient en charge ;
- d’uniformiser les régimes de retraite et de les transformer
en régimes par points strictement contributifs ;
- de confier la gestion de l’assurance accidents du travail aux seuls
employeurs.
Cela fait déjà un certain temps que le MEDEF manifeste
qu’il ne croit plus au paritarisme, je crois que cette proposition
dégraderait notre système de santé. Vis-à-vis
de la question du choix entre privé et public, je n’ai pas une
attitude idéologique, mais j’ai une attitude pragmatique :
or il faut bien reconnaître, qu’il existe des domaines dans lesquels
le seul jeu du marché produit des résultats désastreux.
Les raisons tiennent essentiellement à deux points : d’abord,
dans la mesure où les dépenses de santé sont inégalement
réparties entre les personnes et touchent plus particulièrement
certains, c’est la sélection des " bons risques "
- plutôt que la bonne gestion – qui offre les perspectives de rendement
les plus fortes. On aboutirait nécessairement alors à
une santé à deux vitesses, où le système public
devrait prendre en charge les " mauvais risques ".
Ensuite, dans la mesure où l’enjeu principal est d’attirer les
" bons risques ", la concurrence entre opérateurs
s’accompagne de coûts de distribution et de marketing très
élevés – de l’ordre du tiers du coût total. On aboutirait
alors à un système profondément inégalitaire,
plus coûteux et pas forcément plus efficace, à
l’image de l’exemple des Etats-Unis, où la santé coûte
environ 40 % plus cher qu’en France – on a pas le sentiment que les Américains
sont mieux soignés.
Plutôt que la proposition du MEDEF, les Français attendent
d’autres réponses des responsables politiques. Il y a en effet
beaucoup à faire pour adapter ce grand service public qu’est la
sécurité sociale à leurs besoins en constante évolution.
Il nous faut améliorer la régulation du système de
santé sans créer des discriminations dans l’accès
aux soins. Il nous faut introduire dans nos régimes publics
de retraite la souplesse qu’en attendent nos concitoyens, quant aux conditions
du départ en retraite. Et il faut nous permettre de financer dans
la durée notre régime de retraite par répartition,
ce qui implique un nouveau pacte entre les générations.
Il nous faut enfin améliorer la réparation des accidents
du travail, et notamment aller vers leur réparation intégrale,
car la loi de 1898 n’est plus satisfaisante : personne ne comprend
que les accidents de voiture soient mieux indemnisés que les accidents
du travail.
La diversité des acteurs du système de soins est parfois
source de tensions, qui ne doivent cependant pas masquer tous les avantages
de notre système de santé. Le premier d’entre eux tient
à la méthode de travail qu’impose cette diversité :
la division ou l’affrontement conduisent au blocage.
Les progrès ne sont possible que par l’explication, la concertation.
Sur des sujets aussi importants que celui de la santé, j’estime
que cette " obligation démocratique " est une
très bonne chose. La mesure que j’ai présentée hier
à l’assemblée nationale pour rénover en profondeur
le cadre conventionnel, qui détermine les relations entre les professionnels
et les caisses illustre, je crois, cette méthode qu’il nous faut
continuer à approfondir. Le nouveau dispositif comprendra deux
niveaux :
- un accord-cadre transversal, qui s’appliquera aux professionnels qui
exercent en ville ;
- chaque profession fera ensuite l’objet d’une convention propre avec
les caisses de sécurité sociale, qui fixera notamment
les bonnes pratiques à respecter par les professionnels ;
Les professions qui ne concluront pas de convention resteront soumises
au dispositif actuellement en vigueur des lettres-clefs flottantes. A
contrario celle qui s’engagerait dans la convention se verrait dispenser
des lettres-clés flottantes.
En matière de protection sociale il faut également savoir
gérer le temps : je viens de le dire, il faut savoir
prendre le temps de la concertation lorsque c’est nécessaire. Et
il ne faut pas confondre concertation et négociation. Mais il faut
également savoir réagir très rapidement en cas de
situation d’urgence : l’urgence médicale n’attend pas, elle
concerne chaque année plus de 12 millions de passages dans les
hôpitaux. La sécurité sanitaire n’attend pas non plus.
Pour le plan " Biotox ", ce sont au total 1,3
milliards de francs qui ont pu être débloqués en quelques
jours pour prévenir les risques d’attaque biologique par le charbon,
la variole, la peste ou le botulisme.
Ma méthode en matière de santé, c’est également
de laisser la place à des initiatives inscrites dans le cadre conventionnel.
J’en citerai quelques exemples :
- pour l’hôpital, le protocole du 14 mars 2001 permet de moderniser
la gestion sociale des personnels. Il a été suivi le 7
novembre 2001 par un accord dans les cliniques poursuivant le même
objectif ;
- à la suite de la réunion du 25 janvier – appelé
" grenelle de la santé " par certains – puis
de la mission des " quatre sages ", qui a exploré
les pistes d’un renouveau du contrat qui lie professionnels et usagers
ainsi que l’amélioration de la qualité, j’ai fait
13 propositions, soumises à la concertation. Je citerai notamment
la création d’un Haut conseil de la santé, l’aide à
l’installation des professionnels dans certaines zones rurales ou zones
urbaines sensibles aujourd’hui désertifiées, le soutien
aux expériences innovantes en matière de garde médicale,
ou l’appui au développement des réseaux. Tous ces points
sont soit dans le projet de loi " droit des malades ",
soit dans le projet de loi de financement de la sécurité
sociale.
Savoir gérer le temps, concerter et faire preuve d’initiative :
voilà la méthode qui, je crois, s’impose en matière
de protection sociale. Cette méthode est au service de convictions
fortes, auxquelles la majorité des Français est attachée :
- l’égalité d’accès et de traitement pour tous. Elle
ne va pas de soi compte tenu de l’évolution de la répartition
de la population sur le territoire, de l’évolution de l’offre
de santé mais aussi de l’apparition de nouvelles formes d’exclusion.
La création de la couverture maladie universelle a permis
de combler des inégalités fortes, notamment en matière
de soins dentaires. La création de l’allocation personnalisée
d’autonomie permet d’unifier l’aide à la dépendance d’une
région à l’autre. D’une façon plus générale,
chaque modification de la carte hospitalière a des conséquences
en matière d’aménagement du territoire. Il faut évidemment
en tenir compte et je suis très attachée à ce travail
de plus en plus territorialisée de notre système de soins
;
- la prise en charge collective des risques essentiels que
sont la maladie, le handicap ou les risques liés au vieillissement
(dépendance notamment). Ce choix est à la fois le choix
de la cohésion sociale et celui de l’efficacité – les
expériences étrangères montrent que la libéralisation
dans ce domaine se traduit essentiellement par une exclusion des assurés
qui entraînent le plus de dépenses et une forte inflation
des dépenses de marketing et de distribution. J’ai n’ai personnellement
rien contre le marketing, mais en tant que Ministre de l’Emploi et de
la Solidarité, je préfère que l’effort national
–financé sur fonds publics- en matière de santé
serve à ouvrir des lits supplémentaires plutôt qu’à
faire de la publicité ;
- le respect de la personne. Nous avons souhaité progresser
sur ce sujet grâce au projet de loi sur le droit des malades,
qui sera voté définitivement fin février et que
Bernard Kouchner défend devant l’Assemblée Nationale :
les usagers auront un meilleur accès à leur dossier, et
ils seront mieux représentés. Ils seront également
mieux protégés face au risque d’aléa thérapeutique.
Je voulais aussi mentionner que le projet de loi bioéthique inscrira
dans la loi l’interdiction de la discrimination en raison des caractéristiques
génétiques. Il s’agissait d’un point particulièrement
important, notamment pour éviter que la concurrence ne conduise
les assurances à devoir refuser certains profils sur la base de
tests génétiques. Ce projet de loi, qui viendra en discussion
à l’Assemblée Nationale à la mi-janvier, permettra
également – en l’encadrant – de faciliter la greffe d’organes.
En effet, le droit actuel limite le cercle des donneurs potentiels à
l’entourage proche du demandeurs : cette situation crée à
la fois des situations de pénurie, ainsi qu’une pression parfois
très forte sur les donneurs potentiels. La loi bioéthique
définira en outre un cadre pour la recherche sur l’embryon – sujet
qui présente à la fois des débats éthiques
et des espoirs considérables en termes de guérison de certaines
pathologies. Le respect de la personne, concerne enfin l’accès
aux données individuelles ainsi que la protection contre leur utilisation
abusive. Cet enjeu est d’autant plus important que les nouvelles technologies
contribuent à créer de nouveaux risques ;
- Je voudrai également évoquer la nécessité
de maîtriser la mondialisation. Elle pose un certain nombre de
défis.. J’en citerais quatre :
premier défi, la question des brevets et de l’accès
des pays en voie de développement aux médicaments. Le débat
est délicat et difficile : personne ne souhaite décourager
l’innovation médicale –elle doit être protégée-
mais, dans le même temps, il est difficile d’accepter que des milliers
de personnes meurent de maladies que l’on saurait soigner à coût
réduit avec des génériques. Sur ce point, l’Union
Européenne a remporté un succès qui mérite
d’être signalé à la Conférence ministérielle
de DOHA : pour la première fois, l'OMC reconnaît le droit
des membres d'interpréter et de mettre en oeuvre l'accord sur la
propriété intellectuelle (ADPIC ou "TRIPS") dans un sens
favorable à la santé publique, afin de lutter contre les
épidémies comme le SIDA et de promouvoir l'accès
de tous aux médicaments ;
deuxième défi : dans un cadre global les récentes
crises sanitaires (vache folle, légionellose, etc) ont donné
lieu à une prise de conscience collective des responsables européens :
la libre circulation des biens et des personnes au sein du marché
commun nécessite également des moyens de réponse
au niveau européen. L'agence européenne sur la sécurité
alimentaire devrait voir le jour prochainement ;
troisième défi : la menace bioterroriste,
qui concerne l’ensemble des pays européens. Le dernier Conseil
des ministres de la santé (le 15 novembre) est ainsi parvenu à
un accord sur quelques grandes orientations : mise en place d'un système
concerté de surveillance épidémiologique, mise en
place d'une équipe d'experts en charge de la synthèse des
stratégies nationales de réponse à la menace bioterroriste,
information mutuelle sur les capacités disponibles en matière
de vaccins, sérums et antibiotiques et cartographie des capacités
des laboratoires européens ;
enfin, il y a les questions d’éthique qui ne peuvent
se résoudre dans un cadre uniquement national : il est intolérable
que des projets de clonage d’humains puissent être en cours dans
des pays qui n’interdisent pas ce genre de pratiques. La France a
demandé à l’ONU d’étudier la façon de mettre
hors la loi ce genre d’expériences. A terme, il faudra qu’une cour
pénale internationale dispose des moyens de sanctions nécessaires pour
faire appliquer cette interdiction ;
Notre conception de la santé porte un certain nombre de valeurs.
Nous sommes également attachés à des modes de gestion
qui permettent de garantir ces valeurs :
- l’organisation et la régulation publique du système
de soins – qui est la seule à permettre de garantir les valeurs
auxquelles nous sommes attachés. Elle ne s’oppose pas à
la complémentarité entre secteurs privé et public
ou à la possibilité de choix des usagers. En revanche,
cette organisation publique s’oppose totalement – je l’ai déjà
évoqué – à la conception du système de santé
que propose le MEDEF ;
- la gestion des grands équilibres, et en particulier le niveau
de prélèvements et la structure de ces prélèvements.
Des réformes importantes ont été réalisées
dans ce domaine, qu’il s’agisse de la création de la CSG ou des
exonérations de cotisations sociales. Ces réformes
ont contribué à baisser la part des salaires dans le financement
de la sécurité sociale, avec un double bénéfice :
d’abord, favoriser l’emploi et le pouvoir d’achat des revenus les plus
modestes et ensuite, asseoir le financement de la sécurité
sociale sur des bases qui n’oblige pas à arbitrer entre l’emploi
et la santé ;
Etre attaché à des valeurs ne signifie pas refuser le progrès :
au contraire, la santé se modernise pour mieux répondre
aux objectifs qui lui sont fixés. Les pratiques ou les équipements
médicaux sont en perpétuelle évolution – nous avons
d’ailleurs créé des structures spécifiques pour accélérer
la diffusion des bonnes pratiques. L’innovation est également présente
en matière de médicament : elle présente beaucoup
d’opportunités, mais également parfois des risques – on
l’a vu récemment avec le retrait du médicament anticholesterol
produit par un grand laboratoire.
L’innovation a également été introduite dans la
gestion de la santé, grâce à l’introduction de la
carte Vitale et grâce à l’informatisation des cabinets médicaux.
Comme tout projet informatique de grande ampleur, cette réforme
a mis un certain temps à se mettre en place. Mais sur le long terme,
personne ne pourra en contester le bilan.
Par ailleurs, le système de santé doit également
s’adapter aux possibilités offertes par les nouvelles technologies.
Je pense notamment au développement de sites qui offrent en ligne
des conseils médicaux. Or en matière de santé, les
mauvais conseils peuvent avoir des conséquences graves : il
était nécessaire que le contenu de ces sites puisse faire
l’objet d’une validation. Ce sujet n’est pas anodin, dans la mesure où
il pose la question de la régulation d’innovations qui surgissent
en dehors du cadre habituel : les procédures de certification
du contenu de ces sites sont à créer, et la plupart de ces
sites n’ont pas demandé d’avis au ministère de la santé
avant de s’ouvrir au public. Voilà un sujet de réflexion
qui me paraît devoir être approfondi.
Assurer aux français une protection sociale de qualité,
c’est permettre de prendre en charge les risques qui sont aujourd’hui
bien identifiés, mais c’est aussi se donner les moyens prévenir
ceux que l’on redoute. Nous disposons en France d’un système de
soins qui possède des spécificités conformes avec
ce que nous attendons de notre système de santé. Il ne vise
pas uniquement à produire des services de santé, il est
également porteur de certaines valeurs. Pour cette raison, je suis
convaincue qu’il est armé pour résister aux changements
que l’innovation en matière d’offre médicale et l’évolution
de la demande ne manqueront pas de susciter. Bien sûr il ne faut
pas que ce système reste immobile, je vous ai d’ailleurs donné
des indications pour le faire évoluer. Répondre à
ces évolutions relève de l’Etat, mais aussi de l’ensemble
des professions qui forment notre système de santé, c’est
à dire chacun d’entre vous. J’espère donc que vos réflexions
viendront enrichir la mienne. Nous avons besoin d’abord et avant tout
de l’adhésion de nos citoyens sur les évolutions à
apporter à notre système de santé.