Chers amis,Nous voilà réunis pour notre
dernier point de lannée concernant les questions de sécurité sanitaire et de
santé publique.
Cest un peu loccasion de faire avec vous un bilan du travail fait tout au
long de lannée.
Nous avions prévu de nous voir tous les 2 mois pour débattre des questions
dactualité, et évoquer ensemble les grands dossiers de santé publique qui
constituent le plan santé du Gouvernement.
Nous avons, je pense, tenu cet engagement, et je vous remercie pour votre présence,
pour votre vigilance sur toutes ces questions, et pour le rôle dinformation que
vous jouez auprès de la population.
Les 9 mois qui viennent de sécouler ont été particulièrement fertiles en
alerte de tous ordres, des légionelloses aux statines, des risques sur les sites
industriels (kodak) aux risques de VIMY ou à la catastrophe de Toulouse, la maîtrise des
risques a nécessité beaucoup dexpertise certes, mais aussi, et surtout, beaucoup
de pédagogie. Votre rôle a été très important dans les modes dinformation des
citoyens.
La tâche nest jamais facile, et je crois que nous avons mis au point ensemble
une méthode qui me paraît répondre à ce souci de transparence, de vérité, en vous
informant au plus tôt, dans un dialogue régulier.
Le développement de la démocratie sanitaire, à laquelle aspirent les malades, leurs
familles, le monde associatif nécessite cette information régulière qui permet de dire
ce que nous faisons, de faire ce que nous disons, et de maintenir dans le dialogue la
prise en compte des inquiétudes et des besoins exprimés par tous.
Cest ainsi que nous répondons aux attentes de nos concitoyens, cest ainsi
que nous pouvons assurer notre responsabilité en matière de politique de santé, et
notamment de gestion des risques.
Nous avons de façon permanente associé les usagers, les associations de malades dans
toutes nos démarches, et cette façon de faire, qui était très souhaitée depuis les
Etats Généraux de la santé, me semble de plus en plus la seule façon de nous faire
entendre, et de nous faire comprendre, mais aussi de savoir entendre ceux qui nont
pas la parole, ceux qui sont en situation de marginalisation
Cest aussi la seule façon dobtenir une réelle adhésion de la population
à ces programmes de santé publique.
Ainsi avons nous conçu les programmes de prévention du VIH qui font lobjet de
la campagne actuelle avec les associations elles-mêmes.
Cest également par lécoute des inquiétudes exprimées par les familles
que nous avons pris par exemple la décision de fermer lécole de Vincennes, alors
même quaucune donnée objective ne forçait cette décision.
Cest avec ce souci de participation des personnes atteintes, des malades ou des
personnes concernées que nous conduisons la mise en uvre du plan santé que
jai présenté en début dannée.
Je ne reprendrai pas la liste des différents programmes que nous avons lancés ces 9
derniers mois.
Je soulignerai seulement que nous avons tenu très précisément le calendrier de
travail que nous nous étions fixés : Sida, IRC, antibiotiques, alcool, santé
mentale, nutrition, diabète, pour nen citer que quelques-uns uns, témoignent de
limportance des transformations de notre système, et du souci améliorer la
qualité du service rendu aux malades.
Certains nous ont presque " reproché " den faire
trop ! ! !
Pourtant il y a encore beaucoup à faire, et je ne vois pas quel programme est
superflu, ni quelle décision devrait être différée.
Au contraire, il faut que nous sachions aller plus rapidement, car comme vous le savez,
le temps nous est compté, et nous avons encore quelques projets importants à boucler
dans les 5 mois à venir.
Il ne sagit donc pas de chercher une quelconque autosatisfaction, il sagit
de souligner que ce nest pas parce que notre système a été classé parmi les
meilleurs du monde, ou le meilleur, quil ne faut pas avoir le souci permanent de
mieux répondre aux attentes des malades, et donc de mettre en place les transformations
indispensables.
Cest ce que nous faisons, prenant en compte, avec vous, les programmes sur le
moyen ou le long terme que nous vous avons présenté tout au long de lannée,
et, dans lurgence, les situations dalertes qui constituent le quotidien de la
veille sanitaire.
Ces alertes nont pas manqué ces derniers mois.
Je pense tout particulièrement aux alertes liées au bio-terrorisme, et aux réponses
fournies par le plan Biotox,
- à lurgence du dispositif de sécurité sanitaire quil a fallu renforcer et
sécuriser,
- à la nécessité dinformer nos citoyens aussi complètement que possible,
- en prévenant également toute panique, malgré les multiples fausses alertes liées aux
tristes comportements de nombre de nos concitoyens, si portés dans notre pays sur la
lettre de dénonciation ou de vengeance.
Et puis nous ne devons pas oublier les victimes de laccident de Toulouse qui,
pour beaucoup dentre elles vivent encore dans une situation difficile sur laquelle
nous allons revenir.
Cette catastrophe a mis en évidence limportance des risques industriels au sein
des villes, la complexité de rassembler dans la cité le développement de certaines
usines génératrices demploi, et dassurer la sécurité de ces installations.
Notre monde veut tout à la fois un développement des technologies, médicales
notamment, et une maîtrise des risques inhérents à ces techniques !
Nous voudrions tous les médicaments, mais aucun des effets indésirables,
Nous voudrions toutes les préventions, mais aucune des contraintes des comportements
quelles supposent !
Nous ne sommes sans doute pas toujours doués de raison face à la gestion des risques,
et cest pour cela quil nous faut poursuivre, avec vous cette démarche de
pédagogie du risque.
Je voudrai ainsi revoir avec vous les principaux dossiers de sécurité sanitaire pour
lesquels nous avons à prévoir des actions, et une surveillance en 2002.
1. sécurité sanitaire
1.1 Parmi les dossiers de sécurité sanitaire qui ont alimenté le plus
linquiétude de la population se trouve le dossier de lESB et celui de la
MCJ nouveau variant.
Un nouveau cas probable de personne atteinte de la forme variante de la maladie de
Creutzfeldt-Jakob vient dêtre notifié à lInVS. Cela porte à 5 le nombre de
cas recensés en France depuis 1996.
De nombreuses inconnues persistent concernant lépidémiologie de cette maladie,
sa durée dincubation, la susceptibilité des personnes exposées et
limportance de lépidémie à venir.
Les études de modélisation récemment publiées sont relativement rassurantes. Une
étude publiée dans " Sciences ", travail commun
dépidémiologistes français et anglais, montre que lépidémie de la forme
variante de la MCJ en Grande Bretagne devrait rester faible, au regard des
prévisions initiales.
Le modèle statistique prend en compte une durée dincubation de 12 à 23 ans
(16,7 ans en moyenne) sur 97 cas cliniques enregistrés au 1er mai 2001 en
Grande Bretagne. Dans ces conditions, le nombre total de cas à venir pourrait être
compris entre 200 et 400 cas au maximum. Nous sommes là très en deçà de certaines
prédictions beaucoup plus alarmistes.
Le haut niveau de précaution que nous mettons en uvre, que ce soit dans le
domaine alimentaire ou dans le domaine des soins doit cependant être maintenu.
Citons ainsi dans le domaine alimentaire :
- le renforcement des mesures sur les bovins (testés systématiquement dans toute
lEurope pour les animaux de plus de 30 mois, et dès 24 mois en France),
- la mesure de précaution consistant au retrait des vertèbres,
- Le renforcement des mesures sur les ovins : épidémiosurveillance renforcée,
programme de test dès 2002, élargissement de la liste des matériels à risques
spécifiés, police sanitaire, sélection génétique, avec pour objectif à moyen terme
léradication de la tremblante.
Dans le domaine des soins, nous avons renforcé les mesures de désinfection et de
stérilisation et le développement des matériels à usage unique (pinces à biopsie
digestive.
A cet effet, un groupe de travail a été mis en place auprès de lAFSSAPS afin
de donner un avis sur les dispositifs médicaux réutilisables, eu égard au risque de
transmission dagents transmissibles non conventionnels comme le prion.
Je me félicite par ailleurs de leffort exceptionnel consenti par le Gouvernement
pour le développement de la recherche avec plus de 210 MF cette année.
En ce qui concerne les espoirs de traitement par la quinacrine, le recul est à ce jour
insuffisant pour apprécier l'efficacité et la tolérance de cette molécule dans cette
indication.
1.2 les questions liées à lenvironnement
Les risques sanitaires liés à notre environnement sont de plus en plus souvent un
sujet de préoccupation et les actions dévaluation de ces risques, de leur
surveillance et de mise en uvre de mesures de prévention font lobjet de
travaux interministériels nombreux.
Je ne reviendrai pas sur la question des pesticides auxquels nous avons consacré le
dernier Comité de sécurité sanitaire.
En revanche, je voudrais souligner laction conduite vis-à-vis de lamiante
dans lhabitat.
Un décret du 13 septembre est venu renforcer les mesures de prévention vis à vis des
risques sanitaires liés à lamiante dans lhabitat. Ces mesures consistent
notamment à abaisser les seuils de déclenchement des travaux de désamiantage afin
de réduire lexposition des occupants, à instaurer une démarche de repérage de
matériaux amiantés, et, bien sûr, à améliorer les modalités dinformation des
" utilisateurs " de bâtiment dans ce domaine.
Le radon est un gaz radioactif, dorigine naturelle, reconnu comme un des agents
responsables du cancer du poumon par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) suite aux
études épidémiologiques menées chez des populations de mineurs. Aussi, dès 1999, une
première campagne officielle de mesure du radon dans les établissements recevant du
public a été lancée, accompagnée dune campagne dinformation auprès des
élus et des responsables détablissements. Depuis mars, un article de loi
(L.1333-10) a introduit lobligation, pour les responsables de lieux ouverts au
public, de "mettre en uvre des mesures de surveillance de lexposition aux
rayonnements naturels, lorsque celle-ci est de nature à porter atteinte à la santé du
public". Cette obligation législative permettra de renforcer les actions de santé
publique que les DDASS ont menées depuis plus de deux ans, et qui ont été intensifiés
en juillet dernier.
Avec environ 34 millions dutilisateurs en France et 30 000 stations-relais
implantées sur le territoire national, lusage du téléphone mobile sest
généralisé en quelques années. Ce développement soulève régulièrement des
questions quant aux risques sanitaires liés à lexposition du public aux champs
électromagnétiques émis par ces appareils. Sur la base dun rapport
dexperts, nous venons de diffuser le 16 octobre 2001 une circulaire sur les
stations-relais qui rappelle les recommandations européennes dexposition et
précise les règles techniques pour établir des périmètres de sécurité autour des
différents types de station relais. Les structures de concertation instaurées auprès
des Préfets pour traiter les aspects environnementaux, devront prendre en compte
également les aspects sanitaires et associeront des représentants dassociations
intéressées.
Par cette circulaire, le Gouvernement entend renforcer les modalités de concertation
et de transparence sur limplantation des émetteurs de téléphonie mobile.
- Risque lié aux légionelles
En ce qui concerne les risques liés à leau, notons que le rapport du Conseil
supérieur dhygiène publique de France sur la gestion du risque lié aux
légionelles vient dêtre finalisé et figure sur le site Internet du Ministère.
Les experts du Conseil supérieur dhygiène publique de France ont pointé
plusieurs incertitudes : la pathogénicité des souches, la dose minimale
infectieuse, la variabilité des concentrations en légionelles, la durée
dexposition, la susceptibilité des personnes exposées et les difficultés de
retrouver lorigine précise de la contamination.
Des moyens de prévention sont recensés et des propositions sont formulées concernant
les réseaux deau chaude sanitaire en particulier. Un travail interministériel sera
engagé sur la base de ces recommandations. LInVS conduira une étude sur les
légionelloses dites " sporadiques " afin dexplorer le rôle de
la transmission au domicile et à partir des sources communautaires et collectives.
En ce qui concerne les hôpitaux et cliniques, des recommandations spécifiques,
prenant en compte les caractéristiques de susceptibilité aux infections des patients
accueillis, et proposant des mesures pratiques de prévention sera diffusée en début
dannée prochaine (je précise par ailleurs, en ce qui concerne le cas de
légionellose signalé en octobre dernier à lHEGP que le typage de la souche du
patient est différent de celui de la souche de légionelle qui circule à Paris, et
notamment à lHEGP, comme quoi il faut toujours nous garder des conclusions
hâtives).
1.3 Sécurité sanitaire et bon usage des produits de santé.
Notre vigilance doit rester soutenue vis à vis des produits de santé.
Si ceux-ci sont toujours plus performants, les risques liés à leur utilisation
persistent et doivent être pris en compte par les professionnels de santé. Dans le cas
des médicaments, nous en avons eu plusieurs illustrations qui ont donné lieu à la
diffusion dinformations par lAFSSAPS, et notamment en septembre dernier,
dun avis du Comité des spécialités pharmaceutiques sur les pilules de 3ème
génération.
Toutefois, lexemple le plus marquant de ces derniers mois a été le retrait des
spécialités à base de cérivastatine. Le rapport que javais demandé à
lépoque sur les conditions de ce retrait vient de mêtre remis.
Il ne met pas en lumière de manquements particulièrement graves. Toutefois, il fait
apparaître deux problèmes :
Il est indispensable que les laboratoires soient, en toutes circonstances, des
partenaires de notre politique de sécurité sanitaire. Il leur appartient de faire
lanalyse de toutes les données quils collectent sur la sécurité
dutilisation de leur produit et de communiquer toute information utile aux
autorités de santé.
A ce titre, un projet de décret sur la pharmacovigilance en cours de finalisation,
permettra de mieux préciser les obligations des laboratoires et des professionnels dans
ce domaine.
Les personnes malades pourraient participer de manière plus directe au dispositif
signalement des effets indésirables. Ainsi, lAfssaps va coordonner une étude
pilote de notification directe par les patients des effets indésirables liés aux
thérapies anti-rétrovirales.
La sécurité sanitaire des dispositifs médicaux est en plein développement. La
matériovigilance sest doté dun outil de hiérarchisation des incidents
signalés : la criticité. Lobjectif de cet outil est de permettre
de prioriser le traitement des événements signalés pour intervenir au plus tôt sur les
problèmes les plus urgents.
Les signalements dincidents ou risques dincidents conduisent parfois à
réévaluer toute une famille de dispositifs. Ce fut le cas des endoprothèses dont
lévaluation a conduit à mettre en place un protocole de suivi particulier des
patients traités.
La complexité croissante et la multiplication des stratégies thérapeutiques
justifient le renforcement de linformation spécifique des professionnels de santé.
La récente création du fonds de promotion de linformation médicale et médico
économique complètera les dispositifs dinformation existants dans le cadre de
lANAES et des agences de sécurité sanitaire.
2. la surveillance de
la population
La surveillance de la population demeure la vigie de notre politique de santé.
Nous avons un système désormais très performant, capable de déclencher des alertes
dés quun cas dune maladie est signalé sur le territoire quil
sagisse de méningite, ou de salmonellose. La survenue dun seul cas de
méningite justifie, en effet, une intervention urgente locale.
Une nouvelle circulaire a été diffusée le 8 novembre dernier concernant en
particulier la conduite à tenir en cas de suspicion de purpura fulminans, cette forme
clinique gravissime de la méningite cérébro-spinale qui peut être mortelle en quelques
heures.
Notre système de surveillance repose ainsi pour une part sur le signalement de
maladies à déclaration obligatoire.
Ces dispositions ne sont pas nouvelles, le système existe depuis un siècle :
nous allons dailleurs fêter en 2002 le centenaire de la grande loi de santé
publique qui a fondé nos démarches communautaires.
Ce dispositif nous ladaptons régulièrement aux exigences nouvelles de la
situation épidémiologique et en fonction de lévolution des risques.
Ainsi avons nous introduit dans la liste des maladies à déclaration obligatoire (DO)
le charbon en raison des risques nouveaux qui ont émergé avec la menace du bio
terrorisme.
Lévolution des besoins dinformation dans le domaine du VIH nous a
également conduit, comme vous le savez, à faire entrer la séropositivité VIH dans les
maladies à déclaration obligatoire.
Cette disposition sera effective en 2002.
Nous mettrons en uvre des circuits sécurisés pour protéger la confidentialité
des données.
Le saturnisme chez lenfant doit également être notifié aux autorités sanitaires.
Nous avons également étendu cette obligation de signalement aux infections
nosocomiales, et nous aurons prochainement les premiers bilans de cette politique.
Ces dispositions mettent en évidence la nécessité dune participation active
des professionnels de santé à ces politiques de surveillance : notification des
maladies à DO, notification aussi des effets indésirables des médicaments ;
La mobilisation et ladhésion des professionnels est un autre impératif
indissociable de cette politique de sécurité sanitaire : car il ne sagit pas
que de notifier les problèmes, il faut aussi les prévenir, et cette prévention passe
par une meilleure maîtrise de la prescription des actes et des produits de santé :
- prescription plus rationnelle des antibiotiques
- danger des associations médicamenteuses
- danger des antiviraux dans le sida avec les multiples effets secondaires
aujourdhui mis en avant.
La surveillance des cancers de la thyroïde
En mars dernier jai demandé à lIVS de mettre en place des études
épidémiologiques pour savoir si laugmentation de lincidence des cancers de
la thyroïde était imputable aux retombées de laccident de Tchernobyl.
Un groupe des travail multidisciplinaire a été mis en place présidé par le Dr.
Leenardt et le Dr. Grosclaude. Un rapport intermédiaire vient dêtre diffusé
disponible sur le site internet de lIVS.
Ces premières conclusions soulignent que laccroissement de lincidence de
ces cancers ne paraissent pas imputables à un " effet Tchernobyl ".
Un rapport final sera publié en 2002 proposant doptimiser le système de
surveillance des cancers de la thyroïde. Une étude complémentaire sera mise en
uvre sur les facteurs de risques des pathologies thyroïdiennes en France.
En outre des campagnes de mesures radiologiques sont effectuées dans les départements
où les retombées de laccident de Tchernobyl sont considérées comme les plus
importantes. Les résultats de cette étude, demandée à lorigine par les élus
corses, seront présentés lors dun séminaire qui se tiendra en Corse au début de
2002.
La catastrophe de Toulouse
Vous le savez la catastrophe de Toulouse a été dramatique : 30 morts plus de
1000 blessés ; des dégâts matériels considérables, des conséquences durables
sur les structures de santé. Je voudrai, ici, rendre hommage à lexceptionnelle
mobilisation des toulousains et notamment des professionnels de santé dans les hôpitaux
pour faire face en urgence, avec une rare efficacité, aux innombrables besoins de prise
en charge. Il nous faut accélérer la réparation des dégâts encore très présents. Il
nous faut surtout assurer le suivi des personnes vulnérables et les accompagner dans un
processus de réparation physique et psychique. Il nous faut aussi mettre en place un plan
de prévention de maîtrise des risques liés aux sites industriels. LInVS et la
DRASS ont mis en place un dispositif de suivi des conséquences sanitaires.
3. le plan Biotox
Lactualité liée aux événements terroristes du 11 septembre a conduit les
autorités sanitaires à se mobiliser pour faire face à cette menace. Cest ainsi
quont été renforcées et actualisées les mesures de prévention et de
surveillance, de préparation à lintervention en cas de crise, dinformation
et de communication.
Ces termes sont ceux de la santé publique, car, je lai dit dès le 5 octobre,
lorsque jai présenté ici même les grandes lignes du plan Biotox
interministériel, il sagit de mesures de protection de la santé pour
lensemble de la population.
Je ne détaillerai pas lensemble des actions menées dans ce cadre, je les ai
régulièrement décrites lors des conférences de presse hebdomadaires que nous avons
tenues, en présence du Secrétaire Général de la Défense Nationale et des
représentants des autres ministères impliqués : Défense, Justice, Intérieur
Une synthèse des ces actions figure dans le dossier de presse et un grand nombre
dinformations est disponible sur les sites Internet du Ministère de la Santé, de
lAFSSAPS et de lInVS.
De retour de Washington, je ne peux manquer de souligner le formidable élan de
coopération qui sest engagé dans ce domaine, tant au plan européen quau
plan international.
4.les questions
dactualité
Nous avons souvent abordé dans cette enceinte la question du statut légal des
drogues ; je me souviens avoir indiqué à de nombreuses reprises que je partageais
lavis exprimé par le Conseil National du Sida dans son rapport sur les risques
liés aux usages de drogues comme enjeu de santé publique : régler cette question
sous le seul aspect certes important de la dépénalisation, serait
réducteur. La loi doit affirmer et organiser leffectivité des priorités données
à la prévention et aux politiques de réduction des risques.
Cest en moyenne à 13 ans quun jeune fume sa première cigarette.
C est dire limportance de la prévention et le rôle essentiel des
associations de lutte contre le tabagisme qui concourent avec les pouvoirs publics à
mettre en place des actions de prévention destinées à prévenir le tabagisme des jeunes
ou à retarder son initiation.
Or le tribunal de Paris vient de condamner, certes en référé, le Comité National
Contre les Maladies Respiratoires (président : M. Duroux) à retirer lensemble
des supports édités dans le cadre de sa nouvelle campagne de prévention en direction
des jeunes au motif quétant un pastiche des publicités dun fabricant de
tabac, il constituerait une atteinte manifestement illicite aux droits dudit fabricant.
Ne vous y trompez pas, je ne critique pas une décision de justice, je suis persuadé
que le juge a fait une stricte application de la loi. En tout cas, il y a urgence à
débattre du rôle de la loi dans les politiques de santé publique et de la modifier. Il
ne me paraît pas admissible quaujourdhui le droit positif fasse prévaloir
les intérêts économiques dune industrie à lorigine dun problème de
santé publique majeur au détriment de la protection de la santé des jeunes.
Jen terminerai sur les questions déthique que posent le développement de
certaines recherches en France.
Jai confié au Pr. F. Lemaire en avril dernier une mission de réflexion et de
propositions sur lévolution du cadre législatif applicable à la recherche
biomédicale.
En effet, il existe une forte demande de modernisation de la loi Huriet. Les
conclusions de ce rapport viennent de mêtre remises.
De fait, la loi Huriet apparaît inadaptée pour certains points concernant la
recherche clinique qui sest développée en dehors de la recherche médicamenteuse
proprement dite. Il existe une lourdeur de fonctionnement liée à la distinction entre
recherche "sans bénéfice individuel direct" et "avec bénéfice
individuel direct".
Nous envisageons de permettre des améliorations dans les plus brefs délais par des
amendements sur la loi "droits des malades et qualité du système de
santé" qui viendra en discussion au Sénat en janvier prochain.
Linformation et la protection renforcées des patients constituera lun de
ces objectifs.
Je voudrais pour terminer évoquer les questions posées par deux Arrêts rendus par
lAssemblée Plénière de la Cour de Cassation la semaine dernière concernant
lArrêt Perruche.
Je nentends pas revenir sur lensemble de ce dossier ni commenter une
décision de justice, mais tout de même
Il me semble indispensable douvrir un débat à ce sujet.
Personne ne remet en cause la question de la responsabilité médicale vis-à-vis du
préjudice subi par la mère. Celle-ci, du fait dune faute médicale qui na
pas décelé le risque pour lenfant à naître, na pas bénéficié du choix
dinterrompre sa grossesse.
Mais en revanche, peut-on considérer que la demande de réparation formulée par
lenfant dont le handicap nest pas imputable au médecin est fondée ?
Peut-on considérer que le choix de lenfant serait de ne pas naître, ou que le
fait de naître avec un handicap non imputable à la faute du médecin nécessite
réparation par le médecin ?
Nous devons affirmer que la vie handicapée nest pas un dommage en elle-même, et
que nul nest fondé à se plaindre de sa naissance.
Sil apparaît légitime quun professionnel réponde dune faute
caractérisée, linterprétation extensive du lien de causalité entre la faute et
le dommage, faite par la Cour de Cassation dans la jurisprudence Perruche, perturbe
lensemble du système de soins, et remet en question la valeur même de toute vie.
CONCLUSION
2002 va donc souvrir sur des questions majeures déthique et de respect
de la vie.
Beaucoup reste à faire
Quelques rendez vous importants nous attendent en 2002
. !
Le suivi du plan Biotox, bien sûr,
Mais aussi des éléments importants du plan santé : en particulier les
programmes spécifiques vis à vis des jeunes, des personnes agées, des femmes
vulnérables
La loi sur les droits des malades et la révision des lois de bioéthique reviendront
en discussion dans les premières semaines de janvier.
Jai décidé également que nous tiendrions en février 2002 un colloque
sur : "la décision médicale ".
Nous le voyons, les contraintes croissantes liées aux processus de sécurité, les
obligations de résultats, la nécessaire information des patients, la responsabilité
avec ou sans faute, pèsent lourdement sur la décision médicale. Parfois même on ne
sait plus qui décide : le patient, ladministration, le médecin
personne ?
Nous devrons clarifier les éléments de choix et de la responsabilité des médecins,
continuer avec cette volonté et ce souci de transparence à faire progresser notre
système de santé, sans déresponsabiliser ses principaux acteurs.
Quoiquil arrive, nous garderons cette méthode de transparence et de dialogue,
pour une plus grande démocratie sanitaire.