| Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et messieurs,
Nous voici à nouveau réunis pour cette commission
des comptes de la sécurité sociale d’automne.
C’est un rendez-vous traditionnel mais qui s’inscrit
cette année dans un contexte exceptionnel. D’abord
parce que nous sommes à quelques jours de la commémoration
du 60ème anniversaire de la Sécurité sociale,
cet élément essentiel de notre pacte républicain,
garant de la justice sociale et de la solidarité dans notre
pays, et que le devoir et la mission du Gouvernement est de sauvegarder
et de conforter. Ensuite parce que notre commission des comptes
et le projet de loi de financement de la sécurité
sociale de cette année interviennent à la suite de
deux années, 2003 et 2004, où ont été
mises en œuvre des réformes majeures visant précisément
à sauvegarder et pérenniser deux branches décisives
de notre système de sécurité sociale : la réforme
des retraites avec la loi du 21 août 2003, et la réforme
de l’assurance maladie avec la loi du 13 août 2004.
A quoi il faut ajouter aussi la loi relative à la solidarité
pour l’autonomie des personnes âgées et des personnes
handicapées du 30 juin 2004 et la loi handicap du 11 février
2005. Enfin, sur un plan davantage procédural et formel,
mais tout aussi décisif pour l’amélioration
du pilotage financier de la sécurité sociale, la loi
organique du 2 août 2005 est venue rénover en profondeur
la présentation et le contenu des lois de financement de
la Sécurité sociale, et le PLFSS dont je vais vous
exposer les grandes lignes est le premier à être présenté
en application de la loi organique. Malgré la publication
très récente de cette loi, nous avons en effet tenu,
conformément aux engagements que nous avions pris notamment
devant la Représentation nationale, à l’appliquer
dès le PLFSS 2006.
Avant de revenir sur les résultats prévisionnels
pour 2005 et de vous présenter les axes de notre action dans
le cadre de ce PLFSS, je voudrais au préalable remercier
chaleureusement, en votre nom, le secrétaire général
de la commission des comptes, Monsieur François Monier, pour
la qualité de ses travaux et la clarté de son exposé.
J’associe à mes remerciements le directeur de la sécurité
sociale, Monsieur Dominique LIBAULT et l’ensemble des équipes
de sa direction qui ont accompli, comme à l’accoutumée,
un travail très important dans des délais toujours
très serrés.
1. Je voudrais centrer en premier lieu
mon propos sur le résultats des comptes de la sécurité
sociale en 2005, que vient de nous présenter le secrétaire
général.
En 2005, le déficit de l’ensemble
des comptes du régime général reste stationnaire
par rapport à 2004, à un niveau de – 11,9 Md€,
et ce malgré le redressement important de l’assurance
maladie. Cette stagnation est d’abord due au fait que la situation
financière de la sécurité sociale pâtit
en 2005 du ralentissement de la croissance de la masse salariale
: par rapport aux prévisions initiales de l’an dernier,
nous avons ainsi perdu 0,8 point de masse salariale, ce qui traduit
par une moindre progression des recettes de 1,2 Md€.
La réduction significative du déficit
de l’assurance maladie, qui passe de – 11,6 Md€
à – 8,3 Md€, conformément aux engagements
du Gouvernement et grâce aux premiers effets de la mise en
œuvre de la réforme sur lesquels je vais revenir dans
un instant, marque une rupture très nette avec le phénomène
de creusement du déficit que connaissait cette branche jusqu’en
2004. Elle ne suffit pourtant pas à compenser les soldes
négatifs enregistrés par les autres branches. La branche
famille en particulier, après avoir enregistré
en 2004 un déficit de 400 M€, voit celui-ci atteindre
1,1 Md€ en 2005, du fait du dynamisme plus rapide que prévu
de trois catégories de prestations : les aides au logement,
les prestations d’action sociale et surtout la prestation
d’accueil du jeune enfant (PAJE). L’assurance
vieillesse quant à elle voit son déficit se
creuser en 2005 à 2,0 Md€ en raison notamment de la
montée en charge de la mesure permettant les départs
anticipés à la retraite, mesure d’équité
nécessaire à l’équilibre de la réforme
des retraites et dont il y a tout lieu de se féliciter du
succès, même s’il se traduit dans un premier
temps par une dégradation des comptes.
Au total, le déficit de l’ensemble du régime
général se maintient donc au même niveau qu’en
2004, à –11,9 Md€. Ce niveau élevé
de déficit, nous avons l’ambition et le devoir de le
réduire significativement, pour préserver la viabilité
de notre système de sécurité sociale, en le
ramenant à –8,9 Md€, soit une baisse de 25 %.
2. Je commencerai par la branche de l’assurance
maladie.
En effet, alors que jusqu’à l’an dernier l’accumulation
des déficits de cette branche entraînait à la
baisse l’ensemble des comptes du régime général,
aujourd'hui, grâce à la mise en œuvre de la loi
du 13 août 2004, c’est au contraire elle qui contribue
le plus significativement à la stabilisation de ses comptes.
Ce mouvement doit être poursuivi et approfondi, dans la continuité
de la mise en œuvre de la réforme de l’Assurance
maladie. Cette réforme, dont la philosophie repose sur la
maîtrise médicalisée et les changements de comportement,
seuls à même de permettre un retour durable à
l’équilibre, doit être menée dans la durée,
avec détermination et vigilance. Telle est bien notre ambition.
2.1. 2005 a été la première
année de mise en œuvre de cette réforme.
Elle a permis d’enrayer la dérive des déficits
et de sauvegarder l’Assurance maladie. Sans la réforme,
le déficit aurait été de 16 Md€ en 2005,
et les résultats que vient de nous présenter M. Monier
font état d’un déficit prévisionnel de
8,3 Md€. L’effort est considérable, d’autant
que ce résultat a été atteint malgré
un manque à gagner en recettes de l’ordre de 900 M€
en raison des révisions à la baisse des prévisions
de croissance de la masse salariale, même si, comme l’a
rappelé François Monier, l’assurance maladie
a bénéficié de prélèvements complémentaires
dans le cadre du plan de redressement. La mise en œuvre de
la réforme se traduit donc par une réelle maîtrise
des dépenses, notamment s’agissant des soins de ville.
Pour la première fois depuis des
années, et malgré le scepticisme initial de certains
observateurs, l’objectif de dépenses d’assurance
maladie – l’ONDAM – sera respecté en 2005.
Pour les soins de ville, cela se traduit par un important infléchissement
des dépenses : alors que les dépenses de soins de
ville progressaient jusqu’en 2003 sur des rythmes de 6 à
7 %, leur croissance, d’après les dernières
données de la CNAMTS, n’est que de 1,9 % pour les huit
premiers mois de l’année 2005 par rapport à
la même période en 2004, et ce alors même que
le début de l’année 2005 a été
marqué par une forte épidémie hivernale absente
en 2004. L’inflexion est particulièrement nette pour
les honoraires médicaux, qui affichent sur les premiers mois
de l’année une quasi stabilité, en raison d’un
effet de modération du volume des consultations. Elle est
encore plus marquée pour les indemnités journalières
qui décroissent de 2,6 % sur les huit premiers mois, après
des hausses de plus de 10 % en 2002 et de 6,6 % en 2003.
Cet effort est dû à l’engagement de tous. Pour
s’en convaincre, il n’est que de considérer l’adhésion
massive dont les Français ont fait preuve envers l’un
des dispositifs centraux de cette réforme qui vise à
réformer les comportements et à promouvoir la maîtrise
médicalisée : je veux bien sûr parler du parcours
de soins, dont l’objectif est en premier lieu d’améliorer
la qualité des soins, en garantissant l’orientation
personnalisée et coordonnée du patient dans le système
de soins et d’éviter ensuite les actes inutiles et
redondants, grâce à une information médicale
mieux partagée et organisée. Aujourd'hui, plus de
31 Millions de Français ont choisi leur médecin traitant,
soit plus de deux tiers des assurés. Les médecins
s’impliquent également activement dans le dispositif,
puisque plus de 99 % d’entre eux ont été choisis
comme médecin traitant.
Les Français se sont donc appropriés la réforme.
Ils ont compris la nécessité d’un changement
de comportement, et les premiers fruits
de la maîtrise médicalisée sont là.
Ces résultats témoignent
également de la nouvelle impulsion donnée à
la politique de gestion du risque par les caisses d’assurance
maladie et du renouveau de la politique conventionnelle de maîtrise
médicalisée, mise en œuvre par la convention
médicale du 12 janvier 2005. Cette convention a retenu six
objectifs prioritaires de maîtrise sur lesquels un milliard
d’euros d’économies doivent être réalisés.
Ces objectifs correspondant à des domaines où la consommation
de soins est nettement supérieure en France à ce qu’elle
est dans d’autres pays (statines, antibiotiques, psychotropes).
Ils visent également à obtenir un meilleur respect
des règles de prise en charge par l’assurance maladie
des affections de longue durée (respect de l’ordonnancier
bizone). Ils visent enfin à promouvoir la prescription des
génériques et à réduire les arrêts
de travail injustifiés. L’inflexion des prescriptions
d’indemnités journalières est réelle,
je l’ai évoquée à l’instant, produisant
des résultats supérieurs aux objectifs puisqu’elle
dégage une économie de l’ordre de 500 M€.
De même, on constate un première infléchissement
des prescriptions de psychotropes de –3,2 % en montant remboursé,
inférieur cependant à l’objectif de –
10, %. Pour les autres postes en revanche, les résultats
ne sont pas encore au rendez-vous. Je réunirai dans les prochains
jours les syndicats de médecins pour examiner avec eux les
moyens d’améliorer ces résultats et d’atteindre
les objectifs.
Sur le volet médicament, le plan
de réforme de l’assurance maladie porte également
ses premiers fruits. Le développement du médicament
générique a connu une nouvelle impulsion. Il a gagné
près de cinq points de part de marché en 18 mois,
passant d'un peu plus de cinq boîtes à six boîtes
sur 10 de génériques achetés lorsqu'il existe
une prescription dans le répertoire, soit un taux de pénétration
de 60 %. Or nous pouvons faire mieux, puisque 89 % des Français
se déclarent prêts à utiliser des génériques
quand ils existent. De nouvelles tailles de conditionnements ont
été introduites sur le marché, permettant une
meilleure adaptation des conditionnements aux prescriptions, par
exemple en permettant la délivrance de boîte de 3 mois
aux malades chroniques. En Allemagne, où cette mesure existe
depuis le début de l'année 2004, elle a permis dans
certaines pathologies, comme l'ostéoporose, d'améliorer
l'observance des traitements de façon très importante,
contribuant ainsi à une meilleure prise en charge des patients
et à une réelle politique de maîtrise médicalisée
des dépenses. La mise en place de boîtes plus petites
contribuera aussi à cette adaptation des conditionnements
aux traitements. La charte de la visite médicale a été
mise en œuvre dans le but de limiter la promotion, qui contribue
indéniablement, même si ce n’est pas la seule
explication, à la forte consommation de médicaments
par les Français. A propos de ce phénomène
de surconsommation, à nouveau mis en exergue par le dernier
rapport de la Cour des comptes, je rappelle que nous consommons
en moyenne une boite de médicament par personne et par semaine,
soit 1 fois et demi de plus que les Allemands et les Espagnols.
2.2 Ces bons résultats, il faut
les conforter et les approfondir.
Nous devons poursuivre résolument mise en œuvre de
la réforme de l’Assurance maladie. Ces premiers résultats
sont encourageants, ils ne doivent pas nous conduire à relâcher
l’effort, mais au contraire à maintenir la mobilisation
de tous. Les Français ont compris la nécessité
d’un changement de comportement, mais il convient d’approfondir
et de pérenniser encore cette prise de conscience afin de
réussir une réforme structurelle dont le succès
dépend de l’appropriation par tous les acteurs des
nouveaux dispositifs qu’elle propose et de la responsabilisation
de chacun. C’est pourquoi le PLFSS
comporte notamment un important volet de renforcement des actions
de lutte contre les fraudes et abus. La Sécurité
sociale est notre bien commun, nous en sommes tous responsables,
et si l’on veut que la solidarité nationale continue
de garantir à tous ceux qui en ont besoin un haut niveau
de prise en charge de leurs dépenses de santé, il
faut faire cesser les dépenses abusives et a fortiori frauduleuses,
financièrement et moralement inacceptables. Le PLFSS prévoit
ainsi de poursuivre les efforts de contrôles des indemnités
journalières et de sanction des comportements abusifs grâce
à plusieurs mesures :
- l’obligation pour les caisses de sécurité
sociale d’engager des poursuites lorsqu’elles détectent
des fraudes, parce qu’il n’est pas envisageable que
certains fraudeurs puissent échapper aux sanctions ;
- le renforcement de la coopération entre les organismes
de sécurité sociale, parce qu’il n’est
pas normal que les cloisonnements entre administrations puissent
permettre aux fraudeurs d’échapper aux sanctions ;
- un meilleur contrôle des ressources perçues à
l’étranger, parce qu’il n’est pas supportable
de voir certains étrangers bénéficier gratuitement
de la CMU, alors qu’ils perçoivent par ailleurs des
revenus confortables dans leur pays ;
- un meilleur encadrement des associations de domiciliation, parce
qu’il n’est pas possible d’abandonner sans suivi
suffisant les personnes les plus marginalisées.
La maîtrise sera également approfondie à travers
des actions portant spécifiquement sur les actes de biologie
et les transports sanitaires, dont les dépenses croissent
à des rythmes élevés, comme vient de nous le
rappeler la Cour des comptes. Concernant notamment les transports,
un référentiel médicalisé de prescription
sera établi d’ici la fin de l’année par
l’Assurance maladie, les représentants des médecins
et des transporteurs sanitaires ; les mêmes règles
devront s’appliquer aux prescripteurs hospitaliers.
Enfin, la mise en œuvre du plan médicament
doit elle aussi être résolument poursuivie.
Malgré les signes encourageants et les premiers résultats
que j’évoquais à l’instant, la croissance
des dépenses de remboursement de médicaments est restée
vive en 2004 (+6%), et demeurera sans doute autour de 4 % en 2005,
alors que l'engagement des industriels portait sur 1% de croissance
seulement. Il nous faut donc accentuer nos efforts afin de mieux
contrôler l'évolution de ces dépenses.
A ce stade, le Gouvernement n’a pas souhaité instaurer
une participation forfaitaire par boîte de médicaments.
Il convient cependant d’être très vigilant pour
veiller à ce que les dépenses de médicaments
rendent le meilleur service thérapeutique au meilleur coût.
Ce n’est que de cette manière que la prise en charge
par l’assurance maladie des médicaments innovants et
souvent coûteux pourra continuer d’être garantie.
Je rappelle en effet que c haque année, l’Assurance
maladie dépense près d’un milliard de plus pour
le remboursement de nouveaux médicaments, notamment pour
des traitements très onéreux, qui permettent d’améliorer
l’espérance et la qualité de vie de patients
atteints de cancer, de diabète, de polyartrites-rhumatoïdes
ou de maladies orphelines.
Trois axes guident la politique du médicament dans le cadre
du projet de loi de financement de la Sécurité sociale
pour 2006 :
- la prise en charge du médicament
à son juste prix, que ce soit par l’extension
du remboursement des médicaments au prix du générique
ou par la baisse de prix de certaines spécialités
que le progrès permet de produire à meilleur coût.
- l’adaptation de la prise en charge des médicaments
dont la Haute Autorité de Santé a jugé le service
médical rendu insuffisant.
- l’accélération de la contribution de l’industrie
pharmaceutique à la modération de la croissance des
dépenses de médicaments.
En ce qui concerne l’accélération
des économies liées à l’arrivée
des médicaments génériques
Le développement des médicaments génériques
représente un axe privilégié de la réforme
de l’assurance maladie. La politique de substitution volontaire
menée de concert avec les professionnels de santé
– pharmaciens et médecins – a déjà
permis de diffuser considérablement l’usage des médicaments
génériques et de populariser leur emploi auprès
du grand public. En trois ans, la part des médicaments génériques
dans les prescriptions est ainsi passée de 30 à 60
%. J’ai dit tout à l’heure que 89 % des Français
sont prêts à utiliser des génériques.
Dans la continuité de cette politique, l’assurance
maladie basera son remboursement sur le prix du générique
(tarif forfaitaire de responsabilité), dès qu’un
générique apparaîtra dans un groupe de médicaments.
Par ailleurs, des baisses de prix seront également recherchées
sur un certain nombre de spécialités.
En ce qui concerne enfin l’accélération
de la contribution de l’industrie pharmaceutique à
la modération de la croissance des dépenses de médicaments.
L’industrie pharmaceutique s’était engagée
à respecter une croissance des dépenses de médicaments
limitée à 1% en 2005, 2006 et 2007 ; l’augmentation
de la taxe sur le chiffre d’affaires des médicaments
remboursables par l’assurance maladie permettra de compenser
en partie le non respect de cet engagement.
2.3 Il nous faut mieux gérer l’assurance
maladie, il nous faut aussi continuer à mieux organiser notre
système de santé à moyen terme, aussi bien
s’agissant du système hospitalier que de la démographie
des professions de santé et de leur répartition équilibrée
sur le territoire.
2.3.1 Le monde hospitalier est engagé
dans un mouvement de réforme de grande ampleur. Les
établissements de santé s’approprient les réformes
mises en œuvre depuis 2002. Réforme de la gouvernance,
nouvelles règles de planification, modernisation de la gestion,
tarification à l’activité sont des réformes
de fond qui nécessitent un temps d’adaptation pour
tous les acteurs.
Je n’ignore pas la situation financière tendue de nombre
d’établissements de santé, ni le défi
considérable que représente la mise en œuvre
des réformes profondes des modes de tarification et de gouvernance
des hôpitaux. C’est pourquoi je souhaite accompagner
les établissements dans leurs efforts d’adaptation,
les aider à réussir leur modernisation pour mieux
répondre aux besoins de nos concitoyens.
L’année 2005 a connu une montée en charge significative
de la tarification à l’activité dans les établissements
financés jusqu’alors par dotation globale (établissements
publics et PSPH). Ce changement important a rendu plus délicates
les prévisions et un dépassement de l’ONDAM
hospitalier de l’ordre de 650 M€ pourrait être
constaté à la fin de l’exercice, alors que cette
prévision était de 500 M€ lors de la commission
des comptes de juin.
Afin de permettre aux établissements de santé de
poursuivre leur modernisation et de répondre à leurs
missions de service public, les moyens consacrés à
l’hospitalisation progresseront de plus de 2 milliards d’euros
après prise en compte du dépassement 2005, soit +
3, 44 % .
Ces moyens nouveaux permettront de faire face à l’accroissement
de la masse salariale et à la hausse du coût de la
vie mais également de financer la relance de l’investissement
prévue dans le plan hôpital 2007 d’une part et
les plans de santé publique : urgences, cancer, périnatalité,
santé mentale et maladies rares d’autre part.
Si nous voulons donner un nouvel élan à l’hôpital
et promouvoir sa modernisation – et telle est bien ma volonté
–, il faut aussi poursuivre les efforts d’amélioration
de la gestion hospitalière. Le volet hospitalier du plan
de réforme de l’assurance maladie sera poursuivi, à
travers l’amélioration de la politique des achats et
de la gestion interne des établissements.
Ceux-ci devront également s’engager dans la maîtrise
médicalisée. Les prescripteurs hospitaliers, comme
leurs collègues exerçant en ville, doivent être
responsabilisés sur leurs prescriptions, que celles-ci soient
faites en ville, en sortie d’hôpital ou au sein des
établissements. S’agissant des prescriptions hospitalières
en ville, la loi du 13 août 2004 a instauré le dispositif
des accords d’amélioration
des pratiques hospitalières ; un premier accord cadre
national vient d’être signé sur les antibiotiques
: il conviendra de le décliner rapidement au niveau local,
et d’identifier d’autres objectifs prioritaires de maîtrise
médicalisée articulés avec ceux de la médecine
ambulatoire. Pour prendre l’exemple des transports sanitaires,
cela n’aurait guère de sens de limiter la démarche
de maîtrise aux seuls prescripteurs libéraux alors
que nous savons que 60 % de la prescription est faite à l’hôpital.
S’agissant des prescriptions internes à l’hôpital,
les contrats de bon usage, prévus par la loi de financement
2004 et dont le décret d’application vient d’être
publié en août, devront être développés
pour limiter les prescriptions des médicaments et des dispositifs
médicaux les plus coûteux, facturés en sus des
tarifs.
2.3.2 S’agissant de la démographie
des professions de santé, le projet de loi de financement
de la sécurité sociale comportera des dispositions
qui s’inscrivent dans le cadre du rapport Berland de mai dernier
et complètent les mesures déjà prises par le
Gouvernement relatives à la répartition sur le territoire
des professions de santé. En particulier, les aides conventionnelles
à l’installation seront élargies aux remplaçants
: le remplacement, passage quasi obligé des jeunes professionnels
avant l’installation, est en effet une période importante
pour faire naître des vocations d’installation ; cette
nouvelle aide pourra être versée aux jeunes médecins
effectuant des remplacements dans des zones déficitaires,
ce qui permettra également d’alléger la charge
de travail des médecins installés dans ces zones.
Par ailleurs, les patients qui consulteront un médecin récemment
installé qui n’est pas leur médecin traitant
ne se verront pas appliquer la majoration de ticket modérateur,
de façon à ne pas pénaliser la constitution
de patientèles des jeunes médecins. Les moyens du
FAQSV sont également renforcés et sa pérennité
assurée dans le cadre du PLFSS, afin d’affirmer sa
vocation à financer des projets facilitant la permanence
des soins ou la bonne répartition des professionnels sur
le territoire. Enfin, l’information des professionnels sur
les opportunités et les conditions d’installation,
dont l’insuffisance est dénoncée par le rapport
Berland, sera améliorée : l’assurance maladie
se verra ainsi confier une mission d’accueil et d’information
des professionnels de santé, que certains organismes ont
d’ailleurs commencé à développer.
Ces propositions seront complétées dans le cadre
du plan de démographie médicale que le Gouvernement
mettra en place d’ici le 1er janvier 2006 afin de garantir
à tous un égal accès aux soins sur tout le
territoire.
2.4 L’ensemble de ces mesures nous
conduisent au total à un ONDAM de 138,5 Md€ à
champ constant 2005, en progression de 2,7 %.
Pour nous permettre d’atteindre notre objectif de réduction
significative du déficit, des recettes complémentaires
seront également affectées à l’assurance
maladie. Le plan de redressement conçu à l’été
2004 avait en effet été bâti sur des hypothèses
de croissance de la masse salariale de 4,7 %, alors que la prévision
d’évolution de la masse salariale est aujourd'hui 3,7
% ; cette différence d’un point fait perdre près
d’un milliard d’euros de recettes à la branche
maladie. Pour compenser cette perte, le PLFSS prévoit de
prélever par anticipation les cotisations dues sur les intérêts
capitalisés des plans d’épargne logement de
plus de 10 ans.
Il en résulte un solde prévisionnel de la branche
maladie du régime général de –6,1 Md€,
en amélioration significative par rapport à 2005,
conformément aux objectifs que s’est assigné
le Gouvernement dans le cadre du plan de redressement de l’assurance
maladie.
Après avoir évoqué l’assurance
maladie, je laisserai maintenant Philippe Bas exposer les grandes
lignes du PLFSS relatives aux branches vieillesse, famille et accidents
du travail.
PRISE DE PAROLE DE PHILIPPE BAS
Comme vient de le souligner Xavier Bertrand, le PLFSS pour l’année
2006 intervient à un moment particulier de l’histoire
de notre système de sécurité sociale. La sécurité
sociale a aujourd’hui 60 ans. Et cet âge représente
soixante ans de solidarité nationale, soixante ans d’assurance
collective contre les risques de tous pour la meilleure protection
de chacun, soixante ans de fraternité.
Cette Sécurité sociale qui fête ses soixante
ans ne cesse de se moderniser. J’en veux pour preuve la création
cette année du Régime social des travailleurs indépendants,
dont je salue les représentants.
Ce qui me paraît important dans le projet que nous vous
présentons, c’est qu’il permet de conforter ce
système de protection sociale. Le PLFSS 2006 montre que nous
avons à cœur d’en assurer la pérennité,
mais aussi les fondements. À ce titre, notre projet de loi
est la manifestation concrète de plusieurs engagements forts.
Un engagement fort, tout d’abord, pour l’Assurance
maladie et pour la modernisation de l’hôpital.
Un engagement fort également pour les personnes âgées.
Sur ce point, l’effort est considérable. Pour la seule
enveloppe de l’ONDAM, l’augmentation est de l’ordre
de 9% ! Et les fonds dégagés par la journée
de solidarité viennent s’ajouter encore à cette
enveloppe, en nous permettant de redoubler d’efforts pour
répondre aux défis de la longévité et
de la dépendance.
Un engagement fort pour les personnes handicapées. Le PLFSS
2006 est la première traduction de la loi du 11 février
2005 qui entend permettre la participation effective des personnes
handicapées à la vie citoyenne. La création
de la prestation de compensation du handicap marque un tournant
: entièrement individualisée, cette mesure prend en
compte tous les besoins des personnes handicapées, et permet
aussi la réalisation de leur projet de vie. Dès janvier
prochain, l’installation des maisons départementales
des personnes handicapées manifestera concrètement
l’implication de tous dans cette cause nationale.
Un engagement fort, enfin, pour le modèle français
de vie familiale. Nous voulons favoriser la bi-activité au
sein du couple, permettre aux deux parents d’exercer une profession
et de s’impliquer dans l’éducation de leurs enfants.
C’est le sens des mesures annoncées récemment
à la conférence de la famille.
3. La branche vieillesse
S’agissant de la branche vieillesse, deux facteurs pèsent
lourdement sur les dépenses.
L’année 2006 ouvre en effet la période de
l’arrivée massive à l’âge de la
retraite des générations nombreuses d’après-guerre
: ainsi, 450 000 personnes ont atteint l’âge de 60 ans
en 2002; elles seront 600 000 en 2006 et 800 000 en 2008. Pour 2006,
les charges induites par le nombre supplémentaire de retraités,
au regard de 2005, s’élèvent à près
de 600 M€.
Dans le même temps, la montée en charge des départs
anticipés se poursuivra en 2006. Au total, ce sont 290 000
entrées qui seront comptabilisées depuis la création
de cette mesure, dont 80 000 pour la seule année 2006. Cette
mesure centrale de la réforme des retraites et que justifie
l’impératif d’équité, présentera
ainsi un coût pour le régime général
de 1,7 Md€ en 2006, soit 400 M€ de plus qu’en 2005.
Pour faire face à ces dépenses accrues, et conformément
aux décisions prises en 2003 lors de la concertation sur
la réforme des retraites, les cotisations seront majorées
par voie réglementaire de 0,2 point en 2006, ce qui représentera
880 M€ de recettes supplémentaires pour la branche vieillesse.
Cet apport de ressources supplémentaires participera à
la pérennisation du régime général et
permettra d’accompagner dans le temps les effets de la réforme
des retraites. Le solde de la branche vieillesse devrait ainsi être
ramené à - 1,4 Md€ en 2006.
4. La branche des accidents du travail et des
maladies professionnelles
Pour ce qui regarde la branche accidents du travail, vous savez
que la loi du 13 août 2004 a invité les partenaires
sociaux à émettre des propositions pour une réforme
de la branche, qui devrait notamment passer par une refonte du système
de tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles.
Dans l’attente du résultat de cette concertation,
le gouvernement propose de procéder à une augmentation
provisoire et immédiate de 0,1% du taux de cotisation. Cette
mesure aura pour effet de ramener le déficit prévisionnel
de la branche de 590 M€ à 175 M€.
5. La branche famille
Je voudrais enfin terminer cet exposé par quelques remarques
sur la branche famille, qui contribue si fortement à assurer
l’avenir de notre système de protection sociale.
Conformément à la prévision de la commission
des comptes de juin dernier, la branche enregistre un déficit
de 1,1 Md€.
Ce solde s’explique par deux raisons principales.
Il reflète d’abord la croissance des aides au logement,
inévitable dans le marché du travail peu dynamique
que nous avons connu en 2004 et 2005. Fortement corrélées
au nombre de chômeurs, ces aides ont pleinement joué
leur rôle de stabilisateur.
Les comptes de la branche famille reflètent aussi le succès
de la Prestation d’Accueil du Jeune Enfant (PAJE). L’objectif
que le gouvernement s’était fixé est déjà
atteint et sera dépassé : au total, ce seront près
de 250 000 familles qui d’ici 2007 devraient bénéficier
d’une revalorisation de leur pouvoir d’achat et d’une
aide pour la garde d’enfant.
Nous souhaitons poursuivre dans la voie d’une politique familiale
qui permet de concilier vie familiale et vie professionnelle.
La France réussit aujourd’hui à cumuler un
indice de fécondité de 1,9 enfants par femme et un
taux d’activité des femmes de 80%. Cette forte activité
des femmes et cette performance démographique ne sont pas
un hasard. Deux parents qui travaillent, ce sont deux revenus, c’est
plus de sécurité contre les aléas et plus de
confiance pour avancer dans la vie. C’est pourquoi le gouvernement
a annoncé la semaine dernière la création d’un
congé parental d’un an, mieux rémunéré
et qui s’inscrit plus facilement dans le parcours professionnel
des pères et des mères.
Nous souhaitons aussi continuer à développer fortement
l’offre de garde. C’est le sens de la Convention d’Objectifs
et de Gestion (COG) ambitieuse que nous avons passée cette
année avec la Caisse Nationale d’Assurances Familiales
(CNAF) et qui prévoit une évolution de 5,7% par an
du fonds d’action social.
Enfin, parce que les familles doivent aussi être soutenues
dans les moments difficiles, nous avons prévu la mise en
œuvre d’un nouveau congé de présence parentale
assoupli et revalorisé. Les parents pourront prendre leur
congé de manière fractionnée ; ils bénéficieront
d’un complément, lorsque leur enfant est hospitalisé
loin de leur domicile.
Les prévisions pour 2006 continuent à manifester
notre ambition pour la branche famille. Le déficit devrait
atteindre 1,2 Md€ en 2006, mais il décroîtra dans
les années à venir. Car vous le savez, le déficit
de la branche famille est un déficit conjoncturel et non
structurel : les recettes évoluent tendanciellement plus
vite que les dépenses car elles sont assises sur les salaires,
tandis que les dépenses suivent la progression de l’inflation.
REPRISE DE PAROLE XAVIER BERTRAND EN CONCLUSION
En conclusion, Monsieur le Ministre, Monsieur
le Secrétaire général, ce PLFSS, vous l’avez
constaté, s’inscrit dans la continuité de la
politique de redressement des comptes sociaux menée par le
Gouvernement. Pour l’assurance maladie en particulier, la
philosophie de cette politique repose sur la maîtrise médicalisée
et la responsabilisation. Cet accès aux soins pour tous dont
notre pays s’honore, mais qui demeure exceptionnel dans le
monde actuel, il faut que chacun se sente responsable de sa préservation.
Seule l’évolution des comportements, aussi bien de
prescription que de consommation de soins, permettra un retour durable
à l’équilibre. Cette évolution des comportements
a commencé, il convient de la conforter, en menant une action
de long terme. Cela requiert vigilance et détermination.
Mais si collectivement nous relevons ce défi, nous éviterons
les dépenses inutiles, redondantes ou abusives, que la Cour
des comptes, reprenant une étude de la CNAMTS, estime dans
son dernier rapport entre 5 et 6 Md€. Ces dépenses représentent
non seulement une charge financière qu’on ne peut plus
tolérer, mais en plus sont préjudiciables à
la qualité des soins : il y a donc une réelle marge
de manœuvre, et c’est là tout l’enjeu de
la maîtrise médicalisée.
Ce PLFSS s’inscrit également dans le cadre de la politique
en faveur du retour vers l’emploi. La Sécurité
sociale doit contribuer à cette priorité assignée
par le Gouvernement à l’ensemble des politiques publiques.
Les axes de la politique familiale que Philippe Bas vient de vous
présenter sont articulés autour de cet objectif, pour
soutenir les parents dans leur retour à l’emploi. D’autres
mesures plus ponctuelles du PLFSS contribueront aussi à cet
objectif, s’agissant des prestations en espèces (indemnités
journalières de l’assurance maladie). Ainsi, afin d’éviter
une rupture dans les droits aux indemnités journalières
pour les chômeurs qui reprennent une activité, ceux-ci
pourront conserver pendant trois mois les droits à indemnités
journalières au titre de leur régime chômage.
Dès lors, ils ne seront plus privés d’indemnisation
maladie ou maternité en cas d’arrêt de travail
survenant seulement quelques semaines après leur reprise
d’activité. Nous ne pouvions tout évoquer dans
le cadre de cette présentation d’ensemble des grandes
lignes du PLFSS, mais je tenais à préciser ce point.
Je vous remercie.
|