| Mesdames, Messieurs,
Il n’y a aucune fatalité à avoir des déserts
médicaux dans notre pays. L’égalité d’accès
aux soins est un des principes fondamentaux de notre système
de soins, et il est donc de notre responsabilité de mettre
en place une meilleure répartition de l’offre de soins
sur l’ensemble du territoire national. Pour cela, il est nécessaire
d’apporter des réponses concrètes à ce
défi de la démographie médicale. Je veux saluer
à cet égard la qualité des travaux de la Commission
présidée par le Professeur Berland que Philippe Douste-Blazy
avait missionnée le 30 novembre 2004.
Nous sommes face à un double paradoxe. D’une part,
le nombre de médecins en France n’a jamais été
aussi élevé (203 000 en 2004) et pourtant les disparités
entre régions sont trop importantes pour garantir à
tous nos concitoyens des soins de qualité. Ainsi, alors qu’en
Ile-de-France on trouve 426 médecins pour 100 000 habitants,
il n’y en a que 256 dans la région Picardie. Pour les
généralistes, la fourchette va de 137 médecins
pour 100 000 habitants de la région Centre à 194 en
PACA. D’autre part, l’évolution démographique
prévisible des professions médicales risque de conduire
à une pénurie si nous n’agissons pas immédiatement.
Ainsi, en raison des départs massifs à la retraite,
le nombre de médecins devrait diminuer de près de
10% d’ici 2025. Et la densité médicale chuterait
alors de près de 15%, alors même que les besoins de
santé sont croissants, notamment du fait de l’allongement
de la durée de la vie.
C’est donc dès maintenant qu’il nous faut agir.
Pour cela, je crois qu’il est tout d’abord nécessaire
d’écarter la coercition qui accentuerait la crise des
vocations. Je crois au contraire à l’incitation pour
agir sur la répartition des professionnels de santé.
C’est par des mesures structurantes, nouvelles et globales,
directement applicables, que nous pourrons améliorer les
conditions d’exercice de ces professionnels de santé
et donc la qualité des soins.
I/ Nous devons tout d’abord soutenir les
médecins qui exercent dans les zones à faible densité
médicale.
Les professionnels de santé que j’ai pu rencontrer
dans les zones à faible densité médicale mettent
en avant la difficulté de leurs conditions d’exercice.
Ils connaissent un rythme de travail plus important qu’ailleurs,
accumulent les kilomètres, et ne peuvent que rarement s’absenter
que ce soit pour prendre des vacances ou participer à des
actions de formation médicale continue.
A/ Pour remédier à cette situation,
il nous faut d’abord définir nos priorités territoriales.
Les missions régionales de santé ont établi
une première définition des zones prioritaires sur
la base de deux critères cumulatifs : une densité
de médecins inférieure d’au moins 30% à
la moyenne nationale et un niveau d’activité des professionnels
de santé supérieur de plus de 30% à cette moyenne.
Sur la base de ces critères, des zones prioritaires ont été
définies. Rurales pour l’essentiel, mais aussi parfois
urbaines [6 villes dont 5 communes de Seine-Saint-Denis], ces zones
concernent près de 1 600 médecins généralistes
(3 %), répartis sur 4 500 communes (12 % des communes françaises)
totalisant 2,6 millions d’habitants (4 % de la population).
La carte des zones prioritaires sera actualisée chaque année
par les missions, qui établiront par ailleurs dès
septembre la carte des zones de faible densité des professionnels
paramédicaux, notamment infirmiers.
Ces cartes ne sont pas seulement une aide à l’amélioration
de la qualité des soins, ce sont aussi de véritables
outils d’aménagement du territoire.
B/ Nos mesures visent à favoriser l’exercice
de la médecine en cabinets de groupe.
Cet exercice met en commun les moyens, favorise l’échange
des pratiques professionnelles, et libère du temps pour la
formation et pour la vie personnelle, il garantit la continuité
et la qualité des soins.
C’est la raison pour laquelle je souhaite que, dans le cadre
des négociations conventionnelles, la rémunération
des médecins exerçant en cabinet de groupe dans les
zones à faible densité médicale puisse être
augmentée de 20 %. Ainsi, un médecin généraliste
gagnera 24 euros par consultation au lieu de 20 euros. Cette rémunération
supplémentaire ne sera pas prise en charge ni par les mutuelles,
ni par le patient, qui règlera son médecin au tarif
habituel, mais par un versement direct de l’Assurance Maladie.
Enfin, l’exercice groupé, entre médecins, et
avec les autres professionnels de santé, est facilité
par la généralisation des maisons de santé
pluridisciplinaires. Leur financement peut désormais être
assuré par le FAQSV depuis le vote de la loi de financement
de la sécurité sociale pour 2006.
Je veux également rappeler que nous avons ouvert aux professions
de santé le statut de collaborateur associé, grâce
à la loi du 2 août 2005 sur les Petites et moyennes
entreprises. Le décret qui modifiera le Code de déontologie
médicale en ce sens est actuellement en cours de concertation.
Il sera transmis au Conseil d’Etat dès le mois de février.
C/ Je pense aussi à la question des remplacements
pour les médecins qui n’exercent pas en cabinet de
groupe.
Les médecins exerçant dans ces zones à faible
densité médicale rencontrent, pour se faire remplacer,
des difficultés plus importantes que la plupart de leurs
confrères. C’est pourquoi je souhaite que soit mise
en place dans le cadre d’une négociation conventionnelle
une majoration de 20 % des honoraires perçus lors du remplacement
pour attirer des remplaçants potentiels dans ces régions.
D/ Les médecins exerçant en zones
à faible densité médicale sont des acteurs
indispensables pour le bon fonctionnement de la permanence des soins.
La meilleure organisation de la permanence des soins est la demande
prioritaire des médecins installés en zones rurales.
Nous avons d’ores et déjà apporté des
réponses très concrètes par le décret
du 7 avril 2005 qui a permis de donner plus de souplesse aux départements
dans l’organisation de la permanence des soins et par la revalorisation
du montant des astreintes (de 50 à 150 euros pour une nuit
complète). De surcroît, l’ouverture des maisons
médicales de garde sur une plus grande amplitude horaire,
en particulier le samedi après midi, sera assurée
grâce au financement du FAQSV.
Par ailleurs, la loi sur le développement des territoires
ruraux prévoit une exonération de l’impôt
sur le revenu issu des astreintes à hauteur de 60 jours par
an, soit potentiellement 9 000 euros. Les missions régionales
de santé ont achevé leur travail de définition
des zones prioritaires, ce dispositif est donc devenu opérationnel.
Je crois aussi à la nécessité de diminuer les
temps de déplacement des médecins pour améliorer
leur disponibilité vis-à-vis des patients. Je retiens
la proposition faite par le Rapport Berland de mettre en place un
service de transport destiné à conduire les personnes
à mobilité réduite chez leur praticien. Elle
donnera lieu à une expérimentation en concertation
avec l’Assurance maladie et les représentants des entreprises
de transport.
II/ Nous avons aussi la responsabilité
d’anticiper les évolutions et les déséquilibres
futurs de la démographie médicale.
A/ Pour cela, nous devons disposer d’instruments
destinés à prévoir ces évolutions.
Je veux d’abord saluer la qualité du travail de l’Office
national de démographie des professions de santé et
de ses comités régionaux. J’estime que leurs
compétences doivent être élargies et que leur
expertise doit nous servir, pour l’ensemble des professions
de santé soumises à quotas ou numerus clausus, à
déterminer plus précisément et de façon
prospective les besoins en formation des professionnels de santé,
médicaux et paramédicaux.
La mise en œuvre à l’été 2006 du
répertoire partagé des professions de santé
aidera également à mieux connaître la démographie
des différentes professions. Les professionnels disposeront
désormais d’un numéro d’enregistrement
unique au lieu de trois actuellement, ce qui leur facilitera les
formalités d’installation et permettra un meilleur
suivi de l’évolution de la démographie de ces
professions.
Le souci d’influer de façon volontaire et correctrice
sur la répartition des effectifs étudiants était
une des pistes principales dégagée par la commission
Berland. Je souscris à cette approche : pour s’installer
dans une région, il faut la connaître et, si on n’en
n’est pas originaire, y avoir été formé.
J’ai le souci toutefois de maintenir le même examen,
les mêmes questions au niveau national, ce qui est le garant
d’une forme d’équité entre étudiants.
Mais la répartition des postes au numerus clausus et à
l’examen classant national sera faite en tenant compte prioritairement
de la situation démographique des régions concernées.
B/ Les anticipations actuelles nous incitent
à procéder à une augmentation durable du nombre
de médecins en exercice au niveau national :
Nous voulons stabiliser à un niveau élevé
le numerus clausus. Fixé à 6300 en 2005, il sera porté
à 7000 en 2006, et nous voulons qu’il soit maintenu
au moins à ce niveau jusqu’à 2010.
Mais dans l’attente des résultats de cette mesure,
nous allons parallèlement inciter davantage les médecins
de plus de 65 ans à continuer à exercer. La loi Fillon
permet aux médecins de plus de 65 ans de cumuler le revenu
de leur retraite et celui de leur activité médicale.
Aujourd’hui, 600 médecins ont opté pour cette
possibilité. Nous pouvons aller au-delà de ce chiffre.
Pour rendre ce dispositif plus incitatif, le plafond sera majoré
d’un tiers dès lors que le départ à la
retraite s’effectue après 65 ans. Et je veux rappeler
que les médecins de plus de 60 sans seront dispensés
de gardes de week-end et de nuit, sauf s’ils sont volontaires.
C/ Tirer les conséquences des évolutions
démographiques et sociales, c’est aussi constater que
les femmes professionnels de santé seront de plus en plus
nombreuses.
J’ai ainsi la volonté de permettre aux professionnelles
de santé libérales, médecins comme infirmières,
de concilier au mieux vie professionnelle et vie familiale. Elles
ne peuvent en effet bénéficier actuellement de plus
de huit semaines de congés. Dorénavant, elles bénéficieront
du même temps de congé de maternité que les
salariées, c'est-à-dire 16 semaines pour chacun des
deux premiers enfants et 26 à partir du 3ème enfant.
Le décret sera transmis au Conseil d’Etat au mois de
février pour une entrée en vigueur dès la fin
du mois de mars.
D/ Enfin, nous devons avoir comme objectif d’influer
durablement sur les choix des futurs professionnels, en favorisant
l’installation des jeunes médecins en zone à
faible densité médicale
Des mesures concrètes ont déjà été
prises. Ainsi, la loi du 2 février 2005 sur les territoires
ruraux permet aux collectivités locales d’attribuer
aux étudiants de 3ème cycle une indemnité d’étude
pouvant aller jusqu’à 24 000 euros par an et une indemnité
de logement pour les stagiaires pouvant se monter à 400 euros
par mois sous condition d’une installation pendant 5 ans.
Par ailleurs, le champ d’action des collectivités locales
a été élargi le 1er janvier 2006 pour que des
locaux professionnels ou des logements puissent être mis à
disposition des médecins s’installant ou exerçant
dans ces zones prioritaires.
Je rappelle par ailleurs que depuis le 1er Janvier 2006, un moratoire
d’une durée de 5 ans s’applique aux jeunes médecins
installés pour la première fois et à ceux qui
s’installent dans une zone à faible densité
médicale. Cette mesure permet de ne pas pénaliser
un patient qui consulterait chez un médecin alors que ce
dernier n’est pas son médecin traitant. Elle lève
donc les obstacles possibles à la constitution d’une
patientèle.
Les étudiants et les jeunes professionnels doivent également
disposer au plus tôt d’une information claire et globale
sur les aides offertes et plus généralement sur les
conditions d’exercice en libéral. J’ai donc souhaité
systématiser les initiatives pertinentes que certains acteurs
ont déjà prises. Toutes les URCAM sont ainsi d’ores
et déjà dotées d’un logiciel d’aide
à l’installation performant que l’URCAM de Picardie
avait mis en œuvre.
Je demande à l’Assurance maladie de mettre en place
partout des supports d’information, en concertation et collaboration
avec les instances ordinales et les instances professionnelles telles
que les URML :
- Un guide de l’installation pour l’ensemble des étudiants
et les jeunes professionnels dans chacune des zones déficitaires,
que je souhaite disponible dès la fin du mois de mars,
- un portail Internet à l’échelle régionale
regroupera toutes les informations relatives aux conditions d’installation.
Je souhaite qu’ils puissent aussi servir à des échanges
d’offres concernant les remplacements.
- Certaines caisses ont déjà organisé des sessions
d’information systématique devant les étudiants
de 2ème et 3ème cycle. Je souhaite que cette initiative
soit généralisée.
- Afin que les médecins puissent avoir un seul interlocuteur
au moment de leur installation, un guichet unique, pour diffuser
l’information et faciliter les démarches d’installation,
sera mis en place par les Missions régionales de santé,
en concertation avec les collectivités locales.
Mais il ne suffit pas d’informer, il faut aussi orienter.
Faire découvrir la médecine générale
aux étudiants le plus tôt possible, c’est leur
donner la possibilité, la chance d’embrasser une carrière
placée au cœur de notre système de santé
par la Réforme de l’Assurance Maladie. Actuellement,
les stages en premier et second cycles sont exclusivement hospitaliers.
A compter de la rentrée 2006, les étudiants de 2ème
cycle, auront la possibilité de faire un stage de 2 mois
auprès de médecins généralistes.
E/ Plus généralement, c’est
la répartition même des tâches qui mérite
d’être repensée.
Je crois profondément au décloisonnement et à
la complémentarité entre les professions de santé.
Vous le savez, des expérimentations sont en cours ; elles
concernent des domaines aussi concrets que l’examen de l’acuité
visuelle par un professionnel orthoptiste ou le suivi de patients
atteints d’une hépatite C par un infirmier. L’arrêté
autorisant dix nouvelles expérimentations sera publié
d’ici la fin du mois. Pour aller au-delà de ce stade
expérimental, je missionne dès aujourd’hui la
Haute autorité de santé de façon à ce
qu’elle nous fasse des recommandations de méthode pour
généraliser la démarche de partage des tâches.
Je lui demanderai par ailleurs de faire des recommandations plus
précises dans deux secteurs, l’ophtalmologie et le
suivi des malades chroniques.
L’usage de la télémédecine doit aussi
permettre de développer les réseaux de soins sur l’ensemble
du territoire national. Ces évolutions techniques contribuent
à rompre l’isolement des professionnels de santé
et des patients, qui constitue un facteur de rupture dans le processus
de soins (retards de prise en charge, délais d’attente,
temps des déplacements des professionnels, actes inutiles).
Elles favorisent ainsi la coopération entre les professionnels
de santé, notamment dans les zones à faible densité
médicale, et permettent de rapprocher des sites éloignés
et favoriser l’accès aux soins.
***
Face au défi de la démographie médicale, les
réponses que je vous présente aujourd’hui, d’un
coût global de 30 à 35 millions d’euros en année
pleine, ne sont qu’une première étape. Le risque
de désertification existe pour les médecins libéraux
mais aussi pour d’autres professions de santé, comme
les infirmiers ou encore les masseurs kinésithérapeutes
par exemple, et pour les praticiens hospitaliers.
Sur ce dernier point, j’ai demandé au Professeur Berland
de diriger une mission, assisté en cela par deux praticiens
hospitaliers et deux directeurs d’hôpitaux. Il me remettra
ses conclusions d’ici fin mai. Elles me permettront de vous
présenter en juin mes propositions pour relever le défi
de la démographie des médecins exerçant dans
les différents établissements de santé. Et
en septembre, je serai en mesure de vous proposer des mesures concrètes
pour faire face au défi démographique des paramédicaux.
Nous pourrons donc faire un premier bilan de ce dispositif à
la fin de l’année. |