| Il n’est pas
possible de parler de l’amiante sans commencer par rappeler
l’ampleur du drame humain qu’elle
représente. Entre 1965 et 1995, on estime ainsi que 35 000
personnes sont décédées en France de pathologies
liées à l’amiante.
Au cours des 25 prochaines années, entre 60 et 100 000 décès
seraient probablement à déplorer.
Face à ce drame, le gouvernement actuel a voulu apporter
une triple réponse qui passe par la réparation, la
prévention de nouveaux cas et l’information des victimes
potentielles.
A- Notre premier devoir, c’est d’assurer
un système de réparation juste et équitable
pour l’ensemble des victimes :
La France se distingue des autres pays européens par la
mise en place de trois dispositifs cumulés d’indemnisation
des victimes : a) par les rentes allouées au titre des maladies
professionnelles (AT/MP) ; b) par un dispositif de cessation anticipé
d’activité (FCAATA) ; c) par des indemnisations allouées
aux victimes (FIVA).
Ainsi, en 1999 a été créé un fonds
de cessation anticipée d’activité (FCAATA),
au profit des victimes de maladies professionnelles occasionnées
par l’amiante mais aussi au profit des salariés et
anciens salariés d’usines de fabrication de matériaux
contenant de l’amiante. Depuis, les secteurs bénéficiaires
ont été progressivement élargis (établissements
de flocage et calorifugeage, établissements de construction
et de réparation navale, ports, …) ;
Au 30 novembre 2005, le fonds a
accueilli près de 40.000 allocataires
dont 31.211 qui en bénéficient encore aujourd’hui.
Ensuite, le Fonds d’Indemnisation des Victimes de l’Amiante
– le FIVA – a été
constitué afin d’assurer la réparation intégrale
de l’ensemble des préjudices subis par toutes les personnes
atteintes d’une affection liée à l’amiante
dans des délais très courts. Ce choix a été
fait pour éviter aux victimes de devoir s’engager dans
une procédure judiciaire longue et à l’issue
parfois inégale.
Fin 2005, le FIVA a présenté plus de 20.000 offres,
acceptées dans 95 % des cas et versé 925 Millions
d’euros d’indemnisation.
Aujourd’hui, les principales interrogations concernent les
règles d’accès à ce dispositif. Doit-il
être réservé aux seules victimes avérées
ou à toute personne ayant été exposée
-c’est à ce titre qu’actuellement 80% des allocataires
accèdent à ce dispositif- ? Doit-on retenir une procédure
d’accès individuel ou collectif ?
Et pour quel secteur économique, selon quels critères
d’exposition ?
Le rapport IGAS qui m’a été remis propose
des pistes de réflexion et de réforme.
Nous sommes en train de les examiner une à une très
attentivement.
Et ma conviction, c’est que le système de réparation
des victimes de l’amiante doit reposer sur trois principes
: non-discrimination entre les victimes dans l’accès;
égalité dans les modalités d’indemnisation,
avec une réflexion plus globale sur l’indemnisation
des maladies professionnelles ; primauté aux victimes dans
l’indemnisation dont l’efficacité doit être
renforcée [aujourd’hui les 2/3 des moyens consacrés
à la réparation de ce drame (900 Mds d’euros
sur 1,4 Mds d’euros) sont utilisés à de la pré-retraite]
B- La prévention de ce risque est une
priorité de santé publique.
Le dispositif réglementaire actuel relatif à l’amiante
dans les immeubles bâtis s’est mis en place progressivement
à partir de 1996. Au cours de l’année 2005,
plusieurs affaires ont rappelé la nécessité
d’une extrême vigilance de la part des propriétaires
pour mettre en œuvre cette réglementation et de la part
de l’Etat pour s’assurer de son application effective.
L’inspection générale de l’administration
(IGA), le conseil général des ponts et chaussées
(CGPC) et l’inspection générale des affaires
sociales (IGAS) ont été mandatés par lettre
du 9 décembre 2005 par leurs ministres de tutelle pour réaliser
un bilan de l’application de la réglementation à
l’approche de ses dix ans. Elle devra notamment réévaluer
le dispositif de contrôles en termes d’outils juridiques,
de méthodologie et de moyens, afin d’améliorer
la vérification de l’application de cette réglementation.
Ses conclusions sont attendues en avril 2006.
Sans préjudice des conclusions de cette mission, le gouvernement
a également décidé que l’ensemble des
services déconcentrés seraient mobilisés, pour
mener des actions ciblées de contrôle.
Il s’agira de s’assurer que les propriétaires
ont respecté leurs obligations, c’est-à-dire,
la réalisation des repérages ainsi que la constitution
du dossier technique amiante (DTA). Ces vérifications interviendront
non pas spécifiquement, mais à l’occasion de
missions déjà exercées par les agents, dans
le cadre de leurs attributions respectives.
Afin de garantir la faisabilité de cette mission, ces contrôles
seront ciblés sur des bâtiments prioritaires (principalement
des immeubles de grande hauteur et des établissements recevant
du public de 1ère et 2ème catégories, ainsi
que sur les établissements de santé, ou sociaux et
médico-sociaux).
Un projet de circulaire à l’initiative des ministères
du Logement et de la Santé est en cours d’élaboration
pour expliciter ces éléments.
Par ailleurs, afin de mettre en place un premier suivi rigoureux
de l’application de la réglementation le gouvernement
a lancé en 2005 plusieurs enquêtes exhaustives auprès
des propriétaires des bâtiments : le Ministère
de la Fonction publique s’est intéressé aux
établissements relevant de la fonction publique de l’Etat,
le Ministère de l’Intérieur a sollicité
les collectivités territoriales par le biais des préfets.
Quant au Ministère de la Santé il a interrogé
à l’été 2005 les 18.000 établissements
de santé, sociaux et médico-sociaux de ce pays. Les
résultats intermédiaires actuels font apparaître
une réelle mobilisation des directeurs d’établissements.
Mais cette enquête du Ministère de la Santé
n’est qu’une première étape dans la mise
en place de véritables tableaux
de bord régionaux de suivi de la réglementation relative
à l’amiante dans les bâtiments.
Il faut également renforcer les campagnes de sensibilisation
pour rendre les propriétaires plus vigilants et les inciter
à évaluer et réévaluer les risques d’exposition
à l’amiante, notamment en leur rappelant leurs responsabilités.
C’est pourquoi, mon Ministère rééditera
en 2006 en lien avec le Ministère chargé du logement
une plaquette faisant le point sur les obligations réglementaires
des propriétaires et lancera une large diffusion de ce document
– l’opération précédente eut lieu
en 2002.
Je veux également qu’un suivi post professionnel soit
offert à toutes les personnes qui s’interrogent sur
les conséquences de leur exposition professionnelle passée
à l’amiante.
Le Sénat a adopté un amendement
dans le projet de loi de financement de la sécurité
sociale obligeant les CPAM à informer les personnes anciennement
exposées de leurs droits à un suivi médical.
Un décret d’application doit être pris. Il est
pour moi très important que chaque personne qui aurait côtoyé
l’amiante dans sa vie et qui s’inquièterait des
risques pour sa santé puisse avoir accès gratuitement
à un médecin pour s’informer et éventuellement
procéder à des examens. Toutefois, le contrôle
médical - lourd, avec scanner et radios ne
saurait être obligatoire pour des raisons éthiques
(créer plus de risque sanitaire et d’angoisse que l’on
apporte de solution pour une personne saine et âgée).
Nous attendons pour juin 2006 le rapport définitif de synthèse
de l’expérimentation qui a été conduite
dans 4 régions. Il permettra de définir la manière
de conduire ce suivi post-professionnel. D’ores et déjà,
je propose, avec Gérard Larcher, de constituer
dès 2006 un socle complet d’informations sur les maladies
de l’amiante à destination des médecins généralistes.
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Sur ces trois fronts –réparation, information, prévention,
il nous faut mener une action claire et lisible, dans le respect
des besoins de chacun. Et sur ces trois fronts, je sais que nous
avons tous à cœur d’agir dans l’intérêt
de tous nos concitoyens.
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