| Mesdames
et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
Conclure un colloque d’une telle
densité n’est pas une tâche facile, tant les
thèmes abordés sont multiples et riches, et tant les
attentes des patients, des familles et des associations sont fortes.
Je m’étais engagé à suivre régulièrement
l’état d’avancement des plans de santé
publique déjà lancés et c’est avec plaisir
que je suis parmi vous aujourd’hui pour constater les premiers
pas déjà réalisés dans la connaissance
et la prise en charge des maladies rares.
Comme vous l’avez vu au long
de cette journée, avec les maladies rares, il faut apprendre
à reconnaître et à traiter l’exception,
à partager l’information et l’expérience,
à organiser des réseaux appuyés sur des centres
de référence. Ces maladies, parfois à l’origine
de douleurs chroniques, peuvent être responsables de handicap
et mettre en jeu le pronostic vital dans plus de la moitié
des cas.
I- Les premiers résultats
du « Plan national Maladies rares 2005-2008 », lancé
le 20 novembre 2004, sont encourageants, même si nous mesurons
bien le parcours qu’il reste à faire :
- en matière d’information
des professionnels de santé, des malades et du grand public
grâce au travail remarquable engagé par Orphanet et
sa directrice, le Dr. Ségolène Aymé, que je
remercie. Cette base de données, véritable «
portail des maladies rares », est essentielle et permet d’éviter
« l’errance diagnostique » qui caractérise
encore trop souvent les maladies rares. En lui accordant 300 000
euros/an, la Direction générale de la santé
a pu doubler son financement cette année.
- en matière d’organisation
des soins, avec la labellisation de 67
premiers centres de référence de Maladies rares,
structures d’expertise et de recours pour une ou un groupe
de maladies rares qui permettent désormais aux malades et
à leurs familles de mieux s’orienter dans le dispositif
de soins, et disposer rapidement d’un diagnostic. Je remercie
le comité national consultatif de labellisation des centres
de référence de maladies rares pour le travail qu’il
a effectué, et tout particulièrement son président,
le Pr. Marc Brodin. La procédure de labellisation permet
d’identifier les structures d’excellence scientifique
et clinique dans ce domaine. C’est à partir de ces
centres que doit s’organiser une filière spécialisée
afin d’améliorer l’accès au diagnostic
et la qualité de la prise en charge. Notre
objectif est d’atteindre au moins 100 centres de référence
labellisés avant fin 2006.
- en matière de réponse
aux besoins spécifiques d’accompagnement
des personnes atteintes de maladies rares, en organisant
notamment au travers des maisons départementales du handicap,
des liens avec les centres de référence pour adapter
les dispositifs de compensation aux handicaps liés à
ces maladies souvent mal connues des équipes médico-sociales.
II- Mais nous devons amplifier notre action
en 2006 afin d’améliorer la prise en charge des patients
atteints de maladies rares.
Je souhaite simplifier les démarches administratives pour
les malades avec un seul et unique principe pour l’atteindre
: l’équité dans la prise en charge de leurs
soins quels que soient la maladie rare et le lieu de cette prise
en charge.
Concernant la reconnaissance de la spécificité
des maladies rares dans le dispositif de prise en charge en ALD
et dans le prolongement de l’avis rendu par la Haute Autorité
de Santé le 24 novembre dernier, j’ai demandé
à Frédéric van Roekeghem, directeur général
de la CNAMTS, et à Dominique Libault, directeur de la Sécurité
Sociale, de mettre en œuvre rapidement les dispositions législatives
et réglementaires nécessaires qui doivent permettre
:
- de supprimer la règle imposant le réexamen systématique
au bout de deux ans des ALD 31 et 32 pour les maladies rares.
Il est possible en effet de fixer ce délai dans le protocole
de soins signé par le médecin traitant, le patient
et le médecin conseil, comme le prévoit la loi portant
réforme de l’assurance maladie du 13 août 2004
;
- de permettre la prise en charge par l’assurance maladie
de prestations considérées comme nécessaires
au titre de la maladie rare concernée, mais qui ne sont
pas incluses dans le périmètre des biens et services
remboursables, comme c’est le cas des crèmes écran
total utilisées chez les « enfants de la lune »
;
- d’instituer un comité de coordination inter-régimes
rattaché à l’assurance maladie. Ce comité
serait chargé d’homogénéiser la prise
en charge en ALD sur l’ensemble du territoire, et ce en
lien avec des experts des centres de référence ;
- enfin et conformément à ce qui est prévu
dans le cadre du plan, je souhaite simplifier les procédures
de prise en charge des frais de transports pour les malades suivis
dans les centres de référence.
Nous devons aussi renforcer l’information
pour les malades et leur famille :
C’est pourquoi nous développons, en partenariat avec
les associations de malades, des outils d’information comme
les cartes d’urgence et de soins pour les malades ayant des
pathologies posant des problèmes de prise en charge, comme
c’est le cas de la drépanocytose, la mucoviscidose,
l’ostéogenèse imparfaite, l’hémophilie
ou encore les maladies neuromusculaires.
Si les connaissances sur l’origine de ces maladies ont significativement
progressé, notamment par l’identification des gènes
qui permet déjà de diagnostiquer formellement plus
de 800 maladies, des progrès restent encore à faire
en matière de recherche.
La recherche sur les maladies rares figure parmi les thématiques
du programme hospitalier de Recherche clinique
(PHRC) depuis 4 ans. Elle est devenue une priorité de ce
programme depuis 2005 jusqu’à 2008. Le ministère
de la Santé et des Solidarités a retenu 38 projets
de recherche ces deux dernières années pour un montant
de 10,5 millions d’euros.
Le ministère contribue également à financer
le « GIS Maladies Rares » avec en particulier l’Association
de lutte contre les myopathies (AFM), qui finance pour sa part –
et je tiens à l’en remercier – de nombreux programmes
de recherche, notamment à travers le Généthon
que je visiterai demain. En 2005, ce groupement a été
l’opérateur de l’Agence nationale de la Recherche,
en association avec l’AFM, pour sélectionner les projets
scientifiques « maladies rares ». Cette agence leur
a accordé 10 millions d’euros pour l’année
2005. Nous veillons à ce qu’il en soit de même
pour 2006. Je me réjouis que les deux financements pour la
recherche clinique et pour la recherche fondamentale aient pu être
supérieurs à ce qu’était initialement
prévu dans le «Plan Maladies Rares».
Comme vous le savez, les recherches menées
à partir de cellules souches sont porteuses d’espoirs
importants. Elles constituent une « nouvelle frontière
» pour la recherche médicale et pour l’action
des pouvoirs publics en matière de santé. La loi de
Bioéthique d’août 2004 permet aux chercheurs
français de travailler sur ces cellules. Le décret
tant attendu par toute la communauté scientifique sur la
recherche sur l'embryon sera publié dans les tous prochains
jours, ce qui permettra d’ouvrir de nouvelles perspectives
en matière de lutte contre les maladies rares, dans le respect
des exigences éthiques.
Il nous faut aussi poursuivre notre effort
en faveur des médicaments orphelins.
La France prend en charge la plupart des médicaments orphelins,
ce qui n’est pas le cas de tous les pays européens.
Les produits, qui ne sont pas encore inscrits sur les listes de
médicaments remboursables avant l’AMM, bénéficient
de systèmes spécifiques comme les autorisations temporaires
d’utilisation (ATU).
Il reste cependant quelques cas où la prise en charge relève
d’initiatives locales ou de fonds de solidarité. C’est
pour ces patients que je veux proposer des réponses appropriées.
C’est pourquoi nous mettons en place, dans le cadre des affections
de longue durée, avec l’HAS, des procédures
«exceptionnelles» ou dérogatoires qui compléteront
les dispositifs existants, afin de prendre en charge tous les produits
de santé indispensables au traitement, et quel que soit leur
statut. Ces dispositifs seront mis en place avant la fin de l’année
2006.
D’autre part, l’Europe et la France ont mis en place
des incitations au développement
et à la mise sur le marché des médicaments
orphelins. Ils sont exonérés en France de nombreuses
taxes. L’Europe pour sa part accorde une exclusivité
commerciale de 10 ans pour ces produits.
Enfin, nous devons renforcer le développement des partenariats
entre les différents acteurs de la lutte contre les maladies
rares tant sur le plan national qu’européen.
Favoriser les partenariats entre les hôpitaux, l’Etat,
l’INSERM et les associations de patients est un gage de réussite
dans notre combat contre les maladies rares - comme le fait efficacement
la « Plate-forme des Maladies rares » à l’hôpital
Broussais. C’est en mutualisant nos efforts, c’est en
développant les complémentarités sur le territoire
français ou à l’échelle européenne
que nous arriverons à améliorer la prise en charge
de ces malades. Cela est vrai tant pour le diagnostic que pour la
recherche de maladies qui touchent un très faible nombre
de patients – parfois une petite dizaine.
Je me réjouis que l’Assistance
Publique - Hôpitaux de Paris ait pu proposer une solution
durable à l’AFM afin de maintenir à Broussais
la « Plate-forme des Maladies rares » qui constitue
un modèle de partenariat associatif et de recherche.
Je suis heureux également que la France ait été
choisie pour assurer la présidence à Bruxelles en
2006 sur l’identification des centres de référence
européens. Ce réseau d’expertise européen
permettra d’améliorer l’accès au diagnostic
et aux soins et de renforcer les collaborations en matière
de recherche.
&&&
Je suis convaincu que, grâce à nos efforts et en particulier,
à ceux des sociétés savantes, grâce à
la mobilisation des institutions et à celle bien sûr
des associations de patients, nous parviendrons ensemble à
combattre la souffrance de ces malades, à leur offrir demain
un véritable espoir thérapeutique.
Je voudrais enfin vous remercier toutes et tous pour votre engagement,
parce que les résultats obtenus sont vos succès. Chacun
de vous à sa manière, chacun dans son domaine, vous
avez permis des avancées considérables dans la lutte
contre les maladies rares. Je vous encourage à poursuivre
dans cette voie et vous pouvez être sûrs que je serai
à vos côtés, au service de tous les malades. |