| Participer au cinquantième
anniversaire du Mouvement Français pour le planning familial,
c’est rendre hommage à ces cinquante années
de conquête des droits de la femme, ces cinquante années
de libération progressive du carcan institutionnel et social
dans lequel elle vivait. Votre association a en effet toujours été
soit l’initiatrice soit la vigilante accompagnatrice de ces
évolutions historiques qui ont permis à la femme d’avoir
prise sur sa destinée. En effet, la possibilité donnée
à une femme de choisir si elle veut un enfant et quand elle
le veut lui permet de maîtriser pleinement son existence et
les temps de sa vie.
Cet anniversaire est l’occasion pour moi de saluer l’œuvre
quotidienne de militantes – et de militants-, en particulier
celle de Madame Laurant, présidente du Mouvement Français
pour le Planning Familial, au service des femmes, de leur éducation
sexuelle, du respect de la différence des genres, et donc
en faveur de leur liberté. C’est grâce à
leur engagement que le regard porté sur la contraception
et l’IVG a changé. C’est grâce à
leur mobilisation que ces sujets sont peu à peu entrés
dans la vie quotidienne.
Nous travaillons souvent avec votre association. Nous savons la
qualité du travail effectué sur le terrain par ses
membres. J’en veux pour preuve l’opération «
Contraception/ Sexualité/ Vulnérabilité »
montée entre le Ministère de la Santé et le
Planning qui vise à améliorer l’accessibilité
aux dispositifs et aux droits en matière de contraception
en travaillant sur les contraintes et les obstacles culturels, sociaux
ou économiques. Grâce à ce programme, ce sont
82 animatrices du Planning qui ont été formées
dans 36 départements (dont La Martinique) qui à leur
tour interviendront devant les femmes les plus vulnérables.
Ce sont près de 250 professionnels du secteur médico-social
ou du secteur associatif qui ont également reçu une
formation. Ce sont enfin 60 « groupes de parole » qui
touchent près de 1 500 personnes qui ont été
organisés, ce sont des centaines de femmes à travers
l’ensemble du territoire qui ont ainsi reçu des conseils
adéquats pour une meilleure maîtrise de leur vie intime.
Je veux souligner l’intérêt du programme «
Réduction des risques sexuels » qui a permis de développer
des actions collectives d’information concernant la prévention
sur le VIH SIDA et autres IST auprès de femmes et d’hommes
en difficulté et ne connaissant pas les moyens de se protéger.
Je sais également quelles sont vos attentes et vos inquiétudes.
Et je veux vous dire tout d’abord que je suis conscient des
difficultés rencontrées par certaines femmes tant
dans l’utilisation des moyens contraceptifs que lorsqu’elles
décident de recourir à une Interruption volontaire
des grossesse. Je veux également vous dire que pour la première
fois nous avons formalisé une véritable stratégie
en matière de contraception et d’IVG. Que pour la première
fois nous avons une base de travail à partir de laquelle
nous pourrons agir en concertation avec l’ensemble des acteurs
associatifs qui travaillent sur le terrain. Cette méthode
de concertation me paraît la clé de la réussite
et j’insiste sur le rôle que vous avez à jouer
pour faire vivre cette politique en matière de contraception.
I- Notre ambition première c’est de lever l’ensemble
des obstacles qui empêchent les femmes d’accéder
à la contraception.
A- Nous allons lancer une ambitieuse campagne
d’information à destination du grand public sur la
contraception.
Il y a à l’évidence un « paradoxe français
» de la contraception : alors que l’accès aux
moyens de contraception est rendu plus aisé, le nombre d’IVG
ne diminue pas (202 000 par an en 2005).
C’est souvent la mauvaise utilisation des moyens contraceptifs
qui est à l’origine de la grossesse non désirée.
Ou encore le manque d’information sur la contraception d’urgence.
Ainsi, près de deux grossesses non prévues sur trois
surviennent chez des femmes qui déclarent utiliser un moyen
contraceptif au moment de la survenue de la grossesse.
Nous consacrerons à cette campagne d’information grand
public 5 millions d’euros. C’est en effet la seule manière
de s’assurer que l’ensemble des femmes vivant en France
aient accès à une information claire sur la contraception,
et plus généralement aux difficultés qu’elles
rencontrent.
Ce programme suit deux étapes. En 2005, mes services ont
lancé une campagne d’information à destination
des professionnels de santé (gynécologues médicaux,
gynécologues obstétriciens, endocrinologues, médecins
généralistes). Nous voulons cette année compléter
ce dispositif en informant les femmes elles-mêmes à
la fois directement et par l’intermédiaire de leur
médecin. Il est en effet nécessaire de faire entendre
des messages expliquant concrètement (comment prendre sa
contraception) ou encore que faire en cas d’oubli ou de non-fonctionnement
du moyen de contraception. Il est nécessaire de s’adresser
directement à l’ensemble des jeunes filles et des femmes
pour qu’elles soient mieux informées,
C’est pourquoi le volet « grand public » de cette
campagne utilisera les médias – télévision,
radio, presse, et qu’elle s’articulera autour de messages
extrêmement pratiques : -que faire en cas d’oubli de
pilule, qui contacter, comment avoir accès à la contraception
d’urgence-… Trop souvent en effet, la femme éprouve
de réelles difficultés à parler de ces sujets.
Trop souvent la femme ne sait pas vers qui se tourner pour en parler.
Un ensemble d’informations disponibles sous forme de dépliants
et de brochures avec des pictogrammes chez les professionnels médicaux
et médico-sociaux complètera ce dispositif afin de
garantir l’accès à l’information sur la
contraception aux femmes qui peuvent en avoir le plus besoin. Ces
documents seront traduits dans plusieurs langues. Leur choix dépendra
des résultats travaux que nous mènerons avec les associations
les plus proches des populations étrangères.
Je veux redire ici que refuser de délivrer une contraception
d’urgence pour une pharmacie est absolument inadmissible.
Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens est très
engagé à ce sujet et s’emploie régulièrement
à rappeler aux pharmacies l’obligation de délivrer
ce produit et celle de fournir en même temps des informations
sur une contraception régulière, sur la prévention
des Infections sexuellement transmissibles et sur l’intérêt
d’un suivi médical.
B- Il est par ailleurs nécessaire de mieux
prendre en charge le prix des contraceptifs qui est parfois considéré
comme un obstacle par les femmes.
C’est pourquoi je vais saisir dans les jours prochains la
CNAM afin de lui demander d’inciter les médecins et
les pharmaciens à substituer la pilule de 2e génération
par son générique – quand il existe- afin que
le prix ne soit pas un obstacle.
J’ai également décidé de saisir à
nouveau la HAS sur le SMR et l’ASMR, en fonction de l’état
actuel de la science, pour envisager le remboursement des pilules
de troisième génération.
Il faut également encourager le développement du préservatif
féminin, qui concilie protection contre les IST et contraception.
L'INPES a ainsi augmenté de 300% sa distribution gratuite
de préservatifs féminins, passant de 300 000 en 2004
à 1 million en 2005. J’ai demandé à poursuivre
cet effort en 2006.
Je rencontre la semaine prochaine l’ensemble des fabricants
et des distributeurs de préservatifs pour voir avec eux comment
rendre encore plus accessible le préservatif et étendre
ainsi le moyen de protection efficace contre les IST et le VIH.
II- Mon ambition est également de remédier aux difficultés
rencontrées par les patientes qui souhaitent recourir à
des IVG.
A- Je souhaite que les conditions de prise en
charge des IVG pratiquées en établissement médical
soient améliorées.
Nous connaîtrons d’ici l’été 2006
les résultats d’une enquête en trois volets s’intéresse
aux structures d’accueil, aux professionnels et aux femmes
qui consultent. Elle permettra également d’évaluer
la mise en œuvre des modifications législatives et réglementaires
intervenues depuis 2001 sur l'interruption volontaire de grossesse,
les difficultés d'accès ainsi que les modalités
de prise en charge. Nous pouvons d’ores et déjà
affirmer – vous ne me contre direz pas- que le bilan est hétérogène
selon les régions et que trop souvent les patientes rencontrent
de grandes difficultés, qu’il s’agisse de délais
d’attente trop long, d’un accueil parfois peu amène
– en particulier pour les femmes enceintes de 10 à
12 semaines- ou encore de problèmes d’éloignement
géographique.
Nous attirerons cette année encore l’attention des
ARH par une circulaire sur la nécessité de maintenir
en période estivale une offre d’IVG permettant aux
femmes qui le souhaitent de pratiquer une IVG dans des conditions
de prise en charge correcte – sans attente.
Nous allons plus loin en engageant une procédure de concertation
sur l’application de la T2A aux actes d’IVG. Cette solution
pourrait en effet permettre d’inciter des établissements
privés à pratiquer les IVG.
La question de l'offre et la qualité des soins dans le domaine
de l'IVG est d’ailleurs inscrite à l'ordre du jour
de la conférence des directeur d'ARH du mois d'avril.
B- Le développement de l’IVG médicamenteuse
contribue également à l’amélioration
de la prise en charge des patientes.
L’IVG médicamenteuse connaît un bilan positif.
L’augmentation du nombre d’établissements conventionnés
n’a cessé de croître entre juin et décembre
2005 (Il y avait en juin 2005 205 médecins et 62 établissements
conventionnés. En décembre, ces chiffres avaient plus
que doublé.)
Certaines régions ont eu cependant plus de difficultés
que d’autres et n’avaient pas encore de convention fin
2005, mais là aussi elles se mettent en place. C’est
le cas en Nord Pas de Calais, où 6 conventions viennent d’être
signées, et en Guadeloupe où 8 conventions ont été
passées avec 4 établissements de santé.
Il est nécessaire que les médecins soient encore davantage
informés de ce dispositif. C’est pourquoi nous avons
là aussi décidé de lancer une campagne d’information
à leur endroit. Ainsi, d’ici l’automne 2006,
les médecins recevront une brochure contenant des éléments
pratiques sur le nouveau mode de prise en charge des IVG médicamenteuses.
Je souhaite que sur cette question, l’association des départements
de France réponde à nos sollicitations pour travailler
avec vous et avec nous sur les missions des centres de planification
et étendre la prescription de l’IVG médicamenteuse,
toujours dans un cadre conventionnel, avec un établissement
de santé de référence.
III- Plus généralement, j’ai l’ambition
de promouvoir la prévention au féminin.
Ainsi, nous avons pour objectif en 2006 que le dépistage
organisé du cancer du sein touche 80% des femmes entre 50
et 74 ans. ? La prise en charge par l’Assurance Maladie de
l’ostéodensitométrie va par ailleurs permettre
la généralisation à l’ensemble des femmes
de cet examen de prévention.
Je veux que la prévention du sida chez la femme soit renforcée.
C’est le sens de mon action en faveur de la distribution gratuite
du préservatif féminin. Je salue l’ensemble
des initiatives que vous avez prises pour apprendre aux femmes à
dire non à un rapport non protégé. Ce n’est
qu’en les informant, ce n’est qu’en leur disant
qu’elles ont le droit de ne pas accepter une relation sexuelle
si elles n’en ont pas envie ou si elles la jugent risquée
en raison de l’absence de préservatif que nous parviendrons
à endiguer ce fléau.
IV- Il est enfin indispensable qu’un action résolue
soit conduite pour éradiquer les violences faites aux femmes.
A- Créer des structures prenant en charge
les femmes victimes de maltraitance de manière coordonnée
est une nécessité.
En anticipation du Plan Violences et Santé dont j’ai
demandé la finalisation, nous avons lancé dans huit
sites pilotes une action expérimentale qui consiste à
mettre en place des réseaux d’accueil clairement identifiés
et de prise en charge des victimes de violence. Notre objectif,
est de parvenir à une meilleure coordination inter-institutionnelle
entre unités médico-judiciaires, services d’accueil
d’urgence et associations par un décloisonnement des
différents acteurs. Je me réjouis que le premier ouvre
ses portes mercredi au CHU de Créteil.
B- Il est par ailleurs de notre devoir de lutter
vigoureusement contre toute forme de mutilation sexuelle à
l’encontre des femmes.
Ces pratiques sont tout bonnement d’un autre temps, intolérables.
Nous nous sommes assigné là aussi en anticipation
du Plan Violences et Santé l’année 2010 pour
que ces actes ne soient plus pratiqués. L’excision,
en raison de ses conséquences psychologiques et physiologiques
va au-delà d’un simple problème de santé
publique et nous devons l’affronter sans tabou.
Nous avons donc décidé de lancer en concertation avec
les réseaux associatifs qui agissent sur le terrain, un colloque
d’ici à la fin de l’année qui en impulsant
une dynamique et une prise de conscience collectives formalisera
le début de cette campagne contre les excisions.
Au travers de témoignages de femmes victimes de ces violences,
de professionnels qui en prennent en charge les conséquences,
il s’agit de lancer une réflexion avec les personnes
issues des communautés ou l’excision est pratiquée.
Qui peut mieux en parler que les victimes elles même ? Notre
rôle est de leur laisser la parole et de porter à leur
connaissance les « leviers» pour agir. Nous poursuivons
deux objectifs : prévenir en premier lieu toute nouvelle
mutilation en montrant qu’il n’existe aucune fatalité
à ce genre de pratique, deuxièmement repérer
et réparer les conséquences en sensibilisant et formant
les professionnels de santé. Et plus que jamais, il faudra
faire œuvre de pédagogie. Et je sais que ce combat,
nous le mènerons ensemble.
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Le chemin parcouru en cinquante ans est immense et nous savons
que celui qui reste à parcourir l’est tout autant.
Grâce à vous, grâce à toutes ces militantes,
la femme se voit de moins en moins assignée un rôle
prédéfini. |