| Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Chère Marie Berry,
Mesdames et Messieurs,
Célébrer le vingtième anniversaire de la Course
du Cœur, c’et saluer les 20 années d’efforts
de l’association Trans-Forme au service des transplantés,
c’est rendre hommage à l’amélioration
de la prise en charge des greffés. Cette course, c’est
la preuve même que les greffés peuvent retrouver une
vie entièrement normale, c’est en même temps
la démonstration de la profonde utilité pour les familles
d’autoriser le prélèvement du don d’organes
sur leurs proches décédés.
Je veux tout particulièrement saluer aujourd’hui les
efforts d’Olivier Coustère, le Président de
Trans-Forme et l’organisateur de cette belle course. Lorsqu’il
y a 20 ans vous mettiez en avant les nombreux bénéfices
de la pratique du sport pour les personnes transplantées,
vous étiez un avant-gardiste. Aujourd’hui, accomplir
une activité physique est reconnu pour tous les patients
greffés comme un facteur de bien-être tant physique
que psychologique. Et même certains vont jusqu’à
dire que c’est un facteur positif pour la réussite
d’une greffe. Vous avez ainsi contribué à faire
changer le regard sur ces patients, vous leur avez permis de recouvrer
un équilibre personnel, et je vous en remercie.
Je veux rendre aussi hommage au Professeur Christian Cabrol, pionnier
de la transplantation cardiaque en France, au Professeur Jean Dausset,
prix Nobel de Médecine, qui a mis en évidence les
groupes de compatibilité tissulaire expliquant les rejets
de greffe, aux Professeurs Henri Bismuth et Didier Houssin, tous
deux spécialistes de la transplantation hépatique,
et enfin au Professeur Jean Hamburger, le père de la greffe
en France, qui a réalisé la première transplantation
rénale au monde. Je voudrais encore remercier l’ensemble
des professionnels de santé qui, au quotidien, transforment
la vie de ces patients, comme le Professeur Bruno Hurault de Ligny.
Enfin, je n’oublie pas toutes ces centaines de donneurs anonymes
et de familles qui, dans l’épreuve, n’hésitent
pas à dépasser leur chagrin en faisant qu’une
vie perdue en sauve une autre.
Mais c’est aujourd’hui le courage, la détermination
et l’ardeur de ces coureurs qui nous donnent le plus grand
des espoirs : celui de voir des femmes et des hommes retrouver leur
forme physique, celui de voir des femmes et des hommes conscients
de la nécessité de donner à sa famille un avis
clair sur la délicate question du prélèvement
d’organes, celui de voir des femmes et des hommes disposés
à donner un organe de leur vivant à des proches –
au don de soi – comme l’a si joliment écrit Marie
Berry en racontant son histoire et sa double greffe après
le don d’un rein de sa maman et de son frère Richard
que je salue même s’il est actuellement sur les planches
et n’a pu se joindre à nous. Je le remercie de mettre
sa notoriété au service d’une noble cause.
I- Le Gouvernement s’est engagé
dans une politique résolue en faveur de l’augmentation
des greffes.
- En France, ce sont 12 000 patients qui chaque année ont
besoin d’une greffe d’organe, alors qu’un tiers
de ces patients seulement sont effectivement transplantés
chaque année.
- Nous avons déjà obtenu une réelle progression
du nombre de greffes. Ainsi, entre 2003 et 2005, les prélèvements
d’organes ont augmenté de près de 23 %. Pour
la première fois en France, l’activité de greffes
d’organes a franchi le seuil des 4000 greffes annuelles. Mais
ce n’est pas suffisant et je ne m’en contente pas.
- Nous nous heurtons le plus souvent à une difficulté
majeure : l’absence d’avis clairement formulé
en faveur du prélèvement d’organes d’une
personne décédée. Cette situation est surprenante
: alors que 74 % des Français se déclarent favorables
au don de leurs propres organes, seuls 40 % d’entre eux font
part de leur position à leurs proches. C’est pourquoi
dans le doute, les professionnels de santé et les familles
préfèrent souvent interpréter le silence de
ces personnes qui n’ont pas exprimé d’avis comme
un refus.
- Nous devons aussi surmonter d’autres
problèmes : il existe de fortes disparités
sur le territoire auxquelles il nous faut remédier. Ainsi,
le taux de prélèvement est particulièrement
faible dans le Sud-Est, le Centre-Est et le Nord. De plus, alors
qu’entre 3 300 et 3 500 morts encéphaliques ont lieu
chaque années, seulement 2 800 sont effectivement recensées.
Il existe donc un gisement de 1 400 donneurs de plus par an.
- Le Gouvernement a réaffirmé dans la loi de Bioéthique
du 6 août 2004 que l’activité de greffe et de
prélèvement était une mission des établissements
de santé ; il a clarifié le principe du consentement
présumé, élargi le cercle des donneurs vivants
et mis en place avec la T2A une tarification
incitative en matière de greffe et, pour la première
fois, de prélèvement.
II- Trois mesures essentielles en 2005
ont permis d’augmenter le nombre de donneurs potentiels, que
ce soit de leur vivant ou non.
- Nous avons élargi les conditions
de possibilité de dons à partir de donneurs vivants
: 8 comités d’experts indépendants, réunis
par l’Agence de la Biomédecine (ABM), ont pour mission
d’autoriser le don d’organe au-delà d’une
parenté directe (père-mère à enfant)
pour les parents au deuxième degré et les conjoints
depuis le décret du 10 mai 2005. Ainsi, les greffes de rein
de donneurs vivants ont augmenté de 20 % en 2005.
- Le prélèvement de certains
organes chez une personne décédée par arrêt
cardiaque est désormais autorisé depuis le décret
du 2 août 2005. Sa mise en œuvre dans les hôpitaux
pilotes pour cette expérimentation débutera avant
la fin du 1er semestre 2006.
- Le prélèvement des organes
provenant de donneurs ayant été en contact avec les
virus de l’hépatite, en les réservant
à des patients dans le même état sérologique
d’immunisation, est possible depuis le décret et l’arrêté
du 21 décembre 2005. Cette disposition pourrait permettre
de réaliser à terme 250 greffes supplémentaires
par an.
III- Mais nous avons encore beaucoup à
faire ; nous devons améliorer l’information sur le
don d’organes. En effet, c’est la meilleure façon
d’augmenter le nombre de greffes.
- Je suis favorable à ce que soit mentionné sur la
carte vitale II, à titre facultatif, que le titulaire de
la carte a bien été informé de la réglementation
en vigueur sur le don d’organe. Je sais que cette formulation
remporte l’assentiment de nombreuses associations de patients
– et notamment de la vôtre, Cher Olivier, qui le demandait
depuis près de 20 ans – ainsi que de l’ensemble
de la communauté scientifique. Elle ne remet absolument pas
en cause le principe du consentement présumé existant
en France, mais permettrait le prélèvement lorsque
le titulaire de la carte a fait préciser qu’il était
informé sur le don d’organe et qu’il n’est
pas inscrit sur le registre du refus. De plus, elle donnerait aussi
aux familles un élément d’information précieux
susceptible de les aider à mieux témoigner de la volonté
de la personne décédée.
- Je veux par ailleurs mettre en place l’information systématique
des jeunes de 16 à 25 ans comme la loi du 6 août 2004
nous y engage. Cette information pourrait passer par le médecin
traitant, des campagnes d’information, ou encore être
donnée lors de la Journée d’action et de préparation
à la Défense.
- Je m’engage à vous faire d’autres propositions
auxquelles nous sommes en train de travailler afin d’améliorer
l’activité de greffe en France lors de la journée
nationale du don d’organes du 22 juin.
Ce long chemin que vous allez parcourir aujourd’hui
est à l’image de celui qu’a parcouru la greffe
depuis sa naissance dans les années 60. C’est un formidable
défi que vous vous lancez. J’y vois un immense espoir
pour l’ensemble des personnes greffées, et, je l’espère,
une incitation pour l’ensemble de nos concitoyens à
se mobiliser et s’engager en adoptant sur ce sujet une position
claire.
Je me réjouis que de nombreuses
personnalités du monde sportif, médical, culturel,
industriel et des médias unissent leurs efforts pour faire
de cette manifestation une réussite totale et une prise de
conscience pour tous nos concitoyens.
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