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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Cabinet de Xavier Bertrand
Ministre de la Santé et des Solidarités

22 mai 2006
Albi

 


DISCOURS

« Congrès National des Pharmaciens de France »

 

Je remercie M. LEPORTIER, M. TROUILLET et M. GAERTNER de me donner à nouveau l’occasion de dialoguer avec vous dans le cadre de ce congrès. J’ai vu que vous y avez beaucoup travaillé, beaucoup d’idées et de projets y ont été discutés et développés.
La dernière fois que je vous ai rencontré, il y a 2 ans à TOURS, je venais de prendre mes fonctions de secrétaire d’Etat à l’ Assurance-Maladie.
Beaucoup de choses se sont passées depuis. Et, je le crois, beaucoup de progrès ont été accomplis. Mais il reste encore beaucoup à faire, tant pour stabiliser l’assurance maladie que pour préparer le système de santé aux défis de demain.

Pendant ces 2 ans, la première de nos préoccupations a été d’assurer la pérennité de notre système d’assurance maladie, grâce à la réforme entamée en 2004

Dès 2004, vous avez joué un rôle important dans la réforme que j’ai mise en place avec Philippe DOUSTE-BLAZY. Nous avons pu compter sur votre engagement dans le choix que nous avions fait de la maîtrise médicalisée.

La réforme de l’assurance maladie a permis d’enrayer la dérive des déficits et de sauvegarder l’équilibre de notre système. Le déficit de l’assurance maladie a été ramené en 2005 à 8 milliards d’euros. Sans la réforme, il aurait atteint 16 milliards d’euros. Et je veux aller plus loin cette année avec un objectif de 6,1 milliards d’euros de déficit pour 2006.

Le retour vers l’équilibre est à notre portée, à condition que nous poursuivions résolument, avec détermination et dans la durée, la mise en œuvre de la réforme.

Elle repose sur la maîtrise médicalisée et les changements de comportement, seuls à même de permettre un retour durable à l’équilibre en évitant les dépenses inutiles et redondantes tout en améliorant la qualité des soins. Le fait que la réforme commence à porter ses premiers fruits, nous prouve que ces changements de comportement sont possibles. Chacun doit se sentir responsable de la sauvegarde de notre système. Les Français l’ont bien compris, comme en témoigne l’adhésion massive dont ils ont fait preuve envers l’un des dispositifs centraux de la réforme, le parcours de soins.

Ce système que nous cherchons à préserver est le meilleur : il repose sur la solidarité, puisque nous cotisons selon nos moyens et nous sommes soignés selon nos besoins. Le défi qui nous attend aussi est de répondre à 2 évolutions : l’évolution démographique et l’évolution des techniques médicales. Pouvoir continuer à garantir l’accès de tous aux meilleurs soins, dans les années et même les décennies qui viennent, voilà l’objectif que je souhaite atteindre avec vous. Ceci tout en garantissant la place de chacun des professionnels de santé.

Je sais la part qui a été la vôtre dans ces premiers signes de réussite de cette réforme. Lorsqu’en 2005, devant la progression des dépenses d’assurance maladie pour les produits de santé qui menaçaient d’être de plus de 6% par an entre 2005 et 2007, nous avons dû accentuer les mesures pour 2006. Vous avez alors participé activement à la concertation que je vous ai proposée. Vous l’avez fait dans un esprit d’ouverture que je salue. Lorsque votre président m’a fait savoir que certaines mesures étaient de nature à remettre en cause l’engagement de votre profession, je l’ai écouté. J’ai ainsi renoncé, après plusieurs semaines de discussions au TFR généralisé.

Plusieurs des mesures décidées en 2004 sont maintenant entrées en application : les premières concernent les génériques. Lorsque nous nous étions rencontrés à Tours en 2004, seulement 3 boîtes sur 10 étaient substituées dans le répertoire. Ce sont maintenant près de 6 boîtes sur 10 qui le sont. Je mesure le chemin parcouru. Notre objectif, avec vous, est d’atteindre au 7 boîtes sur 10 fin 2006.

L’arrivée des conditionnements de 3 mois est un autre axe fort de la réforme. Ils doivent changer les habitudes de dispensation pour les traitements chroniques, faciliter la vie des patients et générer des économies significatives pour l’assurance maladie : de l’ordre de 100M€ pour les classes les plus prescrites. Plusieurs d’entre eux sont sur le marché depuis plusieurs mois, et les grands conditionnements de 14 autres médicaments ont été inscrits au remboursement le 19 mai. Mon objectif est que l’ensemble des traitements chroniques qui ne nécessitent pas de surveillance mensuelle soient ainsi dispensés, lorsque le traitement est stabilisé, en grands conditionnements.

Je compte sur la poursuite de votre engagement sur ces mesures.

Ces deux dernières années ont aussi été celles de l’émergence des nouveaux risques

Informer, former, protéger des nouveaux risques sanitaires : telles sont les
missions du Gouvernement face, notamment, à l'émergence de nouveaux défis infectieux,
qui sont aujourd’hui au cœur de la responsabilité politique. Vous avez un rôle précieux à jouer dans ces missions.

Dans la crise du chikungunya vous nous avez montré votre capacité à faire face à des besoins qui se sont considérablement amplifiés en quelques semaines, voire quelques jours à certains moments.

Vous avez été, et vous êtes encore, car cette crise n’est pas terminée, à la fois les pivots de l’éducation des patients et des familles à la prise en charge des cette maladie, et de précieux observateurs de terrain.

C’est grâce à ce circuit de distribution et de dispensation particulièrement efficace dont dispose la France, à sa capacité à gérer les stocks de façon souple et réactive, que les approvisionnements en médicaments essentiels ont toujours été assurés, et nous avons pu d’autant mieux mesurer l’efficacité de votre organisation que l’épidémie a frappé une des régions les plus éloignées de la métropole.

La menace de grippe pandémique est un autre exemple.
Transparence et anticipation, pour une meilleure réactivité face à ce risque: ce
sont les principes qui guident mon action dans l’élaboration et la mise en œuvre du Plan
gouvernemental de lutte contre la grippe aviaire.

Anticiper la pandémie grippale, c’est d’abord préparer matériellement notre
pays, en nous dotant de moyens de protection -masques FFP2, masques , de traitements
(Tamiflu, Relenza) ou en commandant des vaccins.

Mais c’est aussi former tous les professionnels de santé qui seraient en première ligne, dont vous faites partie, et informer l’ensemble de nos concitoyens sur ce risque. C’est faire œuvre de pédagogie, pour une appropriation efficace des moyens de lutte et de prévention de cette affection.
Ce que je souhaite aujourd’hui en termes d’information , c’est :
- Promouvoir le plus largement possible les gestes d’hygiène qui pourraient prévenir ou endiguer la propagation de l’épidémie,
- Expliquer et détailler au plus près du terrain l’organisation des soins en cas de
pandémie, les conduites à tenir en cas d’apparition des premiers signes.

Vous allez être pour cela, comme souvent, en 1ère ligne. De Juin à décembre, des sessions de formation vont être organisées dans toutes les régions au profit des professions de santé. Pour garantir à l’ensemble des professionnels de santé- médecins, pharmaciens, , masseurs kinésithérapeute- un accès à ces formations, deux dispositifs sont mis en place, l’un pour les professionnels de santé exerçant en établissements de santé l’autre pour les professionnels de santé exerçant en ambulatoire.

Je voudrais aussi rappeler que c’est la confiance que je porte à l’ensemble de la chaîne de distribution du médicament qui m’a amené à lui confier un rôle clé dans le cadre du plan de lutte gouvernemental contre une pandémie grippale. Vous le savez, la France a fait le choix de constituer des stocks de traitements antiviraux (24 millions à ce jour, 34 millions d’ici le début de l’année 2007). La question du mode de distribution s’est alors posée. Si l’option de la mise à disposition du Tamiflu dans les cabinets médicaux a été évoquée, j’ai estimé que la population française avait tout à gagner à s’appuyer sur les compétences des répartiteurs et des pharmaciens d’officine, en leur confiant la mise à disposition gratuite des traitements d’antiviraux et des masques chirurgicaux.

Je tiens aussi à saluer l’engagement de l’ensemble des professionnels de la filière ainsi que de l’Ordre des Pharmaciens dans le cadre de la réalisation du kit d’information sur la grippe aviaire qui est actuellement distribué à tous les professionnels de santé, et notamment aux officines. Je sais aussi, et je tiens à les en remercier, que les pharmaciens du Tarn ont été particulièrement impliqués dans la réflexion sur l’organisation de la distribution des masques et la mise en place d’unités territoriales de vaccination en phase pandémique.

Un de mes objectifs prioritaires est aussi l’amélioration de la qualité de l’ensemble du système de soins.

La récente affaire d’intoxication par des extraits thyroïdiens montre qu’il y a encore des progrès à faire, auxquels nous devons tous contribuer. Il faut savoir refuser certaines dispensations. C’est probablement là que doit s’exercer dans toute sa rigueur ce que l’on appelle l’opinion pharmaceutique : savoir porter un œil averti sur la prescription, et s’interroger sur son adéquation, en fonction de ses connaissances propres et de ce que l'on sait du patient et de ses autres traitements.

De leur côté, les autorités de santé doivent vous procurer les référentiels nécessaires sur les stratégies thérapeutiques. J’ai ainsi constaté, notamment après avoir rendu visite à certaines des victimes de ce drame, qu’il ne s’agissait pas seulement de traitement de la surcharge pondérale, mais qu’il existe aussi une demande forte d’amaigrissement de la part de personnes qui sont peu en surpoids, et que les professionnels de santé ne disposent d’aucune recommandation sur la conduite à tenir dans ce cas. Ceci est probablement une des raisons pour lesquelles les personnes qui sont en demande, justifiée ou non, d’amaigrissement se tournent vers des solutions parfois peu recommandées. J’ai donc demandé à la HAS de produire une recommandation sur « la réponse à apporter à une demande d’amaigrissement ».
J’ai aussi demandé que le cadre réglementaire des préparations magistrales soit entièrement revu, sans remettre en cause celles qui sont nécessaires, notamment en pédiatrie et en dermatologie.

Dossier pharmaceutique

Un autre outil de la qualité des soins est la mise en place du « dossier pharmaceutique du patient » . Vous êtes prêts, grâce à votre niveau d’informatisation, à jouer votre rôle dans cette mutation. Vous avez même beaucoup avancé sur ce sujet en nous faisant des propositions très concrètes.

Vous le savez, le DMP est le 2 ème pilier de la réforme de l'Assurance Maladie, au service de la qualité des soins ; Votre proposition rejoint les objectifs que nous nous sommes assignés , réduction de la iatrogénie médicamenteuse, lutte contre les redondances de soins, encouragement à l’observance des traitements, facilitation du suivi thérapeutique et lutte contre les abus.

C’est pourquoi j’ai demandé à ce que soit créée une interface entre le DP et le DMP dès 2007. Cette initiative permettra d'intégrer les données de délivrance de médicaments, y compris en automédication.

Le pharmacien est au cœur de la coordination des soins : permanence des soins, maintien à domicile, EHPAD

Vous connaissez mon engagement en faveur de la permanence des soins.

Ma conviction, c’est que l’ensemble des professionnels de santé doivent y participer et se coordonner. Votre intégration au sein des instances de coordination, CODAMUPS et CONAMUPS, au même titre que les autres professions de santé marque à cet égard un grand progrès.

J’ai aussi tenu à ce que votre participation à cette permanence soit mieux rémunérée.

La convention que vous avez passée avec l’UNCAM, dont j’ai signé mercredi dernier l’arrêté d’approbation, vous attribue désormais 75 euros par journée ou par nuit de garde.

L’anomalie que constituait la non revalorisation depuis plus de 20 ans des indemnités de gardes par ordonnance dans le TPN est maintenant corrigée par une augmentation de 50%, avec notamment un tarif de nuit de 6 euros par ordonnance.

La qualité des soins repose aussi sur la coordination des soins autour des personnes âgées qu’elles vivent à leur domicile ou en EHPAD, coordination à laquelle je sais que vous attachez une importance toute particulière. La Convention que vous avez signée avec l’UNCAM en pose les bases.

Sur ces sujets, comme d’ailleurs pour tous les autres, je veux vous dire que je suis absolument ouvert à vos propositions, et que je les attends : je pense en effet que toutes les mesures prises, en ce domaine comme dans d’autres, doivent être le fruit non seulement d’une concertation la plus large possible entre l’ensemble des acteurs représentatifs des différentes professions, mais aussi naître directement et principalement de l’expérience de ceux qui sont sur le terrain, et qui ont déjà identifié et exploré un certain nombre de voies.

Je voudrais aussi revenir sur votre rôle dans l’information et l’éducation thérapeutique ou le conseil

Vous êtes les professionnels de santé les plus accessibles. Il faut que vous puissiez disposer de tous les soutiens possibles dans ce rôle d’éducation et d’information, que ce soit autour du conseil pharmaceutique ou de l’accompagnement des malades chroniques. Je salue vos efforts en ce sens, et je tiens à vous dire encore une fois que je serai très attentif à ce que vous disposiez pour cela de tous les appuis nécessaires en termes de référentiels et de formation.

Votre rôle de conseil m’amène à évoquer un sujet qui me tient à cœur, celui de l’automédication. (Je sais que certains d’entre vous se posent des questions sur le terme à employer, il faudra que nous nous mettions d’accord là dessus).
C’est un mode de prise en charge important et responsable. J’ai annoncé que je souhaitais engager rapidement une réflexion sur ce sujet. Elle ne se fera pas sans vous.

Mon objectif ne relève pas seulement d’un choix économique, mais aussi d’une conception équilibrée et diversifiée du système de santé qui est celle de nombreux autre pays, où toute thérapeutique ne passe pas par la prescription. Il est de donner toute sa place à ce mode de prise en charge des troubles les plus courants, dans une démarche de responsabilisation et d’autonomisation des patients . Mais je tiens à vous dire que je le ferai aussi avec un niveau d’exigence de qualité des soins sur lequel je ne transigerai pas : cette autonomisation du patient ne peut se faire que dans le cadre de référentiels de bon usage, et accompagné par le conseil des professionnels que vous êtes.
La réflexion sur l’automédication s’engagera avec la réunion de l’ensemble des parties prenantes dès le mois de juin.

Le dynamisme des idées que vous avez échangées, les thèmes que vous avez abordés en sont la preuve : je sais que je continuerai à trouver en vous des interlocuteurs concernés, exigeants et constructifs. Ceci est d’autant plus important pour moi que je suis convaincu d’une chose : aucune réforme ne se construit dans les seuls bureaux d’un ministère. Une réforme n’a de chance d’être efficace et durable que si elle se nourrit de l’expérience et de la réalité du terrain. Je ne suis pas non plus naïf, nos contraintes respectives ne sont pas toujours les mêmes, mais je sais que nos objectifs ne sont pas différents : apporter le meilleur service de santé à nos concitoyens, dans les meilleures conditions économiques possibles.

A ce sujet, je voudrais saluer le travail de vos représentants, et en particulier de Pierre LEPORTIER. Vous avez là un président qui est, avec le grand calme que vous lui connaissez, un négociateur à la fois pondéré et tenace, qui a grandement contribué à l’abandon du TFR généralisé et la revalorisation des honoraires de garde.

Je crois que nous avons maintenant un moment d’échanges, je suis à votre disposition pour répondre à vos questions.

 
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