| Je remercie M. LEPORTIER,
M. TROUILLET et M. GAERTNER de me donner à nouveau l’occasion
de dialoguer avec vous dans le cadre de ce congrès. J’ai
vu que vous y avez beaucoup travaillé, beaucoup d’idées
et de projets y ont été discutés et développés.
La dernière fois que je vous ai rencontré, il y a
2 ans à TOURS, je venais de prendre mes fonctions de secrétaire
d’Etat à l’ Assurance-Maladie.
Beaucoup de choses se sont passées depuis. Et, je le crois,
beaucoup de progrès ont été accomplis. Mais
il reste encore beaucoup à faire, tant pour stabiliser l’assurance
maladie que pour préparer le système de santé
aux défis de demain.
Pendant ces 2 ans, la première de nos
préoccupations a été d’assurer la pérennité
de notre système d’assurance maladie, grâce à
la réforme entamée en 2004
Dès 2004, vous avez joué un rôle important
dans la réforme que j’ai mise en place avec Philippe
DOUSTE-BLAZY. Nous avons pu compter sur votre engagement dans le
choix que nous avions fait de la maîtrise médicalisée.
La réforme de l’assurance maladie a permis d’enrayer
la dérive des déficits et de sauvegarder l’équilibre
de notre système. Le déficit de l’assurance
maladie a été ramené en 2005 à 8 milliards
d’euros. Sans la réforme, il aurait atteint 16 milliards
d’euros. Et je veux aller plus loin cette année avec
un objectif de 6,1 milliards d’euros de déficit pour
2006.
Le retour vers l’équilibre est à notre portée,
à condition que nous poursuivions résolument, avec
détermination et dans la durée, la mise en œuvre
de la réforme.
Elle repose sur la maîtrise médicalisée et
les changements de comportement, seuls à même de permettre
un retour durable à l’équilibre en évitant
les dépenses inutiles et redondantes tout en améliorant
la qualité des soins. Le fait que la réforme commence
à porter ses premiers fruits, nous prouve que ces changements
de comportement sont possibles. Chacun doit se sentir responsable
de la sauvegarde de notre système. Les Français l’ont
bien compris, comme en témoigne l’adhésion massive
dont ils ont fait preuve envers l’un des dispositifs centraux
de la réforme, le parcours de soins.
Ce système que nous cherchons à préserver
est le meilleur : il repose sur la solidarité, puisque nous
cotisons selon nos moyens et nous sommes soignés selon nos
besoins. Le défi qui nous attend aussi est de répondre
à 2 évolutions : l’évolution démographique
et l’évolution des techniques médicales. Pouvoir
continuer à garantir l’accès de tous aux meilleurs
soins, dans les années et même les décennies
qui viennent, voilà l’objectif que je souhaite atteindre
avec vous. Ceci tout en garantissant la place de chacun des professionnels
de santé.
Je sais la part qui a été la vôtre dans ces
premiers signes de réussite de cette réforme. Lorsqu’en
2005, devant la progression des dépenses d’assurance
maladie pour les produits de santé qui menaçaient
d’être de plus de 6% par an entre 2005 et 2007, nous
avons dû accentuer les mesures pour 2006. Vous avez alors
participé activement à la concertation que je vous
ai proposée. Vous l’avez fait dans un esprit d’ouverture
que je salue. Lorsque votre président m’a fait savoir
que certaines mesures étaient de nature à remettre
en cause l’engagement de votre profession, je l’ai écouté.
J’ai ainsi renoncé, après plusieurs semaines
de discussions au TFR généralisé.
Plusieurs des mesures décidées en 2004 sont maintenant
entrées en application : les premières concernent
les génériques. Lorsque nous nous étions rencontrés
à Tours en 2004, seulement 3 boîtes sur 10 étaient
substituées dans le répertoire. Ce sont maintenant
près de 6 boîtes sur 10 qui le sont. Je mesure le chemin
parcouru. Notre objectif, avec vous, est d’atteindre au 7
boîtes sur 10 fin 2006.
L’arrivée des conditionnements de 3 mois est un autre
axe fort de la réforme. Ils doivent changer les habitudes
de dispensation pour les traitements chroniques, faciliter la vie
des patients et générer des économies significatives
pour l’assurance maladie : de l’ordre de 100M€
pour les classes les plus prescrites. Plusieurs d’entre eux
sont sur le marché depuis plusieurs mois, et les grands conditionnements
de 14 autres médicaments ont été inscrits au
remboursement le 19 mai. Mon objectif est que l’ensemble des
traitements chroniques qui ne nécessitent pas de surveillance
mensuelle soient ainsi dispensés, lorsque le traitement est
stabilisé, en grands conditionnements.
Je compte sur la poursuite de votre engagement sur ces mesures.
Ces deux dernières années ont aussi
été celles de l’émergence des nouveaux
risques
Informer, former, protéger des nouveaux risques sanitaires
: telles sont les
missions du Gouvernement face, notamment, à l'émergence
de nouveaux défis infectieux,
qui sont aujourd’hui au cœur de la responsabilité
politique. Vous avez un rôle précieux à jouer
dans ces missions.
Dans la crise du chikungunya vous nous avez montré votre
capacité à faire face à des besoins qui se
sont considérablement amplifiés en quelques semaines,
voire quelques jours à certains moments.
Vous avez été, et vous êtes encore, car cette
crise n’est pas terminée, à la fois les pivots
de l’éducation des patients et des familles à
la prise en charge des cette maladie, et de précieux observateurs
de terrain.
C’est grâce à ce circuit de distribution et
de dispensation particulièrement efficace dont dispose la
France, à sa capacité à gérer les stocks
de façon souple et réactive, que les approvisionnements
en médicaments essentiels ont toujours été
assurés, et nous avons pu d’autant mieux mesurer l’efficacité
de votre organisation que l’épidémie a frappé
une des régions les plus éloignées de la métropole.
La menace de grippe pandémique est un autre exemple.
Transparence et anticipation, pour une meilleure réactivité
face à ce risque: ce
sont les principes qui guident mon action dans l’élaboration
et la mise en œuvre du Plan
gouvernemental de lutte contre la grippe aviaire.
Anticiper la pandémie grippale, c’est d’abord
préparer matériellement notre
pays, en nous dotant de moyens de protection -masques FFP2, masques
, de traitements
(Tamiflu, Relenza) ou en commandant des vaccins.
Mais c’est aussi former tous les professionnels de santé
qui seraient en première ligne, dont vous faites partie,
et informer l’ensemble de nos concitoyens sur ce risque. C’est
faire œuvre de pédagogie, pour une appropriation efficace
des moyens de lutte et de prévention de cette affection.
Ce que je souhaite aujourd’hui en termes d’information
, c’est :
- Promouvoir le plus largement possible les gestes d’hygiène
qui pourraient prévenir ou endiguer la propagation de l’épidémie,
- Expliquer et détailler au plus près du terrain l’organisation
des soins en cas de
pandémie, les conduites à tenir en cas d’apparition
des premiers signes.
Vous allez être pour cela, comme souvent, en 1ère
ligne. De Juin à décembre, des sessions de formation
vont être organisées dans toutes les régions
au profit des professions de santé. Pour garantir à
l’ensemble des professionnels de santé- médecins,
pharmaciens, , masseurs kinésithérapeute- un accès
à ces formations, deux dispositifs sont mis en place, l’un
pour les professionnels de santé exerçant en établissements
de santé l’autre pour les professionnels de santé
exerçant en ambulatoire.
Je voudrais aussi rappeler que c’est la confiance que je
porte à l’ensemble de la chaîne de distribution
du médicament qui m’a amené à lui confier
un rôle clé dans le cadre du plan de lutte gouvernemental
contre une pandémie grippale. Vous le savez, la France a
fait le choix de constituer des stocks de traitements antiviraux
(24 millions à ce jour, 34 millions d’ici le début
de l’année 2007). La question du mode de distribution
s’est alors posée. Si l’option de la mise à
disposition du Tamiflu dans les cabinets médicaux a été
évoquée, j’ai estimé que la population
française avait tout à gagner à s’appuyer
sur les compétences des répartiteurs et des pharmaciens
d’officine, en leur confiant la mise à disposition
gratuite des traitements d’antiviraux et des masques chirurgicaux.
Je tiens aussi à saluer l’engagement de l’ensemble
des professionnels de la filière ainsi que de l’Ordre
des Pharmaciens dans le cadre de la réalisation du kit d’information
sur la grippe aviaire qui est actuellement distribué à
tous les professionnels de santé, et notamment aux officines.
Je sais aussi, et je tiens à les en remercier, que les pharmaciens
du Tarn ont été particulièrement impliqués
dans la réflexion sur l’organisation de la distribution
des masques et la mise en place d’unités territoriales
de vaccination en phase pandémique.
Un de mes objectifs prioritaires est aussi l’amélioration
de la qualité de l’ensemble du système de soins.
La récente affaire d’intoxication par des extraits
thyroïdiens montre qu’il y a encore des progrès
à faire, auxquels nous devons tous contribuer. Il faut savoir
refuser certaines dispensations. C’est probablement là
que doit s’exercer dans toute sa rigueur ce que l’on
appelle l’opinion pharmaceutique : savoir porter un œil
averti sur la prescription, et s’interroger sur son adéquation,
en fonction de ses connaissances propres et de ce que l'on sait
du patient et de ses autres traitements.
De leur côté, les autorités de santé
doivent vous procurer les référentiels nécessaires
sur les stratégies thérapeutiques. J’ai ainsi
constaté, notamment après avoir rendu visite à
certaines des victimes de ce drame, qu’il ne s’agissait
pas seulement de traitement de la surcharge pondérale, mais
qu’il existe aussi une demande forte d’amaigrissement
de la part de personnes qui sont peu en surpoids, et que les professionnels
de santé ne disposent d’aucune recommandation sur la
conduite à tenir dans ce cas. Ceci est probablement une des
raisons pour lesquelles les personnes qui sont en demande, justifiée
ou non, d’amaigrissement se tournent vers des solutions parfois
peu recommandées. J’ai donc demandé à
la HAS de produire une recommandation sur « la réponse
à apporter à une demande d’amaigrissement ».
J’ai aussi demandé que le cadre réglementaire
des préparations magistrales soit entièrement revu,
sans remettre en cause celles qui sont nécessaires, notamment
en pédiatrie et en dermatologie.
Dossier pharmaceutique
Un autre outil de la qualité des soins est la mise en place
du « dossier pharmaceutique du patient » . Vous êtes
prêts, grâce à votre niveau d’informatisation,
à jouer votre rôle dans cette mutation. Vous avez même
beaucoup avancé sur ce sujet en nous faisant des propositions
très concrètes.
Vous le savez, le DMP est le 2 ème pilier de la réforme
de l'Assurance Maladie, au service de la qualité des soins
; Votre proposition rejoint les objectifs que nous nous sommes assignés
, réduction de la iatrogénie médicamenteuse,
lutte contre les redondances de soins, encouragement à l’observance
des traitements, facilitation du suivi thérapeutique et lutte
contre les abus.
C’est pourquoi j’ai demandé à ce que
soit créée une interface entre le DP et le DMP dès
2007. Cette initiative permettra d'intégrer les données
de délivrance de médicaments, y compris en automédication.
Le pharmacien est au cœur de la coordination
des soins : permanence des soins, maintien à domicile, EHPAD
Vous connaissez mon engagement en faveur de la permanence des soins.
Ma conviction, c’est que l’ensemble des professionnels
de santé doivent y participer et se coordonner. Votre intégration
au sein des instances de coordination, CODAMUPS et CONAMUPS, au
même titre que les autres professions de santé marque
à cet égard un grand progrès.
J’ai aussi tenu à ce que votre participation à
cette permanence soit mieux rémunérée.
La convention que vous avez passée avec l’UNCAM, dont
j’ai signé mercredi dernier l’arrêté
d’approbation, vous attribue désormais 75 euros par
journée ou par nuit de garde.
L’anomalie que constituait la non revalorisation depuis
plus de 20 ans des indemnités de gardes par ordonnance dans
le TPN est maintenant corrigée par une augmentation de 50%,
avec notamment un tarif de nuit de 6 euros par ordonnance.
La qualité des soins repose aussi sur la coordination des
soins autour des personnes âgées qu’elles vivent
à leur domicile ou en EHPAD, coordination à laquelle
je sais que vous attachez une importance toute particulière.
La Convention que vous avez signée avec l’UNCAM en
pose les bases.
Sur ces sujets, comme d’ailleurs pour tous les autres, je
veux vous dire que je suis absolument ouvert à vos propositions,
et que je les attends : je pense en effet que toutes les mesures
prises, en ce domaine comme dans d’autres, doivent être
le fruit non seulement d’une concertation la plus large possible
entre l’ensemble des acteurs représentatifs des différentes
professions, mais aussi naître directement et principalement
de l’expérience de ceux qui sont sur le terrain, et
qui ont déjà identifié et exploré un
certain nombre de voies.
Je voudrais aussi revenir sur votre rôle
dans l’information et l’éducation thérapeutique
ou le conseil
Vous êtes les professionnels de santé les plus accessibles.
Il faut que vous puissiez disposer de tous les soutiens possibles
dans ce rôle d’éducation et d’information,
que ce soit autour du conseil pharmaceutique ou de l’accompagnement
des malades chroniques. Je salue vos efforts en ce sens, et je tiens
à vous dire encore une fois que je serai très attentif
à ce que vous disposiez pour cela de tous les appuis nécessaires
en termes de référentiels et de formation.
Votre rôle de conseil m’amène à évoquer
un sujet qui me tient à cœur, celui de l’automédication.
(Je sais que certains d’entre vous se posent des questions
sur le terme à employer, il faudra que nous nous mettions
d’accord là dessus).
C’est un mode de prise en charge important et responsable.
J’ai annoncé que je souhaitais engager rapidement une
réflexion sur ce sujet. Elle ne se fera pas sans vous.
Mon objectif ne relève pas seulement d’un choix économique,
mais aussi d’une conception équilibrée et diversifiée
du système de santé qui est celle de nombreux autre
pays, où toute thérapeutique ne passe pas par la prescription.
Il est de donner toute sa place à ce mode de prise en charge
des troubles les plus courants, dans une démarche de responsabilisation
et d’autonomisation des patients . Mais je tiens à
vous dire que je le ferai aussi avec un niveau d’exigence
de qualité des soins sur lequel je ne transigerai pas : cette
autonomisation du patient ne peut se faire que dans le cadre de
référentiels de bon usage, et accompagné par
le conseil des professionnels que vous êtes.
La réflexion sur l’automédication s’engagera
avec la réunion de l’ensemble des parties prenantes
dès le mois de juin.
Le dynamisme des idées que vous
avez échangées, les thèmes que vous avez abordés
en sont la preuve : je sais que je continuerai à trouver
en vous des interlocuteurs concernés, exigeants et constructifs.
Ceci est d’autant plus important pour moi que je suis convaincu
d’une chose : aucune réforme ne se construit dans les
seuls bureaux d’un ministère. Une réforme n’a
de chance d’être efficace et durable que si elle se
nourrit de l’expérience et de la réalité
du terrain. Je ne suis pas non plus naïf, nos contraintes respectives
ne sont pas toujours les mêmes, mais je sais que nos objectifs
ne sont pas différents : apporter le meilleur service de
santé à nos concitoyens, dans les meilleures conditions
économiques possibles.
A ce sujet, je voudrais saluer le travail de
vos représentants, et en particulier de Pierre LEPORTIER.
Vous avez là un président qui est, avec le grand calme
que vous lui connaissez, un négociateur à la fois
pondéré et tenace, qui a grandement contribué
à l’abandon du TFR généralisé
et la revalorisation des honoraires de garde.
Je crois que nous avons maintenant un moment
d’échanges, je suis à votre disposition pour
répondre à vos questions. |