| Chaque année,
15 millions de nos concitoyens – dont 1 million pour des urgences
vitales - sont pris en charge dans les services d’urgence
publics et privés.
En matière d’urgences, il existe un modèle
français original, examiné avec beaucoup d’intérêt
par d’autres pays : il repose sur la prise en charge par des
médecins désormais spécialistes en médecine
d’urgences, sur une régulation des appels par des médecins,
et sur la médicalisation des interventions sur le terrain.
Ce modèle, nous devons le conserver, tout en l’améliorant
et le modernisant.
C’est tout le sens de la concertation que nous avons engagée
dès septembre 2002, qui a abouti au Plan Urgences présenté
en Septembre 2003 et qui connaît aujourd’hui une étape
importante avec la publication des nouveaux décrets aujourd’hui.
I. Ces décrets organisant les structures
d’urgences et les services mobiles d’urgences et de
réanimation (SMUR)
Ces décrets marquent une évolution significative.
Ce ne sont plus les urgences seules qui accueillent les patients,
mais bien l’établissement dans son ensemble, et au-delà
le réseau du territoire.
(a) En effet, grâce à ces nouveaux textes, la coordination
de l’ensemble de la chaîne des urgences bénéficie
enfin d’un cadre réglementaire. Cette organisation
repose sur trois grands principes indispensables à une prise
en charge rapide et de qualité : proximité d’accès,
qualité de la prise en charge, coopération et coordination
La proximité d’accès, tout d’abord. Aujourd’hui,
631 structures et 435 SMUR sont autorisés ; le décret
permettra non seulement de maintenir, mais aussi de consolider ce
maillage.
Afin de garantir la qualité des soins, le décret
prévoit une obligation pour les équipes médicales
appartenant à des structures d’accueil à faible
activité (moins de 8 000 passages par an soit 21 par jour)
d’exercer dans des structure plus importantes, de manière
à entretenir leurs compétences techniques en particulier
pour les détresses vitales qu’elles peuvent rencontrer
moins souvent (2 à 3% des passages).
Par ailleurs, la reconnaissance du rôle des médecins
correspondants du SAMU permet de mettre en place, dans les zones
particulièrement isolées, des relais efficaces pour
la prise en charge des urgences vitales.
Les décrets visent également à une meilleure
coopération et coordination de toutes les structures au sein
de la chaîne des urgences.
Ils prévoient la mise en place d’un « réseau
» d’urgences entre les établissements dans chaque
territoire de santé. Les coopérations entre tous les
hôpitaux et cliniques d’un territoire seront désormais
formalisées dans une convention approuvée par l’Agence
Régionale de l'Hospitalisation.
Cela permettra notamment, pour des urgences vitales ou très
graves – Accidents Vasculaires Cérébraux, infarctus
du myocarde, traumatologie lourde-, un accès direct du patient
au plateau technique spécialisé le plus compétent
sans passage par les structures d’Urgences.
De même, des filières de soins spécialisées
seront organisées pour certaines populations (enfants, personnes
âgées, patients nécessitant des soins de psychiatrie).
Ces décrets garantissent ensuite la qualité de la
prise en charge.
Tout d’abord, en assurant la qualification des professionnels
qui exercent aux urgences
Toutes les structures d’urgences ont dorénavant l’obligation
de répondre aux mêmes exigences de qualité,
notamment en termes d’effectifs et de compétences médicales
et paramédicales. Les médecins exerçant dans
les structures d’urgence auront l’obligation d’avoir
la spécialité de médecine d’urgence ou
une formation universitaire et 3 ans d’expériences
dans ces services.
Au-delà, il nous faut engager, compte tenu des perspectives
démographiques et des conditions d’exercice, une réflexion
approfondie et concertée sur l’avenir des métiers
qui interviennent dans les services d’urgences. Le ministère
de la santé animera un groupe de travail sur le sujet dans
le prolongement des travaux que j’ai confiés au Professeur
Berland.
Ensuite la qualité est garantie par une plus grande transparence
et un meilleur partage de l’information :
- Un registre des ressources disponibles doit être créé
pour informer en temps réels les professionnels des lits
ou des ressources médicales disponibles ; il s’agit
de savoir par exemple où pouvoir faire une endoscopie digestive
en pleine nuit, ou avoir un avis spécialisé en neurologie,
si l’hôpital ou la clinique n’en dispose pas.
- une fiche de dysfonctionnement sera mise en place, afin de repérer
et d’analyser, tant au sein des établissements que
des réseaux, les dysfonctionnements : transferts inappropriés,
délais d’attente importants dans l’accès
aux examens complémentaires, retards à l’admission,
non suivi de protocoles ou de procédures, carences dans
l’organisation extra hospitalière d’amont (permanence
de soins, transports sanitaires…), refus d’hospitalisation
itératifs dans des établissements territoriaux ou
régionaux. Ces fiches, intégrées à
la démarche globale de gestion des risques, alimenteront
un rapport annuel qui sera transmis aux agences régionales
de l’hospitalisation et examiné par la commission
régionale des urgences.
II. J’ai également souhaité
vous présenter l’état d’avancement du
plan urgences 2003 - 2008
Ce bilan est détaillé dans le dossier de presse qui
vous a été remis ; il est tout à fait significatif.
Sur les deux premières années du plan (2004 et 2005),
330 millions d’euros ont été engagés
pour le plan « urgences », permettant la création
pour les services d’aval de 2369 postes dont 259 postes médicaux,
et pour les urgences de 2322 postes, dont 451 postes médicaux.
Non seulement les engagements pris ont été tenus,
mais en plus, sur de très nombreux sites, la situation s’est
améliorée de façon tangible. J’insiste
auprès de vous sur la nécessité d’une
approche globale : traiter la question des urgences, c’est
en réalité aborder l’hôpital, voire le
territoire de santé dans son ensemble et vous constaterez
que les crédits du plan ne concernent pas seulement les services
d’urgence eux-mêmes, mais aussi les structures d’amont
et d’aval. Ce point est fondamental.
J’ai décidé de lancer une évaluation
à mi parcours du plan urgences, afin de savoir dans quelle
mesure les sommes très importantes engagées par la
collectivité ont répondu aux attentes des patients
et des professionnels et de m’indiquer les difficultés
qui demeurent irrésolues. Cette évaluation sera confiée
à deux conseillers généraux des établissements
de santé.
Nous savons d’ores et déjà que la question
de l’impact du vieillissement de la population et de l’hospitalisation
des personnes âgées après un passage aux urgences
fait partie de ces difficultés.
Souvent, l’arrivée d’une personne âgée
aux urgences est le résultat de l’échec d’un
suivi global et adapté de leurs problèmes de santé.
Du maintien à domicile à la création d’une
filière « gériatrique » spécifique,
nous devons éviter de telles situations.
Déjà, dans le cadre du plan « urgences »
ont été créé 7363 lits et places de
soins de suite, de courts séjours gériatriques, d’hospitalisation
à domicile, ainsi que 259 postes de médecins, et 2072
postes de soignants dans 207 nouveaux services de court séjour
gériatriques et 134 équipes mobiles de gériatrie.
Nous devons aller encore plus loin. C’est pour cette raison
que, sur la base d’un rapport que nous ont récemment
remis MM. JEANDEL, VIGOUROUX et PFIZENMEYER, nous avons décidé,
avec Philippe Bas, de mettre en œuvre dès 2007 des mesures
nouvelles fondées sur 6 objectifs :
- Le maintien à domicile des patients
par le développement des alternatives à la prise
en charge hospitalière.
- La création d’un label
« filière gériatrique » pour
chaque territoire de santé à partir d’un établissement
« pivot » siège d’une structure d’urgences.
- Une contractualisation entre tous les
partenaires de la filière gériatrique, avec
les établissements et structures associées au sein
des territoires de santé (services de psychiatrie, HAD,
EHPAD, SSIAD)
- La prise en compte du vieillissement
des patients dans les services non gériatriques
(comme la chirurgie et la cancérologie) afin de mettre
à leur disposition les ressources et compétences
de la filière « labellisée ».
- Le développement de la coordination
entre tous les partenaires tout au long du parcours du
patient, grâce aux CLIC et aux réseaux de proximité
des territoires de santé.
III. Mais le renforcement des moyens n’est
pas tout ; sans action déterminée sur l’organisation,
la situation ne saurait s’améliorer durablement
Je voudrais à cet égard citer quatre actions que
nous avons entreprises et que j’entends amplifier ou accélérer
:
- un effort massif d’informatisation, tout d’abord.
Cet effort, les structures d’urgence l’ont déjà
entrepris, puisque aujourd’hui 45% des passages sont informatisés,
contre moins de 10% des passages au lancement du plan. Je suis donc
confiant dans le respect de notre objectif de 85% de passages informatisés
pour fin 2007.
Je veux aller au-delà, et couvrir 100% des passages en 2008.
L’effort que nous réaliserons pour l’informatisation
de l’hôpital, avec la volonté de faire passer
la part des dépenses hospitalières qui y sont consacrées
de 1,7 % aujourd’hui à 3% en 2012, concernera en premier
lieu l’informatisation des structures d’urgence. L’informatisation
des structures d’urgence permettra ainsi de mieux coordonner
la prise en charge, de contribuer à la veille sanitaire,
et d’alimenter le DMP.
En effet, l’accès quotidien des pouvoirs publics et
des professionnels à des informations objectives sur les
situations de tension tant locales que nationales renforcera tant
l’organisation des urgences que la veille sanitaire. Cela
sera possible grâce à la remontée du nombre
de passages aux urgences et du nombre de lits disponibles vers les
régions [les serveurs régionaux des ARH sont tous
opérationnels à ce jour] et vers l’InVS et la
DHOS. Ce système, en cours de déploiement depuis plusieurs
mois, sera totalement opérationnel dès juin 2006.
- il nous faut également apporter une aide concrète
aux structures d’urgences pour améliorer leur organisation
et ainsi réduire les délais d’attente et les
temps de passage.
Les travaux de la Mission d’Expertise et d’Audit Hospitalier
(MEAH), menées dans la concertation avec les professionnels,
ont montré l’efficacité des méthodes
modernes de gestion des délais d’attente. Ainsi dans
un établissement de l’AP-HP (Ambroise Paré),
une baisse de 23 % des temps de passage, tout type de patient confondu,
a pu être obtenue.
Sur la base de ces résultats encourageants obtenus auprès
de quelques sites pilotes, 41 établissements ont sollicité
l’appui de la MEAH pour 2006.
Je souhaite que 100% des structures se soient dotés de tels
outils de pilotage, soit par la MEAH, soit par eux-même, dans
les trois ans qui viennent. Cette action doit être étendue
aux SAMU.
- par ailleurs, avec les organisations professionnelles, nous avons
décidé de définir des indicateurs permettant
d’évaluer la qualité des prises en charge aux
urgences. Ils constitueront des outils incontournables d’évaluation
et d’adaptation continue des services d’urgence.
- enfin, il est clair que les efforts de réorganisation
et de mutualisation des moyens SAMU SMUR urgences sont souvent contrariés
par une architecture inadaptée. 127 structures (pour un montant
de 440 Millions d’Euros) ont été rénovées
dans le cadre du plan Hôpital 2007.J’ai décidé
que le volet immobilier du plan Hôpital 2012 puisse permettre
d’achever cet effort de modernisation de l’immobilier
pour tous les services d’urgences, sur la base d’un
bilan que je demande à la AMINH et aux ARH d’établir
pour l’automne prochain.
IV. Je vous rappelle pour terminer les récentes
décisions prises pour conforter la permanence des soins,
sujet intimement lié à la question des urgences hospitalières.
Ces décisions ont été prises après une
large concertation avec les professionnels et au vu d’un rapport
de l’IGAS que j’avais commandé.
En premier lieu, renforcer la régulation par les SAMU.
- C’est ce que nous avons entrepris en généralisant
dans tous les départements la participation des médecins
libéraux à la régulation ; dans les 24 départements
où cette participation n’est pas effective, les préfets
auront la responsabilité de l’organiser. Nous avons
aussi souhaité préciser par une circulaire le statut
et la protection juridique dont bénéficie le médecin
régulateur, ainsi que mieux définir la possibilité
de prescription par téléphone.
- Nous avons également décidé de renforcer
les moyens humains. Ainsi, après la création, entre
2004 et 2005, de 59 postes de médecins de SAMU et 297 postes
de permanenciers dans le cadre du plan urgences, je vous annonce
mon intention, de créer dès 2007 100 nouveaux postes
de permanenciers, ce qui n’était pas prévu dans
le plan mais qui résulte des évaluations de terrain
Une campagne de communication sera engagée avant la fin
de l’année pour sensibiliser nos concitoyens au bon
usage du 15.
Par ailleurs, la réorganisation des secteurs en deuxième
partie de nuit doit être poursuivie afin de faciliter l’organisation
de la permanence des soins. Nous expertiserons la possibilité
pour les préfets, au cas par cas et en l’absence de
solution alternative, de confier à un ou plusieurs établissements
hospitaliers l’organisation de la permanence des soins en
deuxième partie de nuit, accompagnée bien entendu
des moyens correspondant.
Enfin, je me réjouis d’avoir permis la reprise d’un
dialogue serein et indispensable au plan national entre tous les
acteurs de la permanence des soins et de la médecine d’urgence.
Ce dialogue sera pérennisé dans le cadre d’un
comité national de l’aide médicale d’urgence
et de la permanence des soins qui sera installé à
la rentrée.
C’est toute la chaîne des Urgences que nous souhaitons
ainsi renforcer, en amont des structures d’accueil (en coordination
avec la permanence des soins), au sein des structures d’urgences,
et en aval des urgences, pour améliorer en termes de rapidité
comme de qualité la prise en charge des patients.
Afin de poursuivre le suivi de ce plan, un conseiller général
des hôpitaux sera nommé (probablement le Dr JY Graal,
ARHIF) afin de prendre la suite du formidable travail réalisé
par le Dr P. Mardegan qui a souhaité mettre fin à
sa mission. Il m’est ainsi donné l’occasion de
le remercier.
En conclusion, permettez moi d’évoquer avec vous l’organisation
hospitalière pour l’été. Comme chaque
année, une circulaire définit les priorités
de maintien des disponibilités de lits dans les établissements
de santé. Les Agences régionales d’hospitalisation
doivent maintenant travailler avec la communauté hospitalière
dans chaque région et plus particulièrement au sein
de chaque territoire de santé. Comme l’an dernier,
le gouvernement va déplafonner les heures supplémentaires
des personnels soignants de juin à septembre. Cela permettra
aux établissements de santé de maintenir leurs capacités,
en particulier pour les activités sensibles que sont la réanimation
adulte, pédiatrique et néonatale, les soins intensifs
et la surveillance continue, les grands brûlés, les
soins de suite et de réadaptation, et la médecine
polyvalente ou gériatrique. Je serai attentif à ce
que le processus de coordination entre établissements d’un
même territoire de santé soit bien mis en place. Les
agences régionales d’hospitalisation me rendront compte
des résultats prévisionnels pour le 1er juin. |