| Anticipation et prévention
pour une meilleure prise en charge : ce sont les principes qui nous
ont guidés dans l’élaboration du plan Canicule
et dans les améliorations que nous lui apportons à
partir des remontées d’expériences du terrain.
C’est dans cet esprit que je souhaitais vous informer du bilan
des mesures engagées depuis 2005, et vous annoncer les nouveautés
du plan en 2006 et mes priorités.
I- Afin d’éviter la
survenue d’une crise sanitaire liée à une période
de canicule, il est tout d’abord nécessaire de disposer
d’un système d’alertes et de remontées
d’informations efficaces.
La canicule, c’est 3 jours consécutifs de chaleur
le jour et surtout la nuit, avec des températures supérieures
à des seuils établis par département. Le corps
ne se repose plus, se fatigue et supporte de moins en moins bien
la chaleur.
Dans un coup de chaleur, il y a une perte de contrôle de la
température du corps, qui peut aller jusqu’au décès.
Les seuils de températures (moyenne sur trois jours) en
maximales et minimale sont adaptées aux régions dans
lesquelles elles sont observées. Par exemple, dans le Gard,
les maximales sont établies à 36° alors que dans
le Calvados elles sont fixées à 31°.
Météo France et l’Institut de veille sanitaire
ont défini un système de seuils canicule et mis en
place un dispositif de remontées quotidiennes d’indicateurs
de santé, comme l’activité des Samu et des urgences.
Chaque jour de chaleur, ils se réunissent à 14h –
au lieu de 16 h l’an dernier- pour analyser l’ensemble
des paramètres météorologique et sanitaire
et produire un état des risques sanitaires de canicule département
par département.
L’été dernier, les niveaux d’alerte
du plan canicule ont été atteints dans 29 départements
du 17 juin au 19 août, 14 d’entre eux ayant connu entre
1 et 8 jours consécutifs de canicule. Les régions
Rhône Alpes et Alsace ont été particulièrement
touchées.
La nouvelle version du Plan National Canicule, disponible sur
www.sante.gouv.fr simplifie le dispositif d’alerte en identifiant
3 niveaux au lieu de 4 l’an dernier :
- la « veille saisonnière » s’étend
sur la période du 1er juin au 31 août. Les préfets
vérifient les dispositifs opérationnels. La veille
quotidienne de l’activité sanitaire est activée.
- le niveau de « mise en garde et d’action » correspond
à un risque de canicule en cours ou prévu jusqu’à
3 jours en avance Le préfet met en œuvre les actions
adaptées au phénomène et aux informations d’activité
sanitaire. Ce niveau remplace les niveaux 2 et 3 de l’ancien
plan.
- la « mobilisation maximale » correspond à une
canicule à fort impact sanitaire, s’étendant
sur une grande partie du territoire ou compliquée d’effets
collatéraux (délestages ou pannes électriques,
sécheresse,…)
En pratique, Météo France et l’INVS indiquent
les risques sanitaires et météorologiques, département
par département et informent le ministère de la santé.
Le ministère de la santé saisit les préfets
si les conditions d’un passage à un « niveau
de mise en garde et d’actions » sont réunies.
Le préfet déclenche alors toutes les mesures à
mettre en œuvre.
Afin d’améliorer l’information de nos concitoyens,
j’ai réuni le 15 juin dernier l’ensemble des
présentateurs et animateurs météo afin de leur
demander de diffuser des messages sanitaires de prévention.
Relais essentiels de l’information, je sais pouvoir compter
sur leur mobilisation et je les en remercie.
II- Il est ensuite nécessaire de diffuser
des messages de prévention à l’ensemble de nos
concitoyens.
Les messages de prévention sur la canicule ont été
diffusés massivement en 2005 : plusieurs millions de plaquettes
ont été tirées et mises à disposition
dans les pharmacies, postes, établissements de santé,
cabinets libéraux et distribuées dans la presse à
destination du troisième âge. Les messages sont désormais
bien connus du public.
Ainsi, un sondage CSA de juillet 2005 montre que 90% des plus
de 50 ans et 93% des 75 ans et plus se disent bien informées
sur le plan canicule.
84% des personnes interrogées et 75% des plus de 75 ans déclarent
spontanément qu’il faut boire fréquemment et
abondamment. Mais l'importance de se rafraîchir et de s'humidifier
le corps n'est perçue spontanément que par 19% des
sondés.
Et l'aide aux personnes fragiles n’est citée que par
13% des personnes interrogées. J’y reviendrai.
Cet été, la population recevra à nouveau des
conseils pour se protéger de la chaleur et sera tenue informée
en temps réel du niveau d’alerte. 4 millions de plaquettes
préparées par l’Institut national de Prévention
et d’Education pour la Santé (INPES) sont d’ores
et déjà en cours de diffusion dans tout le territoire
français, grâce au travail des DDASS. Un retirage de
6 millions d’exemplaires est d’ores et déjà
possible.
La plate-forme Info canicule est réouverte pendant tout
l’été au numéro 0 821 22 23 00. Chacun
peut y recevoir des conseils d’information sur la canicule.
En cas de canicule, les préfets réquisitionneront
les médias pour diffuser les modules TV et radio que Philippe
Lamoureux vous présentera dans quelques instants.
Mais nous l’avons bien vu : l’isolement constitue un
facteur de risque supplémentaire très important en
cas de canicule. L’Invs relève qu’en 2003 «
le rôle de l’isolement a été confirmé
par les variations de la surmortalité suivant le lieu de
décès et le statut matrimonial La surmortalité
a été plus importante à domicile qu’en
institution et a touché les célibataires, veufs et
divorcés plus que les sujets mariés. Ceci évoque
une fois de plus le rôle joué par le facteur d’isolement
dans la mortalité. »
Or l’immense majorité des personnes âgées
vivent à domicile (670.000 vivent en établissement
pour 9,3 millions de plus de 65 ans) et sont souvent seules. La
lutte contre l’isolement sera donc notre principale priorité
pour 2006.
Cette action passe par la mobilisation d’un cercle toujours
plus élargi d’acteurs, au-delà du Préfet
et des services de l’Etat qui vise :
Les maires, qui disposent aujourd’hui de moyens importants
et d’une capacité d’action de proximité
particulièrement efficace en cas de canicule. J’ai
pu constater lors de mes déplacements que nombre d’entre
eux avaient lancé des opérations innovantes comme
des parrainages intergénérationnels à Nimes,
l’organisation de visites par des voisins de quartiers et
des bénévoles d’associations à Strasbourg,
ou encore la mise en place de plate-forme téléphoniques
à Orléans.
L’ensemble des collectivités locales est d’ailleurs
concerné par ce type d’actions de proximité.
La quasi-totalité des villes de plus de 10.000 habitants
disposent désormais d’un registre des personnes vulnérables
(âgées ou handicapées). Ce registre permet aux
pouvoirs publics de concentrer leurs efforts de vigilance sur les
personnes isolées et fragiles lors de canicules. En revanche,
seules 48% des 36.000 communes en disposent, contre 31% il y a un
an. Et je veux le redire : il est toujours temps de s’inscrire
sur ces registres.
Je souhaite encourager et aider les maires à pérenniser
ces actions. Nous avons, avec Nicolas Sarkozy, demandé aux
sous-préfets de les réunir au niveau de chaque arrondissement
avant le 30 juin pour échanger sur leurs missions et développer
les meilleures pratiques. Nous leur adresserons également
dans les prochains jours un courrier les invitant à continuer
de proposer sur le terrain des actions qui évitent qu’une
personne âgée demeure isolée. Ce courrier leur
rappellera l’extrême importance d’ouvrir les registres
communaux des personnes vulnérables isolées afin de
cibler l’action des services publics en cas de crise.
J’ai également signé une convention avec 13
associations actives auprès des personnes vulnérables
(France Bénévolat, les Petits Frères des Pauvres,
…) dans lesquelles elles s’engagent à aider au
recensement des personnes isolées et à apporter du
soutien aux personnes vulnérables en cas de canicule. Le
ministère conclura avant la fin du mois un accord de partenariat
renforcé avec la Croix Rouge, dont les délégations
départementales mettront en œuvre, à la demande
des préfets, leurs moyens d’intervention d’urgence.
Nous mobilisons également les relais de la vie de quartier,
comme les commerces de proximité (boulangers, les syndics
d’immeubles, les bureaux de postes, …) qui mettront
à la disposition du public des plaquettes d’information.
Le syndicat des boulangers adressera dans le prochain numéro
de sa revue une affiche portant les 5 conseils sanitaires fondamentaux
sur la canicule.
Nous sommes actuellement engagés avec d’autres acteurs
tels que les opérateurs de téléphonie et avec
des caisses primaires d’assurance maladie pour voir comment
ils peuvent contribuer à l’action de prévention
et de gestion des canicules.
Au-delà de ces acteurs, c’est l’ensemble des
Français que nous souhaitons toucher en les invitant à
des gestes très simples de solidarité. Le soutien
aux personnes isolées et vulnérables (personnes âgées,
dépendantes, handicapées, sans-abri, malades ou jeunes
enfants) est l’affaire de tous et la responsabilité
de chacun : la famille, les voisins et les amis restent les soutiens
les plus précieux en cas de canicule pour toute personne
isolée.
L’Institut national de prévention et d’éducation
pour la santé (INPES) lance dès aujourd’hui
une campagne radio « N’attendons pas pour être
solidaires » incitant chaque citoyen à de simples gestes
d’attention en faveur des personnes fragiles proches, parents
ou voisins. Elle sera diffusée jusqu’au 4 juillet.
En effet, ces contacts au quotidien peuvent se révéler
décisifs pour aider une personne vulnérable à
franchir les périodes difficiles d’une canicule.
Cette campagne d’un million d’euros présentera
4 spots radios sur les grandes chaînes nationales qui mettent
en scène des voisins attentifs aux plus vulnérables
et des personnes âgées qui osent demander de l’aide.
III- Plus globalement, l’action d’ampleur
que nous menons en faveur des personnes (âgées doit
permettre de répondre non seulement au problème de
leur isolement mais aussi de celui de la qualité de leur
prise en charge.
Tout est mis en œuvre pour mieux prendre en charge la dépendance
dans les établissements. 10 000 places ont été
créées en 2 ans en établissement d’hébergement
pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). C’est
deux fois plus que prévu initialement.
Outre les créations de places, la médicalisation
des maisons de retraite se poursuit également en 2006. Grâce
aux conventions tripartites, nous dégageons des moyens nouveaux
à cet effet. Et pour la seule année 2006, nous avons
prévu d’en signer 1.400.
Ainsi, le nombre de places en hospitalisation à domicile
a été porté de 5.000 à 8.000 à
la fin de l’année dernière. Quant aux services
de soins infirmiers à domicile (SSIAD), 4.250 places nouvelles
sont créées chaque année.
Au total, la signature des conventions tripartites a permis, de
créer :
- 5.700 emplois d’infirmiers diplômés d’État
- et 21.000 emplois d’aides-soignants et d’aides médico-psychologiques.
Le Plan Solidarité Grand Age, annoncé par le Premier
Ministre le 26 mai 2006, et porté par Philippe Bas, accentuera
cet effort en se fixant pour objectif l’augmentation de 40%
de places de SSIAD et en portant le nombre de places de HAD à
15 000 dès 2010. Notre ambition, c’est également
d’adapter notre système hospitalier à la prise
en charge des personnes âgées malades. 1 000 places
de court séjour gériatrique et 3 000 places de soins
de suite et de réadaptation seront créées en
cinq ans et réparties sur le territoire en fonction des besoins.
Il est enfin nécessaire de renforcer le taux d’encadrement
dans les EPHAD. Nous avons pour volonté d’avoir pour
chaque personne âgée très dépendante
un professionnel de santé d’ici 2012. Nous devons enfin
développer le nombre de places dans les établissements
hébergeant des personnes âgées dépendantes.
5000 places supplémentaires seront créées chaque
année d’ici 2012.
IV- Et je voudrais insister sur une autre priorité
: la préparation des hôpitaux et des établissements
pour personnes âgées aux crises sanitaires.
Dans le cadre du Plan Urgences, ce sont 2322 postes dont 451 médecins
qui ont été créés pour renforcer les
SAMU, les SMUR et les services d’urgences.
Afin d’améliorer les capacités d’hospitalisation
d’aval et d’améliorer la prise en charge des
personnes âgées, ce sont 2331 postes (259 médicaux
et 2072 non médicaux) et 7363 lits et places qui ont été
créés.
Lors de l’été 2005, un effort particulier a
été porté sur les mesures d’équipement
des établissements : les décrets du 7 et du 11 juillet
2005 avaient rendu obligatoire l’installation de pièces
rafraîchies dans tous les établissements de santé
et d’hébergement de personnes âgées ainsi
que la rédaction de plans de préparation et de gestion
des situations d’urgence, dits « plans bleus »,
qui prévoient notamment la signature d’une convention
avec l’établissement de santé le plus proche.
Ces mesures sont désormais très largement mises en
œuvre. 96,5% des maisons de retraites et 96,8% des établissements
de santé disposent de pièces rafraîchies, alors
que seuls 18% des établissements hébergeant des personnes
âgées en disposaient en 2003.
Les plans bleus sont réalisés à 86% à
ce jour et les plans blancs à 93% dans les établissements
de santé disposant d’un service d’urgence, 48%
pour les autres. 41% des établissements privés s’en
sont désormais équipés, contre seulement 7%
un an auparavant.
Faisant une priorité de l’équipement rapide
et massif des établissements, le ministère de la santé
a accompagné ces nouvelles mesures d’un dispositif
de subvention des nouveaux équipements de rafraîchissement
à hauteur de 40%, pendant toute la durée de mise aux
normes. Il a bénéficié à 5500 établissements
pour un montant total de 26 Ms d’euros.
Mais si les progrès sont notables depuis 2005, et surtout
depuis 2003, nous ne pouvons nous satisfaire d’une situation
où 336 maisons de retraites ne sont pas équipées
en pièces rafraîchies et où les plans blancs
ne sont pas préparés dans certains établissements
de santé. Nous avons ainsi demandé avec Nicolas Sarkozy
et Catherine Vautrin aux préfets d’intervenir dans
chacun de ces établissements afin d’aboutir à
une mise en conformité pleine et entière dans les
meilleurs délais.
Des mesures de soutien au système sanitaire et médico-social
en cas de canicule ont également été conçues.
En effet, la solidité du système sanitaire se révèle
décisive dans la gestion d’une crise sanitaire.
Le décret du 30 décembre 2005, pris en application
de la loi de santé publique du 9 août 2004 a institué
les « plans blancs » dans les établissements
de santé et les « plans blancs élargis »
dans les départements pour faire face à une affluence
exceptionnelle dans les hôpitaux, en permettant des rappels
de personnels, la libération des lits qui le peuvent.
Comme en 2005, le ministère de la santé et la caisse
nationale de solidarité apportent leur soutien à l’emploi
dans les établissements en période estivale : 17 millions
d’euros de crédits exceptionnels vont être mis
à la disposition des services de soins infirmiers à
domiciles (SSIAD), des maisons de retraites et des unités
de soins de longue durée pour leur permettre de recruter
du personnel de soins saisonnier ou de rémunérer des
heures supplémentaires.
De plus, un arrêté interministériel que j’ai
signé le 14 juin 2006 autorise le déplafonnement des
heures supplémentaires dans les établissements de
santé, pendant l’été.
Une attention particulière sera portée sur la disponibilité
des lits hospitaliers au cours de la période estivale.
Les agences régionales de l’hospitalisation exercent
un suivi des disponibilités en lits des établissements
de santé pendant la saison estivale. Au niveau national,
en 2006, le taux moyen hebdomadaire prévisionnel de lits
ouverts en court séjour sur la période estivale est
de 92%. Un nouveau dispositif de remontées quotidiennes des
disponibilités de lits auprès des ARH est mis en place
pour cette année. Il permet une réponse ajustée
avec éventuellement des rappels de personnel et la réouverture
de lits en cas de besoin. Pour la seule ville de Paris, l’AP-HP
a d’ores et déjà annoncé ouvrir 2% de
lits de plus qu’en 2005.
Enfin, nous serons, avec Catherine Vautrin, particulièrement
vigilants à la prise en charge des sans abris, qui, lors
d’une canicule, sont particulièrement exposés.
Ainsi les centres d’hébergement et les accueils de
jour mettent en place des protocoles de prévention et de
surveillance pour prévenir les risques que fait courir la
canicule à cette population fragilisée.
V- Enfin, nous voulons faire progresser notre
connaissance sur le lien entre chaleur et santé et sur les
facteurs de risques en cas de canicule. Ce point est particulièrement
important pour guider l’action publique et améliorer
notre politique de prévention.
L’institut de veille sanitaire vient de publier, le 16 mai
dernier, une synthèse de la connaissance épidémiologique
dans un bulletin hebdomadaire spécial.
Il identifie plusieurs facteurs de risques en cas de canicule comme
l’isolement ou encore certaines pathologies ; il relève
également le rôle d’amplification de la chaleur
joué par l’habitat et l’urbanisme lorsque se
constituent de véritables îlots de chaleur.
Cette analyse rend nécessaire de mener un travail approfondi
pour apporter des réponses opérationnelles et concertées
sur chacun de ces points.
J’ai ainsi demandé au Directeur général
de la santé de constituer et de piloter un groupe de travail
en particulier :
- Sur la veille sanitaire. L’institut de veille sanitaire
et l’INSERM réalisent pour le printemps 2007 une étude
de grande ampleur sur le lien entre mortalité et chaleur
à partir des données de la période 1971-2003.
Elle contribuera à affiner le dispositif d’alerte des
risques de mortalité.
- Sur le réchauffement climatique et son impact sur les canicules,
- Sur l’urbanisme et l’habitat
Pour terminer, je voudrais dire qu’avec ce plan, nous sommes
au cœur des missions de ce ministère, que sont la santé
et la solidarité.
Le plan repose sur l’efficacité de la préparation
sanitaire de notre pays.
Mais nous savons aussi que la solidarité entre les générations,
entre l’ensemble de nos concitoyens sera essentielle en cas
de canicule pour protéger les plus vulnérables d’entre
nous. |