| La maîtrise
de l’information est un axe stratégique de la modernisation
de notre système de santé, rendue nécessaire
par l’évolution des connaissances et des pratiques
médicales, par l’indispensable travail en réseau.
Elle permet de réduire une non-qualité coûteuse
tant sur le plan humain qu’économique.
Je veux donc saluer les organisateurs de ces rencontres, et remercier
le Docteur Pascal Maurel pour la présentation de son Tour
de France de l’informatique hospitalière. Je sais combien
ce sujet intéresse l’ensemble de la communauté
hospitalière non seulement dans toute la France, mais aussi
nos voisins belges, espagnols, suisses ou encore algériens,
que je veux saluer.
De nombreuses études ont montré l’intérêt
du développement des systèmes d’information.
La France bénéficie d’une longueur d’avance
issue de la mise en œuvre précoce (1998) de la dématérialisation
des feuilles de soins, du déploiement de la carte Sésame
Vitale et de la carte de professionnel de santé. Mais devant
l’éparpillement des moyens et des systèmes,
notre ambition doit être de porter une vision stratégique
globale des systèmes d’information fondée sur
l’interopérabilité et la sécurité.
A cet égard, le DMP représente la pierre angulaire
de cette vision, en constituant un formidable levier pour améliorer
l’interopérabilité des systèmes. Nous
allons également donner un nouvel élan à l’informatisation
hospitalière, qui constituera un des axes majeurs du Plan
Hôpital 2012, et, même si ce n’est pas le sujet
aujourd’hui, je n’oublie pas la nécessaire poursuite
de l’informatisation des services de la CNAM.
I/ Nous avons une véritable vision stratégique
globale de l’informatisation de notre système de santé.
Elle passe non seulement par une accélération
des moyens mais surtout par une meilleure articulation de l’ensemble
des outils à notre disposition.
Nous sommes pour l’instant dans une situation où
la France ne souffre d’aucun retard en matière d’informatisation,
à la différence d’autres voisins européens.
Le 1 milliard de livres sur 10 ans du projet d’informatisation
du NHS britannique n’est pas comparable avec ce que réalise
la France ; nous ne partons pas de la même situation, et la
France consacre déjà plus de 2 milliards d’euros
par an à ses systèmes d’information (dont 1
milliard dans les établissements), auxquels il faudra ajouter
le coût du DMP, de l’ordre de 1 milliard d’euros
sur 5 ans. De même, plus de 500 emplois sont dédiés
exclusivement aux systèmes d’information de santé
en France, contre 450 au Royaume-Uni.
En revanche, on ne peut que constater en France l’éparpillement
des moyens et des initiatives, le manque d’architecture globale
de système, et l’absence de lien fort et direct avec
les politiques de santé publique.
C’est pourquoi il est non seulement nécessaire d’augmenter
les ressources consacrées aux systèmes d’information,
comme cela est d’ailleurs prévu, mais aussi de donner
de la cohérence à l’ensemble, de permettre le
partage des informations entre les différents réseaux,
de développer les outils les plus utiles aux citoyens et
à notre politique de santé publique. Cela demande
un pilotage sur le long terme, en ville comme à l’hôpital.
Le DMP doit garantir une communication parfaite entre les différents
mondes de la santé, au service des patients et des professionnels
de santé, en privilégiant l’interopérabilité.
Il ne doit pas devenir une course technologique qui ferait oublier
les objectifs de santé publique.
Le DMP est la pierre angulaire de cette stratégie
globale.
Le DMP est un dossier médical, informatisé et sécurisé
sous le contrôle du patient. En regroupant l’ensemble
des éléments relatifs à la santé et
la prévention, il favorise la coordination, la qualité
et la continuité des soins. Il doit permettre en premier
lieu de lutter contre les interactions médicamenteuses et
la redondance des soins. En effet, chaque année, les examens
redondants ou inutiles représentent un surcoût estimé
à plus d’1 Md et les interactions médicamenteuses
sont la cause de 350 hospitalisations/jour.
C’est un porte-documents intelligent, un outil de simplification
extraordinaire : demain, les comptes-rendus d’opération,
les prescriptions, mais aussi les radios, les scanners seront disponibles.
Parce que nous avons voulu un dispositif simple, au service de tous,
il nous fallait passer par une phase de concertation avec tous les
acteurs. Nous avons d’ores et déjà atteint deux
objectifs centraux : l’accord sur le contenu, et la validité
technique. Alors qu’aucun consensus n’existait avant
le vote de la loi sur le concept même de DMP, la mise en œuvre
des expérimentations a permis de définir pour la première
fois un accord sur le contenu. Je tenais à féliciter
le GIP-DMP pour ce résultat.
Plus que l’aspect technique, c’est
l’appropriation par les usagers qui est essentielle. Les expérimentations
porteront justement sur ces aspects.
Pour cela, les tests en réel ont débuté sur
le terrain, dans les 17 sites répartis dans les 13 régions
administratives, portant sur 30 000 dossiers et impliquant 1 500
professionnels de santé et 73 établissements de santé
; ils auront lieu jusqu’à la fin 2006.
La phase d’évaluation nous permettra de préparer
la généralisation.
Chaque citoyen qui le souhaite pourra donc ouvrir son DMP dans les
délais prévus par la loi, au printemps 2007 ; c’est
le même DMP pour tous : il n’y a pas de « DMP
du riche » et de « DMP du pauvre » et il ne s’agit
pas d’un « DMP au rabais ».
Mais pour faciliter l’alimentation du DMP encore faut-il
que l’informatisation progresse, notamment à l’hôpital.
II/ Le développement des systèmes
d’information hospitaliers constitue ainsi une de mes priorités.
C’est un élément déterminant d’un
meilleur fonctionnement des établissements ; je suis convaincu
de son intérêt pour les patients comme dans le travail
quotidien des soignants. L’informatisation est gage de sécurité
et de qualité des soins ; elle permet de réduire les
facteurs de non-qualité : retard diagnostic, actes inutiles,
hospitalisations inadéquates et iatrogénie médicamenteuse.
C’est aussi un atout évident pour la santé publique,
pour la prévention et la meilleure connaissance des situations
sanitaires qu’elles soient récurrentes (épidémies
saisonnières) ou émergentes, comme pour la diffusion
rapide de la recherche médicale.
Pourtant, comme le montre l’étude que vous avez commandée
au cabinet Eurogroup, il existe encore une grande hétérogénéité
de l’informatique hospitalière dans notre pays. Le
partage de l’information est encore insuffisant, tout comme
les moyens mis en œuvre. L’organisation tarde à
s’adapter. Pourtant, ce rapport souligne aussi les évolutions
en cours, les efforts réalisés par les hospitaliers,
et les premiers bénéfices visibles..
Je veux en effet rappeler que de nombreux outils
informatiques performants sont déjà présents
à l’hôpital.
Les plateaux techniques, de radiologie comme les blocs opératoires,
sont largement informatisés (70 % et 50 %), les systèmes
d’archivage des images se développent et les dossiers
communicants en cancérologie se généralisent.
Depuis trois ans, nous avons privilégié :
- l’informatisation des urgences nous permet de disposer d’une
informatisation de 45% des passages aux urgences en 2005, contre
10 % en 2002. Notre objectif est de parvenir à 85 % de passages
informatisés fin 2007, comme cela était prévu
par le Plan Urgences, et de couvrir 100 % des passages en 2008.
- la facturation des établissements à l’Assurance
maladie, en particulier pour la T2A, l’informatisation du
parcours de soins dans les établissements,…
- l’alimentation du DMP par les compte rendus de sortie des
établissements
Le financement de ces projets a aussi été accru grâce
aux crédits non consommés du Plan Hôpital 2007.
J’ai choisi, pour 2007, d’affecter 15 millions d’euros
supplémentaires pour les SIH qui viendront s’ajouter
au 280 millions déjà programmés.
Je suis convaincu cependant que ces efforts
doivent être durables : c’est pourquoi j’ai
décidé de pérenniser le GIP de Modernisation
des Systèmes d’Information hospitalier en élargissant
ses missions aux enjeux de l'informatisation de la médecine
de ville. Sa mission essentielle sera de fournir aux différents
acteurs des outils pour favoriser l'interopérabilité
des systèmes d’information. L’usage des systèmes
d’information hospitaliers pour la réorganisation interne
des établissements doit aussi être renforcée
: l’informatique doit se mettre au service de l’organisation,
et non l’inverse.
Le Plan Hôpital 2012 doit marquer
notre nouvelle ambition pour les systèmes d’information
hospitaliers, tant en termes de moyens, que de stratégie.
Mon ambition est de porter la part des dépenses d’informatique
hospitalière rapportées aux dépenses totales
d’exploitation au minimum à 3 % d’ici 2012, contre
1,7 % aujourd’hui. Surtout, nous devons coordonner les efforts
des établissements qui restent encore trop dispersés.
C’est pourquoi j’ai décidé la mise en
œuvre d’une politique soutenue d’aide à
l’investissement en matière de systèmes d’information
hospitaliers dans le cadre du futur plan Hôpital 2012. Le
volet financier sera complété par un volet d’expertise,
de soutien et d’évaluation, ainsi que par un plan d’aide
à la formation des professionnels. En effet, l’accès
à l’information n’est pas utile si les professionnels
de santé ne sont pas formés à la recherche
et à l’usage de cette information
L’informatisation du dossier médical et du parcours
de soins, du circuit de prescription et la télémédecine
en constitueront les principaux axes stratégiques. Nous devons
en effet prendre en compte les nouvelles technologies dans l’exercice
d’une médecine moderne.
Cet effort sans précédent permettra en outre l’accélération
de la généralisation des indicateurs de qualité,
au service d’une transparence plus grande et d’une incitation
toujours plus forte des établissements à faire mieux
au service des patients.
Ce nouvel élan contribuera également à renforcer
les logiques de coopération et de complémentarités
entre établissements. Je ne souhaite pas informatiser les
établissements pour obéir à une quelconque
tentation technologique mais au contraire utiliser les technologies
disponibles pour recomposer la carte sanitaire en suivant l’impératif
d’égale sécurité devant les soins. Une
attention particulière sera ainsi portée aux établissements
de proximité qui devront pourvoir profiter dans ce domaine
de moyens mutualisés, ainsi qu’aux réseaux,
dont le bon fonctionnement est aussi lié à l’existence
de systèmes d’information cohérents et coordonnés.
Mais augmenter les ressources d’informatisation sans s’assurer
de la cohérence globale, de l’interopérabilité
et de l’efficacité des choix, notamment pour la santé
publique, n’aurait aucun sens. Afin d’améliorer
le pilotage stratégique de l’Etat en la matière,
en ville comme à l’hôpital, j’ai demandé
à la Mission pour l’informatisation des systèmes
de santé de me remettre des propositions concrètes
d’ici la fin de l’année. Elles seront présentées
en même temps que le détail du Plan Hôpital 2012.
***
L’évolution technologique que nous connaissons doit
s’accompagner d’une véritable révolution
culturelle, engageant tous les acteurs, ainsi que d’une véritable
réflexion sur les finalités de cette informatisation
en termes de santé publique. Nous avons en 2006 l’opportunité,
grâce au levier du DMP, de franchir un cap majeur en la matière.
Je souhaite que nous soyons tous mobilisés autour de ces
projets.
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