| Monsieur le Président
de la FNAIR (Régis Volle),
Monsieur le Président de la Fondation du Rein (Professeur
Raymond Ardaillou),
Madame la Directrice générale de l’Agence de
la Biomédecine (Carine Camby),
Mesdames et Messieurs,
C’est la deuxième édition de cette Semaine
du Rein à laquelle – vous le savez – je suis
très attaché, notamment parce qu’elle met l’accent
sur la prévention de l’insuffisance rénale chronique.
Je sais d’ailleurs que beaucoup d’entre vous participeront
aux Etats généraux de la Prévention que j’ouvrirai
le 16 octobre prochain au Ministère de la Santé
.
Je remercie la Fédération nationale d’aide aux
insuffisants rénaux, et plus particulièrement son
président, Régis Volle, qui est à l’initiative
de cette semaine d’information. Cet événement
bénéficie du soutien des sociétés savantes,
des Fondations du Rein et Greffe de Vie, de l’Association
pour l’information sur les maladies rénales d’origine
génétique, des Académies nationales de Médecine
et de Pharmacie, de l’INSERM, de l’Ordre national des
Médecins, de l’Institut national de prévention
et d’éducation pour la santé (INPES), et bien
sûr de mon ministère.
I. En deux éditions, cette semaine
s’est inscrite dans le paysage de la santé en France.
Elle permet de mieux informer et sensibiliser le grand public et
les médecins non néphrologues aux maladies rénales
et à leur prévention.
Vous avez compris – Monsieur le Président – que
la prévention doit s’appuyer sur les enfants qui sont
des relais de sensibilisation et d’information auprès
de leur famille. Vous avez ainsi invité les enfants de classes
de CM1 et CM2 à rédiger un message de sensibilisation
sur une carte postale portant votre slogan : «
Mes reins, j’y tiens, j’en prends soin ».
Je crois également à l’importance
des actions locales de terrain pour qu’un message de
prévention passe dans le quotidien des Françaises
et des Français. Afin d’atteindre cet objectif, vous
avez cherché à inciter les professionnels à
dépister plus précocement les maladies rénales.
Nous ne pouvons nous résoudre à ce qu’un tiers
des patients ne soient adressés pour la première fois
au néphrologue que moins de 6 mois avant leur mise en dialyse,
alors que plus de 30 % des insuffisances rénales sont aujourd’hui
évitables.
C’est ce retard au diagnostic qui nous a conduit à
inclure la prévention et la détection précoce
de l’insuffisance rénale chronique dans les schémas
régionaux d’organisation sanitaire de 3ème génération
actuellement mis en œuvre.
Vous avez prévu d’organiser
des « Journées nationales de dépistage gratuit
» du 14 au 22 octobre. Or il est démontré
que la prise en charge d’une maladie rénale au stade
de la simple anomalie urinaire, facilement détectable à
la bandelette urinaire par la présence d’albumine ou
de sang, réduit l’incidence de l’insuffisance
rénale.
Je tiens à remercier tous les professionnels de santé
qui ont accepté de participer à ce dépistage
dans les hôpitaux publics ou privés de 75 villes de
France, qu’il s’agisse de CHU, de centres hospitaliers
généraux, comme Saint-Quentin, ou de cliniques privées.
Pour compléter cette campagne, 500
000 brochures d’information, signets et affiches seront diffusés,
notamment dans les pharmacies de ville.
Je suis heureux que l’INPES – comme je m’y étais
engagé l’année dernière à l’occasion
de la première Semaine du Rein – vous ait aidés
pour la préparation et l’organisation de votre campagne
d’information en direction du grand public et des professionnels
de santé, aux côtés de la DGS et de la CNAMTS.
Une subvention de 105 000 euros vous a ainsi été attribuée.
Mais la prévention passe avant tout par une mobilisation
de tous les acteurs de santé : le parcours de soins constitue
un levier idéal, dans la mesure où le médecin
traitant – qui peut être un généraliste
ou un néphrologue – est le mieux à même,
avec le DMP, de déterminer une stratégie de prévention
adaptée à chaque patient. Or on ne peut ralentir l’évolution
de l’insuffisance rénale chronique qu’à
la condition d’être suivi régulièrement
par un néphrologue. C’est lui qui – en liaison
avec le médecin généraliste – donnera
les conseils et les médicaments qui pourront freiner la progression
de la maladie.
Par ailleurs, le réseau REIN [Réseau Epidémiologie
et Information en Néphrologie], que pilote l’Agence
de la biomédecine, permet de disposer des informations épidémiologiques
nécessaires à tous les acteurs pour élaborer
des stratégies afin d’offrir la meilleure prise en
charge possible pour les patients. Cet outil régionalisé
contribue aussi à l’évaluation de la prise en
charge pré-dialytique et en dialyse des malades.
Enfin, vous disposez depuis aujourd’hui d’un outil précieux
que le Président de la Fondation du Rein, le Pr. Ardaillou,
vous décrira dans quelques instants : la
carte Maladies rénales. Cette carte pourra être
présentée par le malade aux différents médecins
(généraliste, cardiologue, diabétologue), ce
qui facilitera la coordination des soins avec le néphrologue.
A terme, son contenu sera intégré dans le dossier
médical personnel des patients pour faciliter la coordination
et la continuité des soins. Ce projet a été
soutenu à hauteur de 50 000 euros par mon Ministère.
II. Mais quand l’insuffisance rénale
ne peut plus être traitée par de simples médicaments,
il est nécessaire de la traiter par dialyse. C’est
le cas de près de 35 000 de nos concitoyens.
Vous comparez – Monsieur le Président – la dialyse
à une prison sans barreau pour laquelle vous voulez des règles.
Il est vrai que l’insuffisance rénale traitée
par dialyse est perçue par les patients, d’après
une récente étude, comme l’une des maladies
chroniques qui induit les plus importantes dégradations de
qualité de vie, et celle aussi qui implique les plus grandes
difficultés d’adaptation. Il est indispensable que
tout patient dialysé puisse se déplacer, soit professionnellement,
soit pour des loisirs. La création d’unités
saisonnières de dialyse effectives depuis cette année
va permettre enfin à ces patients de pouvoir partir en vacances.
Je suis convaincu que la Maison du Rein que vous voulez mettre en
place sera un lieu particulièrement utile pour que les patients
atteints de maladie rénale puissent bénéficier
de conseils diététiques, d’une écoute
psychologique ou encore d’une aide à la réinsertion
socio-professionnelle.
Je m’étais engagé l’année dernière
à ce que les patients aient une garantie d’information
sur ce traitement dès le stade de l’insuffisance rénale
avancée, et que la qualité de la dialyse soit respectée
dans toutes les structures de traitement.
Cela passe notamment par la Charte de la personne hospitalisée
de mars 2006, applicable à toutes les structures de dialyse.
Cela veut dire que l’accueil, l’information et le respect
de l’intimité de la personne dialysée sont des
droits qui doivent être connus et respectés.
Cela passe aussi par une information précoce du patient sur
les différentes méthodes de traitement qui peuvent
lui être proposées : l’hémodialyse à
domicile, en unité d’autodialyse, en unité de
dialyse médicalisée ou en centre, la dialyse péritonéale
et la greffe. Comme vous le souhaitiez, la Direction générale
de la santé et la Direction de l’hospitalisation et
de l’organisation des soins préparent avec vous un
livret d’information en pré-dialyse, en collaboration
avec les sociétés savantes et l’INPES. Ce livret,
qui sera disponible au printemps 2007, pourra vous aider dans le
choix du traitement. Il n’est pas acceptable que certains
patients ne se voient jamais proposés d’être
inscrits sur une liste de greffe ou d’être dialysés
à domicile.
Vous regrettez également – Monsieur le Président
– que la qualité en dialyse soit très inégale
d’une structure à l’autre. C’est pourquoi
j’ai demandé hier à la Haute autorité
de santé de réunir un groupe de travail afin de définir
des référentiels de qualité de dialyse qui
constitueront une charte en quelque sorte.
Enfin, je présenterai avant la fin de l’année
le plan national stratégique sur la « qualité
de vie des personnes atteintes de pathologies chroniques »,
pour lequel vous avez travaillé avec mes services.
Les discussions qui ont précédé l’élaboration
de ce plan ont mis en relief les difficultés de réinsertion
socioprofessionnelle que rencontrent fréquemment les personnes
dialysées et greffées. La difficulté d’accès
à l’assurance, que ce soit pour un emprunt professionnel
ou l’achat d’un appartement, devait être levée.
La nouvelle convention Belorgey que nous avons signée en
juin 2006 sera applicable à compter du 1er janvier 2007.
A compter de cette date, les choses devraient réellement
changer pour les personnes malades ou greffées ; emprunter
ne sera plus pour eux un véritable parcours du combattant.
III. Mais n’oublions pas que la greffe
rénale est le traitement de suppléance qui offre le
maximum de qualité de vie et de liberté au patient.
En France, 6 978 patients sont en 2006 en attente d’une greffe
de rein, et 2 572 ont été effectivement transplantés
en 2005, dont 197 [nombre qui a doublé en 4 ans] ont bénéficié
d’un greffon de donneurs vivants. Mais le nombre de candidats
à la greffe de rein augmente chaque année, ce qui
fait que, malgré la forte croissance des prélèvements
– plus de 30 % en 5 ans –, la pénurie ne diminue
pas.
Trois mesures ont permis d’augmenter en 2005 le nombre de
donneurs potentiels :
- l’élargissement des possibilités de dons de
son vivant au-delà d’une parenté directe a permis
d’augmenter de 20 % en 2005 les greffes de rein de donneurs
vivants ;
- le prélèvement de reins chez une personne décédée
par arrêt cardiaque est désormais autorisé ;
sa mise en œuvre débutera dans les hôpitaux pilotes
très prochainement ;
- le prélèvement de reins provenant de donneurs ayant
été en contact avec les virus de l’hépatite,
en les réservant, pour l’hépatite C, à
des patients dans le même état sérologique d’immunisation.
Mais il nous reste encore beaucoup à faire. Nous nous heurtons
le plus souvent à l’absence d’avis clairement
formulé en faveur du prélèvement d’organes
d’une personne décédée. Cette situation
est surprenante : alors que les trois quarts des Françaises
et des Français se déclarent favorables au don de
leurs propres organes, seuls 40 % d’entre eux font part de
leur position à leurs proches. C’est pourquoi dans
le doute, les professionnels de santé et les familles préfèrent
parfois interpréter le silence de ces personnes qui n’ont
pas exprimé d’avis comme un refus.
J’ai présenté le 19 septembre dernier la nouvelle
carte Vitale 2 qui portera la mention que la personne titulaire
de la carte a été informée sur le dispositif
du don d’organes, ce qui devrait aider nos concitoyens à
réfléchir à cette question importante, à
prendre position et à faire part de cette position à
leurs proches.
D’ailleurs je souhaite initier, notamment par une campagne
de sensibilisation dès le mois de novembre, une réflexion
plus large sur le don de soi, que ce soit de son vivant, par le
don de sang, de plaquettes, de moelle osseuse, ou encore de rein
; ou à sa mort, en informant ses proches.
*****
Ensemble, nous devons être à la hauteur de l’enjeu
que constitue l’insuffisance rénale pour nos concitoyens.
Vous pourrez compter sur ma détermination et mon engagement.
Ma mobilisation sera à la hauteur de la solidarité
que manifestent depuis deux ans plusieurs millions de Françaises
et Français lors de cette semaine du rein.
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