| Mesdames et Messieurs,
Chaque année ce sont 20.000 personnes en France qui décèdent des
suites d’accidents de la vie courante. Chaque jour, ce sont 2000
enfants âgés de 0 à 6 ans qui sont victimes de ces accidents. Dans
80 % des cas, c’est l’intérieur de la maison qui est le lieu de
ces accidents. Cette situation ne peut plus durer, dans la mesure
où l’Institut de veille sanitaire estime qu’une proportion importante
d’entre eux – entre un tiers pour les adultes et la moitié pour
les enfants – pourrait être évitée par des mesures de prévention
adaptées. La maison géante devant laquelle je vous parle est à l’échelle
des perceptions des enfants de 0 à 2 ans. Car protéger nos enfants,
c’est savoir se mettre à leur place. Vous le voyez, beaucoup d’éléments
de la vie domestique constituent des dangers potentiels pour eux.
Ce sont souvent des réflexes simples qu’il nous faut adopter avant
qu’ils ne deviennent des habitudes – installer un portillon en haut
d’un escalier, tenir hors de portée des petits les produits ménagers
et les médicaments, éviter de placer un objet, comme un coffre à
jouer, sous une fenêtre pour éviter que l’enfant ne grimpe sur le
bord, tourner le manche d’une casserole vers l’intérieur de manière
à ce que l’enfant ne puisse l’attraper.…- Ces gestes, ils peuvent
éviter des drames. Ces réflexes, il est de notre devoir à tous de
les intégrer, de les faire connaître, de les diffuser pour qu’ils
soient appliqués le plus largement possible.
Vous le savez, nous le savons tous : c’est la prévention qui est
désormais notre priorité. Je le dis, alors que je viens d’ouvrir aujourd’hui les Etats généraux
de la prévention : je crois qu’il est important que nous mobilisions
la société civile dans son ensemble autour d’un véritable débat
citoyen pour inscrire la prévention dans la vie quotidienne de tous
les Français. Prévenir la survenue des accidents domestiques en
fait bien sûr largement partie.
I- Réduire le nombre et la fréquence des accidents
de la vie courantes en particulier chez les enfants est urgent et
doit notamment passer par une meilleure diffusion des réflexes pour
les éviter.
Avec la loi de santé publique du 9 août 2004, nous nous sommes
fixé des objectifs ambitieux en matière de réduction du nombre d’accidents
de la vie courante que je veux rappeler ici :
S’agissant des traumatismes non intentionnels dans l’enfance, nous
avons pour ambition de réduire de moitié la mortalité par accidents
de la vie courante des enfants de moins de 14 ans d’ici à la fin
2008. En 2004, ce sont 9000 personnes âgées de plus de 65 ans qui ont
fait une chute. Ce nombre, nous voulons le réduire d’un quart d’ici
à la fin 2008.
Notre politique de prévention des accidents de la vie courante
et nos objectifs reposent sur des fondements scientifiques très
précis et étayés: un département des maladies chroniques et des
traumatismes a été installé à l’Institut de veille sanitaire et
collecte de précieuses données épidémiologiques nécessaires pour
identifier les lieux d’actions efficaces en matière de prévention.
Ce département récolte ces données auprès d’un réseau représentatif
d’hôpitaux, et permet ainsi aux pouvoirs publics d'identifier les
champs d’action prioritaires, de définir des moyens d'action, d'élaborer
des outils de prévention et de mesurer les progrès. Ces données
sont résumées dans l’Enquête permanente sur les accidents de la
vie courante (Epac) publiée annuellement.
Ainsi, au total, chaque année, ce sont 4,5 millions de personnes
qui sont victimes d’un accident de la vie courante suffisamment
grave pour les conduire aux urgences d’un établissement hospitalier,
soit 7,5 accidents pour 100 habitants.
Dès lors, notre politique en matière de prévention d’accidents
de la vie courante vise en premier lieu l’éducation et l’information.
Agir sur les comportements, c’est développer l’éducation pour la
santé, et, ce, dès le plus jeune âge. C’est â un renversement de
culture et â de véritables changements de comportement que nous
voulons aboutir. Pour cela, il est nécessaire d’informer et de former.
Informer le grand public: - le 14 juin une campagne TV et radio
a été lancée sur les risques liés au soleil, à la canicule, aux
noyades, aux défenestrations, aux sports nautiques, et aux accidents
en montagne - le 11 octobre, l’INPES a lancé la campagne sur les
risques liés à l’hiver (accidents de ski, incendies, intoxications
au monoxyde de carbone) faisant la promotion des gestes simples
qui permettent d’éviter les accidents.
Former : c’est aussi à l’école que nous devons transmettre aux
générations qui grandissent les bons réflexes. Il ne s’agit nullement
d’être obsédé par les accidents mais d’acquérir les automatismes
qui préservent de bon nombre de dangers. Nous avons travaillé avec
le Ministère de l’Education Nationale à la mise en place d’« un
cours d’apprentissage sur les premiers gestes de secours est délivré
aux élèves de collèges et de lycée ». Je me félicite de ce qu’il
soit désormais obligatoire depuis un décret du 11 janvier 2006 sur
la sensibilisation à la prévention des risques, à la formation aux
premiers secours et à l'enseignement des règles générales de sécurité.
Aujourd’hui, nous faisons plus que de lancer une campagne supplémentaire,
nous inaugurons un nouveau volet de notre politique de lutte contre
les accidents de la vie courante en l’orientant de façon spécifique
sur les enfants de 0 à 6 ans.
En 2004, on a estimé que 30% des accidents de la vie courante
touchaient des enfants de moins de 9 ans et 47% les enfants de moins
de 15 ans, tandis que les accidents domestiques représentent plus
de la moitié d’entre eux. La France fait encore partie des pays
ayant un taux moyennement élevé de mortalité d’enfants par accidents
de la vie courante. Certains progrès sont cependant notables et
nous incitent à continuer sans relâche les opérations de prévention
: les décès ont diminué de 70% entre le début des années 80 et la
fin des années 90.
La campagne que nous présentons aujourd’hui se veut ambitieuse
et le budget de 1,6 millions d’euros qui lui est consacré est à
la hauteur de ces enjeux : 3 spots TV seront diffusés sur les chaînes
nationales du 30 octobre au 19 novembre 2006 et évoqueront les trois
risques suivants : l’étouffement, la noyade, et la chute qui à elle
seule constitue 60% des accidents de la vie courante pour les enfants.
Une brochure sera distribuée auprès des professionnels de santé
et sera disponible sur demande au numéro vert suivant : 0821 22
23 24. Deux affichettes traitant des principaux risques d’accidents
de la vie courante complèteront ce dispositif.
II- Au-delà de l’information et de l’éducation,
je veux que nous travaillons beaucoup plus sur les risques que la
maison comporte pour notre santé.
Il est clair que la prévention
ne peut être totalement efficace que si elle est adaptée aux spécificités
du cadre de vie des individus auxquels elle s’adresse.
Ainsi, le
monoxyde de carbone est à l’origine de 150 décès d’origine domestique
par an l’expérience de ces derniers jours dans le Nord pas de Calais
(avec l’arrivée de jours plus frais où en 3 jours 65 personnes ont
été conduites à l’hôpital pour intoxication au monoxyde de carbone)
nous montre toute l’urgence d’une action dans ce domaine.
La loi
de Santé Publique du 9 août 2004 avait fixé l’objectif d’une réduction
de 30% de la mortalité par monoxyde de carbone de 2004 à 2008. Cet
objectif figure également parmi les 12 actions prioritaires du Plan
national santé environnement de 2004. Depuis, et pour atteindre cet
objectif, le Ministère de la Santé a mis en œuvre un plan d’action
spécifique actuellement en cours de mise en œuvre opérationnelle :
L’INPES a lancé une nouvelle campagne d'information sur les risques
d’intoxication au monoxyde de carbone â l'approche de l'hiver. Les
spots sur les radios sont diffusés du 2 au 22 octobre 2006.
depuis le 1er janvier 2005, l’INVS a étendu son système de surveillance à
la France entière. ? La réglementation a été entièrement revisitée
pour la rendre plus efficace dès cette saison de l’hiver 2006-07.
Ce cycle de révision est bientôt achevé avec :
- une
ordonnance du 8 juin 2005 relative au logement et à la construction
qui prévoit qu'en cas de vente d'un bien immobilier à usage d'habitation,
un état de l'installation de gaz naturel soit fourni par le vendeur.
Un décret dit de « diagnostic unique » du 14 septembre 2006 rend cette
mesure obligatoire pour les chauffages au gaz.
- pour protéger les
professionnels qui interviennent sur les installations de chauffage,
l’AFNOR a intégré le risque oxycarboné dans les nouvelles versions
des normes chaudières qui sont en cours de finalisation (règles de
sécurité lors de l’entretien). - Une circulaire des ministères de
l’intérieur et de la santé du 4 septembre 2006 définit les règles
de sécurité pour prévenir les intoxications collectives dans les lieux
de culte dues aux appareils de chauffage.
Afin d’éviter les accidents
liés au bricolage et à l’amiante, le Ministère du logement est en
train de préparer une plaquette amiante pour les bricoleurs.
Ce sont aussi des actions résolues contre le saturnisme que nous lançons :
Un décret du 25 août dernier a renforcé les dispositions visant
à lutter contre le saturnisme lié à l'habitat, notamment en rendant
obligatoire à partir d’août 2008 la réalisation d'un constat de risque
d'exposition au plomb lors de la vente et de la mise en location de
tout logement construit avant 1949.
Par ailleurs, l’INVS initiera
en 2006 les travaux de préparation de l’actualisation de l’enquête
nationale de prévalence réalisée en 1996 par l’INSERM.
Un arrêté
du 18 janvier 2005 a mis en place un nouveau dispositif financier
instaurant la gratuité du dépistage du saturnisme chez l’enfant et
la femme enceinte. Cette mesure vise à
augmenter de 50%, à 7500, le
nombre d’enfants et de femmes enceintes dépistées chaque année.
&&&
La campagne que nous lançons aujourd’hui vise à introduire chez l’ensemble
de nos concitoyens de bons réflexes, des réflexes simples, à la portée
de tous, qui peuvent éviter drames et séquelles. Je compte
sur l’ensemble des acteurs de santé, professionnels de santé, associations
comme institutionnels, pour relayer cette information. Seule une prise
de conscience de chacun, des comportements adaptés et une vigilance
de tous nous permettra de protéger nos enfants.
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