| Jeudi dernier, la
Haute autorité de santé m’a recommandé
de dérembourser 89 médicaments à service médical
rendu insuffisant. J’ai décidé de ne pas suivre
l’avis de la HAS. Je vais vous dire ce que j’ai décidé.
Je veux vous dire pourquoi j’ai pris cette décision.
Vous le savez, en 1999, le service médical rendu de l’ensemble
des médicaments (soit 4 500) a été réévalué.
La prise en charge des médicaments doit s’apprécier
en fonction du service médical rendu, et lui-même s’évalue
et se réévalue en tenant compte notamment de l’évolution
des connaissances scientifiques.
La prise en charge des médicaments nécessite donc
une gestion dynamique et rigoureuse. Elle doit fournir à
nos concitoyens l’ensemble des médicaments dont ils
ont besoin et seulement ceux là. Elle doit aussi être
capable de fournir des solutions pour l’ensemble des pathologies
qui le nécessitent. Elle doit être en mesure d’assurer
la prise en charge des médicaments les plus innovants, même
quand ce sont aussi les plus coûteux.
Je sais aussi que, quand il n’y a rien, un médicament
même faiblement efficace est un progrès pour les patients.
Je souhaite donc qu’on ne parle plus de médicaments
inefficaces ou inutiles. C’est incompréhensible pour
des patients qui prennent ces médicaments depuis des années.
Ca l’est également pour les médecins qui ont
prescrit ces médicaments. Je préfère que l’on
insiste sur le caractère prioritaire des médicaments
remboursés ; c’est pourquoi, je compte modifier le
décret sur la transparence prochainement.
La troisième et dernière vague de médicaments
au service médical rendu jugé insuffisant vient d’être
réévaluée par la Haute autorité de santé,
autorité scientifique indépendante Elle porte sur
des médicaments à prescription obligatoire, c'est-à-dire
sur des médicaments que seul un médecin peut vous
autoriser à prendre.
La décision que je vais vous présenter prend compte
plusieurs approches :
- la recommandation scientifique de la HAS
- l’existence d’alternatives thérapeutiques
- la capacité des patients concernés à modifier
leur comportement
- l’absence d’étude sur les reports éventuels
sur d’autres médicaments. Je demande d’ailleurs
à l’Assurance maladie de procéder à ces
études.
- l’évolution des prix à la sortie du déremboursement
Vous comprendrez qu’en tant que ministre de la santé,
je dois non seulement fonder ma décision sur des recommandations
scientifiques mais aussi anticiper les conséquences d’un
déremboursement sur les prix et voir très concrètement
comment les patients et les professionnels de santé vont
pratiquer ces changements. La HAS est dans son rôle quand
elle regarde l’appréciation scientifique, mon rôle
c’est de tenir compte de la réalité sociale.
Je suis convaincu que médical ne peut en aucun cas rimer
avec brutal. Pour autant, je ne veux pas de statu quo.
Sur la base d’éléments scientifiques nouveaux,
la HAS a considéré que 5 des médicaments réévalués
ont un service médical rendu suffisant pour être pris
en charge dans toutes leurs indications thérapeutiques et
50 dans une partie de leurs indications. Ces médicaments
méritent donc d’être pris en charge, et continueront
à l’être à hauteur de 65 ou 35 %, selon
leur service médical rendu.
Pour 89 autres médicaments, la HAS a confirmé que
le service médical rendu était insuffisant et a recommandé
leur déremboursement selon des modalités adaptées
à chaque type de médicament.
Mais c’est aussi aux laboratoires, et non seulement aux
patients, d’assumer les conséquences du service médical
rendu insuffisant, je demande donc que soient appliqués à
ces médicaments des baisses de prix significatives. L’explosion
des prix seraient incompréhensibles et inacceptables.
Elle a en effet distingué un premier groupe de 48 médicaments
dit « vasodilatateurs », utilisés dans les troubles
cognitifs des sujets âgés pour lesquels il n’existe
pas, à ce jour, d’alternative. Et un deuxième
groupe de 41 médicaments utilisés dans des pathologies
diverses et souvent bénignes, pour lesquels il existe, en
revanche, d’autres traitements.
En ce qui concerne le groupe dit des vasodilatateurs pour lesquels
il n’existe pas d’alternative, j’ai décidé
de conserver leur prise en charge à hauteur de 35% tout en
leur appliquant une baisse de prix allant jusqu’à 20%.
Je sais que des études importantes sont en cours sur certains
de ses produits. Je souhaite que selon les vœux exprimés
par le Collège de la Haute autorité de santé,
des nouveaux résultats cliniques permettent de modifier comme
cela a été fait pour d’autres médicaments
l’évaluation de leur service médical rendu.
En ce qui concerne les 41 médicaments pour lesquels il existe
une alternative, j’ai décidé de conserver leur
prise en charge, mais seulement à 15%, et ce pendant un an
avec une baisse de prix allant jusqu’à 15%. Les patients
qui le souhaitent pourront bénéficier d’une
période de transition pendant laquelle la charge est répartie
entre les patients, l’Assurance maladie et les laboratoires.
Le maintien au remboursement, ne serait ce qu’à hauteur
de 15%, permettra aux patients de bénéficier d’un
temps d’adaptation et aux professionnels de santé d’un
temps de pédagogie. Je suis par ailleurs très attaché
à ce les prix ne flambent pas au moment du déremboursement.
C’est pourquoi je souhaite aussi utiliser cette période
pour formaliser avec les industriels des accords de modération
de prix à la sortie de leur déremboursement.
Je tiens à préciser que les complémentaires
santé vont également bénéficier de ces
baisses de tarifs et qu’elles n’auront donc aucune raison
d’augmenter leurs tarifs, bien au contraire.
J’ai donc saisi le Comité des produits de santé
pour que l’ensemble de mes décisions soient appliqués
dès la fin du mois de janvier.
Enfin, je tiens à préciser que nous n’avons
pas besoin de ce type de mesure pour réussir la réforme
de l’Assurance maladie. Ce qui m’intéresse d’avantage,
c’est l’évolution des comportements. Je suis
fier qu’aujourd’hui un milliard d’euros soient
consacrés chaque année à la prise en charge
de médicaments nouveaux. Les 70 à 100 millions d’euros
d’économie attendus sont bien loin de ce compte là. |