| Au moment où lOrganisation Mondiale de
la Santé (O.M.S.) lance une initiative sans précédent pour un monde sans tabac, la
France doit apporter un appui explicite, durable et énergique à la lutte contre le
tabagisme. Le tabagisme est un problème de santé
publique unique, en ce sens quil tue les consommateurs habituels et quil est
nocif pour les proches exposés à la fumée. Selon le rapport annuel de lOMS, 4
millions de morts sont imputables au tabac en 1998 dans le monde. 50 % de ces décès
surviennent en milieu de vie, et de ce fait, les victimes perdent prématurément en
moyenne 20 à 25 années.
Si nous ne faisons rien, dans une génération 10 millions
de personnes décèderont chaque année dans le monde dune maladie liée au tabac.
Dans notre pays, le tabagisme est lennemi n° 1 de la
santé publique, la première cause de mortalité évitable. On déplore ainsi chaque
année en France 60 000 décès prématurés, soit un décès sur neuf, directement
causés par ce fléau. Un fumeur régulier sur deux, sil a commencé dès
ladolescence, mourra victime du tabac. Parmi ces fumeurs, 50 % décèderont avant 70
ans. Chez les hommes de 45 à 65 ans, un décès sur trois est dû au tabac.
Ce fléau frappe tout particulièrement les adolescents, en
moyenne dès lâge de 14 ans. Près de 60 % dentre eux fument à 18 ans,
contre seulement 25 à 35 % des adolescents des pays scandinaves. Les adolescentes
consomment de plus en plus, désormais davantage que les garçons, et sexposent à
des risques spécifiques, liés notamment à la prise concomittante de contraceptifs
oraux.
Aujourdhui, une femme enceinte sur 4 fume : ce
chiffre a presque doublé en 20 ans. Un nourrisson sur 4 est ainsi exposé au risque
dhypotrophie, le poids de naissance étant statistiquement lié à la consommation
de tabac et dalcool durant la grossesse.
Les méfaits du tabagisme passif, notamment en terme de
carcinogenèse, sont établis par dimportantes études épidémiologiques aux
Etats-Unis comme en Europe. Le tabac est un facteur de risque majeur de mort subite du
nourrisson, dasthme et de bronchiolite. Les enfants dont les parents fument ont huit
fois plus de risque de devenir à leur tour des fumeurs.
Chez les personnes en situation de précarité, on observe
plus de 50 % de fumeurs, ce qui accroit linégalité face au risque de maladie et de
mortalité prématurée.
Lévolution de la consommation de tabac au cours des
trente dernières années, avec une augmentation exponentielle de la consommation de tabac
chez les femmes, a été telle que lépidémie des maladies liées au tabac est
malheureusement devant nous. Si rien ne change, les épidémiologistes prévoient 165 000
décès prématurés liés au tabac en 2025 dans notre pays. Le nombre de décès
féminins serait multiplié par dix. Comme aux Etats-Unis, le cancer du poumon chez la
femme deviendrait la première cause de décès par cancer, devant le cancer du sein.
Cette hécatombe peut être évitée, au moins
partiellement, par nos décisions daujourdhui. La lutte contre le tabagisme
est une priorité nationale. Il importe de rappeler que la France a engagé depuis
longtemps cette lutte, que ce soit par des actions nationales ou par un soutien actif aux
initiatives que la Communauté européenne a elle-même prises en matière de prévention,
initiatives notamment marquées par la directive interdisant la publicité et le
parrainage en faveur des produits du tabac ou encore par le programme "Europe contre
le Cancer".
Lintention de notre pays est dintensifier cette
lutte. Il convient de renforcer linformation de la population et la protection des
non-fumeurs et daider les fumeurs à réussir leur sevrage tabagique.
Après le vote de la loi EVIN, la consommation globale de
tabac a baissé de 11 % entre 1991 et 1997. Malgré tout, on a observé une légère
hausse des ventes en 1998. A la suite de ce constat, le Gouvernement a permis une hausse
de 5% des prix du tabac en janvier 99.
Lobjectif du plan que je vous propose est de diminuer
de 5% chaque année la consommation globale de tabac, de diminuer dun tiers le
nombre de fumeurs chez les adolescents, et de moitié le nombre de fumeurs parmi les
femmes enceintes dici 3 ans.
Il faut informer les jeunes, très tôt, des méfaits du
tabagisme, avant quils ne commencent à fumer. Pour cela, le Comité Français
dEducation pour la Santé mènera dès cet été une campagne nationale
dinformation des enfants et pré-adolescents, utilisant des supports spécifiques
tels que des coffrets pédagogiques ou des émissions pour les jeunes.
Les enseignants des classes primaires sont progressivement
formés lors de leur passage en Institut Universitaire de Formation des Maîtres. Ils
seront bientôt à même damplifier les actions de prévention en milieu scolaire.
Pour lutter contre le tabagisme féminin, une campagne
nationale aura lieu cet été. Elle a pour objectifs dinformer les fumeuses sur les
risques spécifiques auxquels elles sont exposées et de promouvoir limage de la
femme non-fumeuse, en partenariat avec un groupe de presse et les centres de planning
familial. Une action ciblée sur les femmes enceintes, expliquant les conséquences
néfastes du tabagisme sur le développement foetal, le nourrisson et le jeune enfant,
sera menée avec le soutien des gynécologues obstétriciens et des sages-femmes.
Lors de la nouvelle consultation individuelle de
préparation à la naissance au 3ème mois de grossesse, on consacrera quarante minutes à
des informations de santé publique. Ainsi exposera-t-on systématiquement les méfaits du
tabagisme et les possibilités daide au sevrage.
Les médecins jouent un rôle important dans les démarches
de prévention du tabagisme, de promotion de la santé et daide au sevrage. Il est
aujourdhui démontré quun simple dialogue sur les risques liés au tabagisme,
sur lintérêt dun arrêt, ce que lon nomme "le conseil
minimal", aboutit à une démarche de sevrage chez 8 % des fumeurs. Une campagne
dinformation et de formation sur la dépendance tabagique, la prise en charge du
sevrage et les modalités daide à larrêt du tabac sera proposée aux
médecins. Lobjectif est de former chaque année plus de 3 000 médecins.
Alors quun médecin sur trois fume, il convient de
mobiliser la communauté soignante. Un effort particulier sera fait dès la rentrée au
sein des facultés de médecine et des hôpitaux afin de sensibiliser les étudiants et
lensemble du personnel soignant.
250 emplois jeunes vont être créés dès cette année
avec pour objectif principal de sensibiliser les jeunes aux méfaits du tabac. Ces jeunes,
recrutés dans toute la France, recevront une formation technique spécifique qui pourra
être sanctionnée par un diplôme. Ils seront encadrés par les spécialistes du Comité
Français dEducation pour la Santé (C.F.E.S.).
Ils interviendront au cours dactions de promotion de
la santé en milieu scolaire ou associatif, ce qui permettra de multiplier les actions de
proximité en milieu urbain défavorisé. Ce projet, co-financé par lEtat et la
Caisse Nationale dAssurance-Maladie des Travailleurs Salariés (C.N.A.M.T.S.),
renforce notablement la place de léducation pour la santé et les moyens de la
lutte contre le tabagisme et les conduites addictives.
Dans le cadre du plan triennal proposé par la M.I.L.D.T.,
le Comité Interministériel de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies sera saisi de
propositions visant à intégrer ces actions dans un programme plus large de prévention
et de prise en charge des conduites addictives.
Les premières conclusions du rapport de la mission
dévaluation de la loi n° 91-32 relative à la lutte contre le tabagisme et
lalcoolisme nous ont été transmises aujourdhui. La Loi EVIN est bien connue
du public ; elle a entraîné des modifications positives des comportements. Cependant,
elle reste peu appliquée dans de nombreuses administrations et établissements publics et
sur les lieux de travail.
Le Gouvernement va veiller à la bonne application de la
loi au sein de ladministration et des établissements publics et organismes dont il
a la tutelle. Il est important que lEtat montre lexemple.
En accord avec les Ministres concernés, les
administrations vont mener des actions spécifiques. Au sein des établissements
scolaires, les chefs détablissement veilleront à ce que linterdiction de
fumer soit respectée et à ce que les enseignants et élèves les plus âgés ne fument
que dans les endroits réservés à cet effet. Linterdiction de fumer doit être
rappelée dans tous les lieux accueillant du public : écoles et universités, centres de
vacances, transports en commun, installations touristiques, plateaux de télévision ...
Il faut aider les fumeurs à se sevrer du tabac. Dans les
prochaines semaines, des substituts nicotiniques seront mis gratuitement à la disposition
des personnes qui consulteront dans les centres dexamen de santé de la C.N.A.M.T.S.
puis progressivement dans les centres de consultation ambulatoire et de soins en
alcoologie. Plusieurs centaines de milliers de personnes bénéficieront ainsi dun
encadrement médical de qualité et de meilleures conditions pour réussir leur sevrage.
Les substituts nicotiniques seront aussi disponibles dans
les établissements de santé afin de répondre aux besoins des personnes hospitalisées
empêchées de fumer par leur alitement ou qui souhaitent profiter de leur séjour
hospitalier pour débuter un sevrage tabagique sous surveillance médicale.
Afin de faciliter laccès de tous les fumeurs aux
substituts nicotiniques, les timbres seront mis en vente libre en pharmacie dès cet
automne et une information spécifique portant sur lévaluation de la dépendance
tabagique délivrée aux pharmaciens. La prise en charge médicale spécialisée des
personnes les plus dépendantes du tabac sera parallèlement poursuivie et renforcée.
Pour compléter ce dispositif, le Premier Ministre a
confié au Député Alfred RECOURS une mission temporaire sur la fiscalité des produits
du tabac. A partir de lanalyse de la situation des autres pays européens, des
mesures fortes portant sur le régime des prix et la fiscalité permettront de peser sur
la consommation de tabac.
Information de la population, protection des non-fumeurs,
aide au sevrage tabagique, voilà les 3 axes principaux du plan que je viens
dexposer et pour lequel jai sollicité le soutien actif du Gouvernement.
Leffort financier consenti par lEtat et la CNAMTS est considérable : le
budget consacré à la lutte contre le tabagisme est passé de 23 MF en 1997 à 130 MF
pour 1999. Cet effort sera amplifié en lan 2000.
Nous constatons aujourdhui les dégâts du tabac,
mettons en commun nos énergies pour changer lavenir de nos enfants. |