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La lettre aux médecins

Cher confrère,

Je tiens, au moment où le programme national de lutte contre l'hépatite C est rendu public, à vous en présenter les principaux objectifs et mesures.

L'hépatite C chronique a peut-être déjà été l'une de vos préoccupations pour l'un ou l'autre des malades que vous suivez. Ce virus identifié pour la première fois en 1989, touche actuellement de 500 000 à 600 000 personnes, soit 1 % de la population vivant en France.

Comme vous le savez, dans un nombre important de cas, l'hépatite C évolue sans signe clinique. En l'absence de traitement, l'évolution en 10 à 20 ans, peut se faire vers une cirrhose et dans certains cas un hépatocarcinome.

Malgré une réelle progression de son utilisation, le dépistage reste insuffisant. Une fois dépistées, les personnes doivent être suivies et prises en charge en fonction de leurs besoins. C'est pourquoi, Martine AUBRY et moi-même, avons demandé l'élaboration d'un programme d'ensemble relatif à l'hépatite C chronique. Il définit sur quatre ans des priorités nationales qui seront mises en oeuvre aux niveaux local et régional.

Ce programme s'impose d'autant plus que depuis fin 1998, l'efficacité de nouveaux traitements a été démontrée. En particulier, la bithérapie offre maintenant de nouvelles possibilités de traitement aux personnes infectées par le VHC et ayant des lésions hépatiques sévères.

Ce sont les raisons pour lesquelles nous souhaitons que soit mobilisé l'ensemble du corps médical, généralistes et spécialistes, sur trois actions :

1. Penser à proposer un dépistage aux personnes susceptibles d'être infectées par le VHC : personnes transfusées avant 1991, usagers de drogues, actuels ou anciens, susceptibles d'avoir même, transitoirement, utilisé la voie intraveineuse, personnes tatouées ou ayant eu un "piercing". Le VHC ne se transmet probablement pas par voie sexuelle en dehors d'un contact de sang, mais par prudence, il faut vérifier l'absence d'infection chez les conjoints ou les partenaires sexuels des personnes atteintes d'hépatite C chronique. Ce dépistage ciblé se fait par la recherche d'anticorps anti-VHC (prise en charge à 100 %) et la mesure des transaminases. Le dépistage systématique n'est pas indiqué. Un dépistage doit cependant être proposé chaque fois que le diagnostic d'hépatite C peut être évoqué.

Nous mettrons à votre disposition dans les semaines qui viennent des documents incitant les personnes que vous suivez à vous signaler spontanément leurs antécédents de risque éventuel d'exposition au virus de l'hépatite C.

2. Améliorer la prise en charge. L'organisation en réseau permet d'augmenter l'efficacité de la prise en charge pour une infection qui nécessite un suivi de longue durée. Tous les pôles de référence et les réseaux seront donc recensés au niveau régional et cette information vous sera diffusée par les DRASS, les ARH, les URCAM et les URML dans le courant de l'année 1999 afin que vous puissiez vous intégrer dans cette organisation.

3. Participer au dossier minimum médical commun de la personne malade. Servant de support à la collaboration entre les différents professionnels, remis aux personnes malades, il lui permettra de mieux comprendre son diagnostic et de connaître ses traitements. Ce sera un outil indispensable pour une maladie qui évolue sur plusieurs décennies après la découverte de l'infection à VHC.

Au cours de l'année 1999, je veillerai à ce que des documents d'information soient disponibles pour les personnes malades et leur famille.

Je vous prie de croire, cher Confrère, en l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

Bernard KOUCHNER

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