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Rapport sur la prévention et la prise en charge
des grossesses des adolescentes

IV- LE COMPORTEMENT PSYCHOLOGIQUE
DE L'ADOLESCENTE ENCEINTE
  

Si l'on veut mettre en route des actions de prévention en matière de grossesse, il faut se pencher sur les comportements psychologiques et sexuels de ces adolescentes.

Il existe semble-t'il 3 types de comportements qui peuvent conduire l'adolescente à débuter une grossesse :

1- tout d'abord celui de la très jeune femme mariée ou vivant en couple. Il s'agit pour la quasi-totalité des cas de femmes étrangères chez qui le mariage précoce est culturel. Il s'agit d'un jeune couple "installé" qui a le désir légitime d'enfant, c'est un projet de couple au sein d'une structure familiale. La grossesse est intégrée dans un schéma précis, il s'agit d'un projet de grossesse conçu autour d'un désir d'enfant identique à celui que l'on va retrouver plus tard chez les couples plus âgés. Dans ces cas, le suivi de la grossesse est normal, l'enfant est attendu et accueilli de façon rigoureusement identique à celle des autres couples. Le nouveau né est pris en charge et souvent allaité. Le comportement de la jeune mère est comparable à celui des autres mères.
  

2- Ailleurs, il s'agit d'une jeune adolescente scolarisée ou étudiante, vivant chez ses parents et chez qui survient une grossesse accidentelle.

Dans ce cas de figure, la grossesse survient par naïveté ou par ignorance, parfois par inaptitude à utiliser des moyens contraceptifs. Parfois, le projet est d'échapper à une scolarité peu valorisante, parfois à un milieu familial perturbé. Dans ces cas, l'adolescente est souvent prise en charge par la famille, sans être rejetée et la décision de poursuite de la grossesse est prise en concertation avec les parents. Cette grossesse peut évoluer vers une I.V.G. du fait de problèmes financiers (chômage, pauvreté) ou de problèmes de comportements psychologiques (l'adolescente ayant parfois un comportement irresponsable lié à une débilité légère). Parfois le diagnostic de grossesse est tardif, il s'agit en quelque sorte d'un ratage d'I.V.G. et la grossesse va évoluer jusqu'à terme avec un suivi souvent tardif et chaotique. Le compagnon est souvent absent ou en fuite. Le nouveau né est souvent accueilli au foyer des parents, pas forcément bien intégré car il va venir aggraver la précarité familiale.
  

3- Enfin, et de loin, la situation la plus préoccupante est celle de l'adolescente en grande difficulté, en échec scolaire et professionnel, en rupture avec la famille. La grossesse correspond à un coup de "gueule" comme un raccourci à une problématique psychologique, sociale et sanitaire.

La grossesse est parfois vécue comme un projet permettant d'obtenir une fonction sociale, de réussir, de se valoriser, de bénéficier d'un support familial et social accru et de prestations d'aide sociale.

La grossesse donne un statut social et procure un revenu mensuel de parent isolé qui s'élève à 3900 Frs par mois avant la naissance. A la naissance du bébé et jusqu'à ce que celui-ci ait 3 ans ce revenu est de 4900 Frs par mois.

Il s'agit souvent d'adolescentes en manque d'affection et qui ont un projet d'enfant dans le but de fonder la famille qu'elles n'ont jamais eue, d'avoir un parent proche qui les aimera. Elles gardent le bébé pour créer "quelque chose" : cette grossesse constitue une stratégie réactionnelle. Il s'agit de trouver une place et un rôle, un objectif et une raison d'être : le suicide ou la grossesse.

Ce sont les grossesses souvent non suivies, parfois découvertes au dernier moment, aboutissant parfois à des accouchements dans des lieux tout à fait insolites (toilettes des collèges, squats ou alors à domicile). Tout au long de la grossesse, les adolescentes vont avoir des comportements à risque, fumant en excès, se droguant, utilisant des somnifères. Il s'agit d'une sorte auto pénalisation, d'un souhait d'autodestruction dans un contexte de déni d'enfant.

Ces adolescentes sont souvent totalement isolées après la naissance, elles sont souvent incapables d'élever leur enfant, car trop immature pour cette fonction : les maltraitances sont beaucoup plus fréquentes, les morts subites du nourrisson et les morts dans la petite enfance par infections sont multipliées par cinq chez ces enfants d'adolescentes.

On peut résumer la situation de la façon suivante : la venue au monde d'un bébé issu d'une mère encore enfant bouscule les repères habituels, elle est le reflet d'une absence ou d'une perte des identifications, c'est la perte de la référence au groupe d'âge.

La maternité constitue un passage au cours duquel la fille devient mère. Ce passage se fait plus ou moins bien, ou ne se fait pas du tout.

Désirer un enfant signifie devenir parent (mère comme sa mère) et parfois triompher de sa propre mère. Ce désir d'enfant peut être différent du désir de grossesse.

La grossesse peut être une finalité en soi et conduire alors à une demande d'I.V.G..

La grossesse mettra souvent l'adolescente à l'abri de toute approche sexuelle : il s'agit d'être mère pour ne pas être femme.

Il est possible à la lumière d'une expérience de tout un groupe travaillant depuis de nombreuses années au contact des adolescentes enceintes de dégager un certain nombre de points communs à toutes ces situations qui en font toute la gravité, de cette spirale infernale dont il est difficile de sortir.

La grossesse chez l'adolescente aboutit presque inéluctablement à :

- UNE MARGINALISATION : il y a rupture de l'ordre initiatique : ce n'est pas le moment dans la tête et le corps.

- UNE DESCOLARISATION : il y a éviction scolaire de l'adolescente enceinte : le projet scolaire (s'il existait) est interrompu mettant souvent fin à tout projet professionnel lui même assez précaire.

- UN REJET de la famille. Cette grossesse aboutit à une exclusion, car c'est une étape qui a été brûlée, un passage qui est cassé.

C'est parfois vécu comme un DESIR D'EMANCIPATION, une entrée fracassante dans le monde des adultes pour ne rien faire comme les autres.

C'est parfois souhaité comme un PASSAGE INITIATIQUE, un rituel avec ses côtés barbares, pour être admise dans LE CLAN.

Ce peut être vécu comme un RATAGE, un mauvais départ : ce n'est pas le PERE IDEAL, que l'on souhaitait pour son enfant.

Enfin, ce peut être LE CYCLE INFERNAL de la REPETITION de la grossesse de la mère, qui était, elle aussi très jeune, de la maltraitance subie dans sa propre enfance ; c'est "l'inconscient calculateur" qui revient à la date anniversaire.

La CONTRACEPTION permet de vivre de façon plus adaptée l'étape de l'adolescence, elle permet de laisser le temps au temps.

LA GROSSESSE DE L'ADOLESCENTE ABOUTIT SOUVENT A UNE ADOLESCENCE AVORTEE.

Il serait regrettable de gâcher "la plus délicate des transitions, l'adolescence, ce commencement d'une femme dans la fin d'un enfant".

V. HUGO

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