Rapport sur la
prévention et la prise en charge
des grossesses des adolescentes
V- CONCLUSIONS ET PROPOSITIONS
Pour plus de clarté, nous avons adopté pour la rédaction de chacun des points de ce dernier chapitre :- L'énoncé de la problématique telle quelle fut identifiée, non seulement à partir des données disponibles à Jean Verdier, mais également à partir des réactions des participants aux tables rondes, témoignant de leur propre expérience.
- Un principe de proposition (en italique)
- Une (ou un ensemble de) proposition(s) (en encadré)
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POINT N°1
Les interruptions volontaires de grossesse et les grossesses menées à terme chez les adolescentes constituent un phénomène numériquement important : leur survenue dans un contexte de violences sexuelles semble en augmentation :
- A lhôpital Jean Verdier, près de 2% des grossesses et plus de 5% des interruptions volontaires de grossesse concernent des mineures.
- Les chiffres nationaux actuellement disponibles sont pour ces deux événements respectivement de 2 et 3%.
- Cest donc près de 10000 adolescentes qui sont concernées chaque année par ce problème.
- Leur survenue dans un contexte de violences sexuelles semble augmenter. Si lon ne dispose pas des chiffres (locaux ou nationaux) de grossesses faisant suite à des violences sexuelles, on peut procéder par analogie. Le nombre de viols sur mineurs a doublé en 6 ans ; cette constatation des Urgences Médico-Judiciaires de lhôpital Jean Verdier repose sur deux chiffres : 273 viols de mineures en 1995 contre 135 en 1990.
- Si lon considère le chiffre des sévices sur mineures (qui ninclut pas les viols), on observe un phénomène encore plus marqué puisque le nombre de plaintes enregistrées à Jean Verdier a été multiplié par 8 sur la même période passant de 42 à 350.
Rappelons enfin que les chiffres qui viennent dêtre cités correspondent aux violences ayant donné lieu à une plainte. En particulier en ce qui concerne les sévices, il est probable que ce nombre soit sous évalué (pour certains, ce chiffre ne traduirait que 10% de la réalité).
* Si lon souhaite intervenir de façon cohérante et localement adaptée, il paraît nécessaire de disposer de chiffres plus proches de la réalité établis annuellement et par zones (département, région ?)
Il serait utile détablir un registre national de viols, sévices et grossesses sur mineures, obtenu à partir de déclarations (obligatoires ?) et selon des critères quil reste à déterminer (âge minimum, circonstances de survenue, etc ).
Ces chiffres devraient chaque année être analysés par un observatoire épidémiologique qui pourrait être une des Unités INSERM se préoccupant actuellement des problèmes de santé des mères et des enfants.
Les chiffres fournis par cet observatoire feraient lobjet chaque année dun commentaire et dune publication par une commission Ad hoc existante ou à créer.
Lobservatoire épidémiologique aurait également pour mission danalyser limpact des mesures proposées et adoptées.*****
POINT N°2
Ces grossesses pour la plupart non désirées (et aboutissant à des I.V.G. sur lesquelles nous reviendrons), témoignent dune grande méconnaissance de la contraception et des circuits daccès à cette contraception, en particulier en cas de nécessité dune contraception urgente post-coïtale.
- A lhôpital Jean Verdier, si lon considère la période 1994-1998, 260 grossesses chez des adolescentes ont été observées : 158 ont abouti à une demande et à la réalisation dune Interruption volontaire de grossesse (70%) et 102 se sont poursuivies.
- Il faut toutefois noter que la proportion d'I.V.G. varie selon lâge, passant de 86% à 12 ans à 50% à 17 ans.
La méconnaissance de la contraception peut sexprimer par quelques chiffres : 60% des premiers rapports ont lieu en France sans contraception préalable, 72% des adolescentes venues consulter pour I.V.G. à Jean Verdier, navaient jamais utilisé de contraception, 22% en utilisait une de façon épisodique et aléatoire, et seulement 6% des I.V.G. correspondaient à des échecs de contraception .
- Signalons que si la campagne pour lutilisation des préservatifs a abouti à un relatif succès pour le message "préservatifs-sida", le message "contraception" na pas été identifié par les adolescents. Il paraît important à lavenir, tout en maintenant linformation concernant limportance du préservatif en matière de prévention du Sida, dy adjoindre le notion de contraception efficace, en particulier en cas doubli ou déchec du préservatif. (contraception durgence).
- Notons quaux Pays Bas, une campagne auprès des jeunes insistant sur limportance de lassociation Préservatif + Pilule a abouti au chiffre mondial le plus bas de grossesses chez les adolescentes, combiné à un chiffre très élevé dutilisation du préservatif pour la prévention du Sida et des maladies sexuellement transmissibles en général.
Il faut mettre en place une campagne dinformations concernant la contraception, non seulement au plan national (Radio (Ado FM) Télévision (M6), tam-tam, minitel etc ), mais en multipliant localement les sources et les modalités daccès à linformation, en particulier pour ce qui concerne la contraception urgente. Toutes les modalités de diffusion de cette information (affiches dans les établissements scolaires, les centres dinformation, les maisons des jeunes, et de façon générale tous les lieux fréquentés par les adolescentes) doivent être mise en jeu.
Cette information doit être pratique, renvoyant éventuellement les jeunes sur les centres de planning.* Il faut également augmenter le nombre et la diversité des acteurs participant à linformation sur la contraception.
Doivent participer tous ceux qui sont en contact avec les jeunes : infirmières scolaires, assistantes sociales, médecins généralistes, pédiatres (!), et les enseignants eux-mêmes : à ce titre, il serait utile que la formation des futurs enseignants comporte une partie concernant la contraception. * Linformation scolaire sur léducation sexuelle et sur la contraception doit être organisée, structurée sous forme dun programme obligatoire minimal au cours du cursus scolaire.
Sur un programme et une durée minima obligatoire, une approche de léducation sexuelle aurait lieu en 6ème et 5ème, et une information sur la contraception en 4ème et 3ème. Notons que la plupart des enseignants consultés au cours de ces tables rondes recommandaient une séparation des filles et des garçons pour cet enseignement et des intervenants qui ne soient pas les enseignants habituels. * Organiser complémentarités et circulation des informations de façon formalisée, voire contractuelle au sein dun réseau.
Créer de véritables réseaux dinformations et daide (à la première) contraception autour des Centres de Planning qui semblent être la Structure de centralisation la plus adéquate. * Faciliter le fonctionnement de ces réseaux, en faisant appel à de nouveaux acteurs capables dassurer une meilleure communication entre professionnels et jeunes et réaliser ainsi un véritable maillage entre prestataires de services et adolescents là où ils se trouvent (maisons des jeunes, établissement scolaires, piscines, etc..)
Créer des emplois jeunes destinés à constituer les maillages de ces réseaux information-jeunes-contraception-prévention MST, Sida et drogues. * Faciliter laccès aux contraceptions urgentes, voire aux premières contraceptions dans des structures daccès facile et ouvertes de façon permanente.
Les urgences de gynécologie-obstétrique et les services daccueil des urgences (SAU) doivent être habilités (approvisionnés) à délivrer des contraceptions urgentes (prêtes à lemploi et gratuites) pour les adolescents et contrôler leur efficacité à distance. Cf. proposition de fiche contraception durgence.
Ces centres durgences doivent délivrer une première information sur la contraception. Des ordonnances gratuites (pour le plus long terme) devraient pouvoir être délivrées par les centres de planning comme cest déjà le cas dans au moins 2 départements (93 et 78)
voir annexe*****
POINT N°3
Lorsque la grossesse survenue malgré tout est non désirée, la réalisation dune interruption volontaire de grossesse pose encore de nombreux problèmes.
En particulier, la législation actuelle imposant laccord parental pour les mineurs, et surtout la signature dun des parents pour lobtention de cet accord pose des problèmes difficiles à résoudre.
- La mineure peut souhaiter garder sa grossesse secrète
- Les parents peuvent ne pas être joints, ou être à l'étranger
- Linformation de la grossesse aux parents de la mineure peut constituer un véritable danger en particulier dans certaines circonstances culturelles.
- Lautorité parentale peut avoir été retirée par un juge, (dans ces cas, le juge des enfants pourrait lui même donner lautorisation, mais celle-ci est parfois difficile à obtenir). Ces difficultés aboutissent parfois à un dépassement des délais légaux dinterruption volontaire de grossesse faisant alors entrer ladolescente dans le cadre dune interruption médicale de grossesse.
- Enfin, il peut sembler illogique de demander une autorisation parentale dans la mesure où il sagit du parent lui-même ou dun proche qui est lauteur de la grossesse, éventuellement dans un contexte de violences sexuelles.
* Si certains résolvent cette question en demandant simplement à ladolescente de rapporter une autorisation signée des parents (ce qui aboutit dans la majorité des cas au fait que ladolescente signe elle même cette autorisation !), il serait logique de prévoir des solutions institutionnelles.
Avant 15 ans, l'autorisation parentale devrait logiquement être maintenue telle qu'elle. Dans les situations où le comportement de l'adolescente fait craindre un contexte d'abus sexuel ou de prostitution, le juge pour enfants devra être saisi et donner l'autorisation d'interruption de grossesse. Si lautorité parentale a été retirée par un Juge, le Juge des Enfants doit rapidement (il pourrait sagir dune recommandation du Garde des Sceaux), être en mesure de donner lautorisation dinterruption de grossesse.
Au delà de 15 ans, la situation pourrait être considérée comme totalement différente et impliquer plus largement le libre arbitre de l'adolescente. La notion de majorité sanitaire à 16 ans (plus précoce que la majorité légale) doit faire lobjet dune étude de pertinence.
* Lorsquil sagit dune grossesse survenue après viol (quelle soit ou non au delà du délai de 12 semaines) la notion dinterruption médicale de grossesse (pour des raisons évidentes de détresse psychologique) est souvent retenue. Elle est parfois difficile à obtenir car seul un psychiatre (lui même expert) est habilité à donner lautorisation dinterruption médicale de grossesse.
Un assouplissement des règles dobtention dun accord dExpert (qui pourrait être psychiatre ou non), permettrait de réaliser plus rapidement et plus simplement les interruptions médicales de grossesse après viol.
Un Expert des Urgences Médico-Judiciaire (même sil nest pas psychiatre) pourrait donner une telle autorisation.*****
POINT N°4
Les grossesses observées chez les adolescentes ont souvent un assez bon pronostic médical, mais elles sont génératrices de très graves problèmes à court, moyen et long terme, tant sur le plan de la relation mère-enfant, que sur le plan dune véritable désinsertion sociale créée (ou aggravée) par la survenue de cette grossesse.
- Les grossesses sont souvent peu ou mal suivies, aboutissant dans quelques cas à des situations durgence qui auraient pu être évitées. Le mauvais suivi de ces grossesses est essentiellement lié à lignorance par ces adolescentes de la possibilité dun suivi gratuit, voire dune aide financière spécifique à la grossesse.
- Des cas dinfanticides continuent à être observés chez les adolescentes témoignant dune véritable peur-panique et dun rejet de lenfant qui vient de naître.
- La mortalité infantile précoce par maltraitance et par infection est multipliée par 5 chez les adolescents.
- Une augmentation de la mort subite du nourrisson lorsque les mères sont des adolescentes a été décrite.
* Il est donc essentiel, toujours grâce aux réseaux que lon développerait, didentifier rapidement ces adolescentes enceintes et de les confier chaque fois que possible à des structures pluridisciplinaires daide à la gestion de leur grossesse, à laccouchement et à la période postnatale. Ces structures pluridisciplinaires impliqueraient des équipes de terrain, des réseaux associatifs, les services de PMI, les services hospitaliers et les services socio-éducatifs.
Les réseaux (renforcés d'emplois jeunes) dont on a suggéré la création pour la diffusion de linformation sur la contraception pourraient également être mis à profit pour identifier et aider sur le terrain ces jeunes mères. Il faut impérativement éviter lisolement pendant la grossesse et la période postnatale.
Les maisons maternelles sont actuellement en nombre insuffisant, il nen existe quune par Département et elles sont souvent dépassées par les demandes.
Pour rompre lisolement de ces adolescentes enceintes, des places doivent leur être réservées dans les maisons maternelles en plus grand nombre, éventuellement sous la forme dun quota minimum. Il faut mettre en uvre tous les moyens permettant déviter la déscolarisation avant et après laccouchement, de faciliter le retour précoce à lécole et la reprise dun projet professionnel. Une véritable politique de priorité pour laccueil en crèche des enfants de mère-adolescente doit permettre là aussi déviter un isolement, une marginalisation, et une déscolarisation.