Point sur la
vaccination contre l'Hépatite B
Etude bénéfices / risques de la
vaccination
Vaccination contre lhépatite B et
Premières atteintes démyélinisantes centrales aiguësComparaison bénéfices/risques de la vaccination
Daniel Lévy-Bruhl - Isabelle Rebière Jean-Claude Desenclos Jacques Drucker
Réseau National de Santé Publique Septembre 1998
I Evaluation des risques liés à la vaccination
Cette évaluation repose sur :
- les données nationales de pharmaco-vigilance de lAgence du Médicament. Lanalyse porte sur les premières atteintes démyélinisantes centrales (PADC) survenues dans les suites dune vaccination hépatite B entre 1990 et 1997.
- Les conclusions préliminaires des enquêtes cas-témoins ayant exploré la relation entre PADC et antécédent de vaccination hépatite B.
- Les données de vente de vaccin pour la période 1990-1997.
Les notifications de PADC enregistrées par lAgence du Médicament ont été ventilées selon lâge de la vaccination et le délai de survenue de latteinte neurologique.
Les risques de PADC pour un sujet vacciné ont été calculés sous lhypothèse dun risque identique pour chacune des doses dune série comportant trois injections. Un taux de perte (" gaspillage ") estimé à 5 % des doses vendues a été considéré.
Lanalyse a été faite sous lhypothèse dune relation causale entre la survenue dune PADC et la vaccination. Deux valeurs du risque de PADC attribuable à la vaccination chez les vaccinés ont été retenues, 28,6 % et 44,4 %, correspondant respectivement à des risques relatifs de 1,4 et 1,8.
En labsence détudes épidémiologiques chez lenfant, ces valeurs ont été utilisées pour lensemble des classes dâge.
Deux taux dexhaustivité de la notification ont été considérés : 50 % et 100 %.Le tableau 1 résume les données de vente de vaccin et de PADC notifiées en fonction de lâge et du délai de survenue de latteinte neurologique.
Les tableaux 2a et 2b présentent les estimations des risques de PADC en fonction de lâge, du taux dexhaustivité de la notification, du délai de survenue et du risque relatif considéré.Ces tableaux indiquent :
- labsence de signalement de PADC chez les enfants âgés de moins de 7 ans alors que plus de 6 millions de doses de vaccin hépatite B ont été administrées à ces âges ;
- un nombre de PADC chez les enfants vaccinés âgés entre 7 et 15 ans qui paraît indépendant de la couverture vaccinale par âge, ce qui ne plaide pas en faveur dune association avec la vaccination dans ces tranches dâge ;
- pour lensemble des tranches dâge, des taux dincidence de PADC attribuables à la vaccination, dans lhypothèse dune association causale entre survenue dune PADC et vaccination, qui varient peu avec lâge, les taux minimum étant observés dans la tranche dâge 10-12 ans. Ces taux de PADC restent inférieurs à 1 pour 100.000 vaccinés, même dans lhypothèse la plus défavorable à la vaccination envisagée (0, 91 pour 100.000 chez ladulte pour un risque relatif à 1,8, quel que soit le délai entre la vaccination et lapparition des signes neurologiques et pour un taux dexhaustivité de la notification des effets indésirables de la vaccination de 50 %)
Les données des tableaux 2 permettent destimer le nombre de PADC quinduirait la vaccination dans une cohorte de 800.000 préadolescents vaccinés contre lhépatite B, dans lhypothèse dune association causale entre la vaccination et la survenue dune PADC, et pour des valeurs de laugmentation du risque identique à celle suggérée par les enquêtes cas-témoin menées chez ladulte. Ce nombre se situerait entre 0,56 PADC (pour un risque relatif de 1,4, avec prise en compte des seules PADC survenues dans les 2 mois suivant la vaccination et pour un taux dexhausitivité des notifications de 100 %) et 2,2 PADC (pour un risque relatif de 1,8, avec prise en compte de lensemble des notifications et pour un taux dexhausitivité des notifications de 50 %).
Par ailleurs, la comparaison des taux de PADC observés chez ladulte avec les données dincidence de la sclérose en plaques (SEP) ne permet pas de conclure quant à lexistence dun risque lié à la vaccination. Lestimation de lincidence annuelle de la maladie, fournie par lUnité 360 de lINSERM (1,7 pour 100.000 habitants), permet destimer à 0,6 pour 100.00 le taux dincidence attendue des SEP dans les 2 mois suivant la vaccination des sujets de 20 à 44 ans (tranche dâge dans laquelle surviennent 80 % des SEP et constituant 37,5 % de la population française). Le taux dincidence brut des PADC observés chez ladulte dans les 2 mois suivant la vaccination peut être estimé, daprès les données de pharmaco-vigilance figurant dans le tableau 1, à 0,67 pour 100.000 vaccinés. Plusieurs interprétations quant au risque lié à la vaccination hépatite B peuvent être faites de la comparaison entre ces deux chiffres (0,60 et 0,67 pour 100.000), selon le taux de déclaration des PADC et la proportion datteintes démyélinisantes sans les critères de dissémination dans le temps et dans lespace (ADSTE) qui savéreront être des SEP. Les hypothèses extrêmes aboutissent en effet à un risque relatif compris entre 0,6 (taux de notification de 100 %, aucune ADSTE évoluant vers la SEP) et 2,3 (taux de notification de 50 %, toutes les ADSTE étant considérées comme SEP).
II Evaluation des bénéfices de la vaccination
Le bénéfice de la vaccination a été mesuré en termes dhépatite B aiguës fulminantes évitées et de complications sévères de linfection chronique par le virus de lhépatite B évitées (cirrhoses et hépato-carcinomes).
Lanalyse a été conduite pour la stratégie de vaccination des pré-adolescents.
Les données utilisées sont, pour lincidence de lhépatite B aiguë symptomatique et la distribution des infections en fonction de lâge, les données issues du Réseau Sentinelles (INSERM/DGS/RNSP).
Les données concernant la vaccination hépatite B et lhistoire naturelle de linfection proviennent de la littérature internationale et ont été confirmées auprès des experts français du domaine.
Lensemble de ces estimations figure dans le tableau 3.Lanalyse a été conduite pour deux niveaux dincidence : celui qui prévalait en 1994, à laube de la campagne de vaccination hépatite B (7800 infections aiguës symptomatiques soit un taux dincidence redressé de 13 pour 100.000) et pour le niveau le plus bas atteint depuis lors (3100 infections aiguës symptomatiques en 1996, soit un taux dincidence redressé de 6 pour 100.000). Le premier scénario permet de comparer le bénéfice épidémiologique des vaccinations effectuées ces dernières années avec les possibles risques de PADC quont encourus les sujets vaccinés. Le second scénario vise à effectuer la même analyse pour les vaccinations à venir. Cependant le fait que la réduction de lincidence de lhépatite B observée entre 1994 et 1996 soit en grande partie liée à la vaccination limite la portée des conclusions pour ce second scénario. En effet, une conclusion défavorable à la vaccination serait en contradiction avec les données dincidence utilisées. En dautres termes une réduction des indications de la vaccination basée sur les résultats de cette analyse ferait implicitement lhypothèse, probablement largement non fondée à moyen terme, que la diminution de la couverture vaccinale naurait pas de conséquence sur lincidence de lhépatite B.
Le nombre cumulé dinfections par le virus de lhépatite B, ainsi que les différentes manifestations cliniques résultantes, évitées par la vaccination a été estimé pour une cohorte de 800.000 préadolescents suivi de manière fictive jusquà lâge de 30 ans. En effet les données actuelles montrent quen cas de séroconversion post-vaccinale, une mémoire immunologique de longue durée est induite, même en labsence de rappel naturel ou vaccinal. Le recul actuellement disponible nest que de 15 ans et une hypothèse dune durée de protection de 20 ans apparaît constituer une hypothèse minimaliste. De même la valeur de lefficacité vaccinale considérée (95 %) est une estimation minimale de lefficacité du vaccin dans cette tranche dâge.
Résultats :
Les risques cumulés pour une population de 800.000 enfants de pré-adolescents suivis jusquà lâge de 30 ans figurent dans le tableau 4.
- Hépatites B aiguës fulminantes (HBAF) évitées
Le bénéfice cumulé conféré par la vaccination, cest à dire le nombre de cas dHBAF évités chez ces 800.000 pré-adolescents suivis fictivement jusquà lâge de 30 ans se situe entre 3 et 29 HBAF évitées, selon les hypothèses considérées en termes de niveau dincidence et dhistoire naturelle de linfection par le virus de lhépatite B.
- Cirrhoses et hépato-carcinomes évités
De même, le bénéfice cumulé conféré par la vaccination, cest à dire le nombre de cas de cirrhoses ou dhépato-carcinomes évités chez ces 800.000 pré-adolescents suivis fictivement jusquà lâge de 30 ans se situe entre 12 et 147 selon les hypothèses considérées en termes de niveau dincidence et dhistoire naturelle de linfection par le virus de lhépatite B.
III Conclusion
Chez ladulte :
La mise en évidence par les enquêtes cas-témoin dune possible association entre vaccination hépatite B et premier épisode datteinte démyélinisante aiguë ne constitue pas un argument suffisant pour modifier la stratégie de vaccination de ladulte. En effet les indications actuelles pour cette tranche dâge sont limitées aux sujets à risque dinfection par le virus de lhépatite B, pour lesquels au niveau individuel, le bénéfice de la vaccination dépasse très largement le possible risque. Ces résultats pourraient cependant conduire à renforcer le message selon lequel la vaccination hépatite B chez ladulte devrait être limitée, en dehors des obligations vaccinales, aux sujets présentant un réel facteur de risque dinfection.
Chez le nourrisson :
En ce qui concerne le nourrisson, labsence de signalement deffets indésirables neurologiques sévères napporte pas dargument en faveur dune remise en cause de lintégration de la vaccination hépatite B dans le calendrier vaccinal du nourrisson, sauf à disposer dans lavenir déléments nouveaux concernant dautres pathologies. Ces résultats pourraient conduire à renforcer le message de lintérêt dune vaccination la plus précoce possible, à un âge où elle est parfaitement tolérée et de plus particulièrement immunogéne.
Chez le grand enfant et ladolescent :
En ce qui concerne les enfants entre 7 et 15 ans, il nest pas possible à ce jour de conclure à une éventuelle responsabilité de la vaccination dans la survenue des quelques accidents neurologiques notifiés dans les suites dune vaccination hépatite B. Cette incertitude rend difficile le choix dune stratégie vaccinale concernant les pré-adolescents. Cependant quelques remarques peuvent être faites :
- Les données disponibles plaident en faveur dun risque qui, sil existe, est très faible.
- Du point de vue de la collectivité, les risques liés à lhépatite B apparaissent supérieurs à léventuel risque de la vaccination, même pour le niveau actuel dincidence. Quel que soit le scénario considéré, le risque, dans lhypothèse possible mais non démontrée dune association causale entre vaccination et survenue dune première atteinte démyélinisante centrale, reste inférieur aux bénéfices cumulés de la vaccination pendant 20 ans. Dans le scénario le plus favorable, le bénéfice de la vaccination est de 29 hépatites fulminantes et 147 cirrhoses ou hépato-carcinomes évités versus 1 à 2 PADC induites par la vaccination. Dans le scénario le plus défavorable, la vaccination évite 3 hépatites fulminantes et 12 cirrhoses ou hépato-carcinomes (tableau 5).
- Cependant, cette analyse ne prend pas en compte le fait que les effets secondaires de la vaccination surviennent immédiatement alors que les bénéfices attendus en termes de pathologies sévères liées à linfection chronique par le virus de lhépatite B se situent dans un horizon pouvant aller jusquà plusieurs décennies.
- Dun point de vue individuel, le risque éventuel de PADC peut dépasser le risque individuel lié à lhépatite B, dans la mesure où la vaccination de lensemble dune cohorte inclut en majorité des sujets qui seront à très faible risque dinfection par le virus de lhépatite B.
- La stratégie de vaccination des pré-adolescents constitue une action de rattrapage pendant 10 ans pour les cohortes denfants qui nont pas pu bénéficier de lintégration en 1995 de la vaccination dans le calendrier du nourrisson. Dun point de vue épidémiologique, labandon de cette stratégie et le seul maintien de la vaccination des nourrissons et des sujets à risque aurait comme effet de retarder limpact de la vaccination sur l incidence des infections à lâge adulte.
- A moins de remettre en cause lobjectif de contrôle voire délimination de lhépatite B en France, linterruption de la vaccination des pré-adolescents, cible de la vaccination adoptée conformément aux recommandations de lOMS, ne devrait être envisagée quà la condition que des couvertures vaccinales très élevées puissent être atteintes chez le nourrisson.
Tableau 1 : Nombre de doses de vaccin contre lhépatite B vendues, nombre de sujets vaccinés et nombre de PADC notifiées à lAgence du Médicament en fonction de lâge de vaccination et du délai de survenue - France, 1990-1997.
Nombre de doses vendues |
Nombre de sujets vaccinés* |
Délai de survenue de la PADC |
|||
Age de vaccination |
(x 1 000) |
(x 1 000) |
0-2 mois |
0-6 mois |
Tous délais |
| 0-6 ans | 6 551 |
2 075 |
0 |
0 |
0 |
| 7-9 ans | 2 003 |
634 |
2 |
5 |
6 |
| 10-12 ans | 8 173 |
2 588 |
6 |
7 |
8 |
| 13-15 ans | 4 373 |
1 385 |
8 |
9 |
12 |
| 16 ans et plus | 49 361 |
15 631 |
105 |
135 |
161 |
| Total | 70 461 |
22 313 |
121 |
156 |
187 |
* pour une estimation moyenne de 3 doses par sujet vacciné et un taux de gaspillage estimé à 5%
Tableau 2a : Taux dincidence pour 100.000 sujets vaccinés des PADC notifiées à lAgence du Médicament attribuables à la vaccination en fonction de lâge de vaccination, du taux dexhaustivité de la notification et du délai de survenue, pour un risque relatif de 1,4 (risque attribuable = 28,6 %) - France, 1990-1997.
Délai de survenue |
0-2 mois |
0-6 mois |
Tous délais |
|||
Taux dexhaustivité de la notification |
100% |
50% |
100% |
50% |
100% |
50% |
Age de vaccination |
||||||
| 0-6 ans | 0,00 |
0,00 |
0,00 |
0,00 |
0,00 |
0,00 |
| 7-9 ans | 0,09 |
0,18 |
0,23 |
0,45 |
0,27 |
0,54 |
| 10-12 ans | 0,07 |
0,13 |
0,08 |
0,15 |
0,09 |
0,18 |
| 13-15 ans | 0,17 |
0,33 |
0,19 |
0,37 |
0,25 |
0,50 |
| 16 ans et plus | 0,19 |
0,38 |
0,25 |
0,49 |
0,29 |
0,59 |
| Total | 0,16 |
0,31 |
0,20 |
0,40 |
0,24 |
0,48 |
Tableau 2b : Taux dincidence pour 100.000 sujets vaccinés des PADC notifiées à lAgence du Médicament attribuables à la vaccination en fonction de lâge de vaccination, du taux dexhaustivité de la notification et du délai de survenue, pour un risque relatif de 1,8 (risque attribuable = 44,4 %) - France, 1990-1997.
Délai de survenue |
0-2 mois |
0-6 mois |
Tous délais |
|||
Taux dexhaustivité de la notification |
100% |
50% |
100% |
50% |
100% |
50% |
Age de vaccination |
||||||
| 0-6 ans | 0,00 |
0,00 |
0,00 |
0,00 |
0,00 |
0,00 |
| 7-9 ans | 0,14 |
0,28 |
0,35 |
0,70 |
0,42 |
0,84 |
| 10-12 ans | 0,10 |
0,21 |
0,12 |
0,24 |
0,14 |
0,27 |
| 13-15 ans | 0,26 |
0,51 |
0,29 |
0,58 |
0,38 |
0,77 |
| 16 ans et plus | 0,30 |
0,60 |
0,38 |
0,77 |
0,46 |
0,91 |
| Total | 0,24 |
0,48 |
0,31 |
0,62 |
0,37 |
0,74 |
Tableau 3 : Valeurs des paramètres utilisés dans les 2 scénarios de lanalyse à partir des propositions des experts Réunions des 23 et 28 septembre 1998.
Hypothèse basse |
Hypothèse haute |
Constantes |
||
|
40% |
20% |
||
|
< 15ans 15-19ans 20-29ans 30-39ans 40-44ans 45-59ans > 59 ans |
4% 6% 36% 19% 8% 13% 13% |
||
|
1 |
|||
|
1% |
|||
|
2% |
5% |
||
|
20% |
|||
|
95% |
|||
|
20 ans |
|||
Tableau 4 : Bénéfices cumulés de la vaccination contre lhépatite B pour 800 000 pré-adolescents vaccinés suivis jusquà lâge de 30 ans en fonction de 2 estimations des taux dincidence des infections aiguës symptomatiques France.
Incidence des formes aiguës symptomatiques : 7800 (1994) |
Incidence des formes aiguës symptomatiques : 3100 (1996) |
|||
Hypothèse haute histoire naturelle infection |
Hypothèse basse histoire naturelle infection |
Hypothèse haute histoire naturelle infection |
Hypothèse basse histoire naturelle infection |
|
| Nombre dhépatites aiguës fulminantes évitées | 29 |
7 |
12 |
3 |
| Nombre de cirrhoses et dhépato-carcinomes évités | 147 |
29 |
58 |
12 |
Tableau 5 : Estimation du risque de première atteinte démyélinisante centrale (PADC) dans lhypothèse dune association causale avec la vaccination Hépatite B et des bénéfices de la vaccination pour une cohorte de 800.000 pré-adolescents suivis jusquà lâge de 30 ans - France
Incidence des formes aiguës symptomatiques : 7800 (1994) |
Incidence des formes aiguës symptomatiques : 3100 (1996) |
|||
Hypothèse haute histoire naturelle infection |
Hypothèse basse histoire naturelle infection |
Hypothèse haute histoire naturelle infection |
Hypothèse basse histoire naturelle infection |
|
| Nombre dhépatites aiguës fulminantes évitées | 29 |
7 |
12 |
3 |
| Nombre de cirrhoses et dhépato-carcinomes évités | 147 |
29 |
58 |
12 |
| Nombre de PADC attribuables à la vaccination * | 1 à 2 PADC |
|||
* Estimation basse : 0,56 PADC pour un risque relatif de 1,4, prise en compte des notifications dans les 2 mois suivant la vaccination et taux dexhausitivité des notifications de 100 %
Estimation haute : 2,2 PADC pour un risque relatif de 1,8, prise en compte de lensemble des notifications et taux dexhausitivité des notifications de 50 %