Point sur la
vaccination contre l'Hépatite B
Etudes sur les complications
neurologiques
susceptibles d'être provoquées par
la vaccination contre l'hépatite B
Etude cas témoins réalisée dans les services de neurologie français
(A. Alpérovitch, B. Bégaud)
Etude cas témoins sur la base de données GPRD
(L. Abenhaim, M. Sturkenboom)
Comparaison du nombre de cas observés au nombre de cas attendus
(Annie Fourrier, Service de pharmacologie, Bordeaux)
Etude Capture-recapture
(D. Costagliola, Agence du Médicament, INSERM SC4)
Etude cas témoins réalisée dans les services de neurologie français
(A. Alpérovitch, B. Bégaud)En 1997, une étude cas-témoins " pilote ", menée à la Fédération de Neurologie (Pr. O. Lyon-Caen, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière) avait permis destimer un odds-ratio statistiquement non significatif de 1.7 (IC95 % = [0.8 ; 3.7]) entre la vaccination contre l'hépatite B et la survenue d'une première poussée d'atteinte démyélinisante centrale (A. Alpérovitch).
Cette nouvelle étude menée en 1998 reprend sensiblement la même méthodologie, en létendant aux cas de 18 services hospitaliers de neurologie afin daugmenter le recrutement et diminuer la possibilité de biais de sélection.
Cette étude type cas-témoin multicentrique a ainsi inclus 242 cas de première poussée datteinte démyélinisante et 407 témoins appariés sur le sexe, lâge, le service de neurologie et la date dhospitalisation. Lorsque seuls les patients pour lesquels la vaccination était validée par un carnet étaient inclus dans lanalyse, les résultats ont montré un odds-ratio de 1,4 (IC 95 % = [0,4 ; 4,5]) pour la relation entre la survenue dune première atteinte démyélinisante et la vaccination contre lhépatite B dans un délai de 2 mois précédant lépisode. Lorsque les données de lensemble des patients étaient analysées, lodds-ratio était estimé à 1,8 (IC 95% = [0,7 ; 4,6]).
Lexposition à la vaccination a pu être validée par les données du carnet de santé dans une proportion élevée des sujets inclus : 83 % chez les cas vaccinés et 93 % chez les témoins vaccinés.
Un autre point positif concernant la validité de létude est que la fréquence de la vaccination par tranche dâge chez les témoins est similaire à celle de la population française (sondage IPSOS).
Cette étude est soumise aux possibilités de biais inhérents à lensemble des études cas-témoins de ce type. Linfluence des biais de sélection est probablement faible mais des biais de participation peuvent être envisagés, compte tenu du taux non négligeable de données manquantes (24,1 % des cas et 39,3 % des témoins).
Etude cas témoins sur la base de données GPRD
(L. Abenhaim, M. Sturkenboom)Létude réalisée par le Pr L. Abenhaim et M. Sturkenboom porte sur la base de données anglaise GPRD du United Kingdom Department of Health qui regroupe les données médicales de plus de 4 millions de personnes suivies par des médecins généralistes. Les patients inclus étaient âgés de 20 à 60 ans et devaient être inscrits dans la base de données depuis 1 an au moment du diagnostic. Les patients inclus étaient ceux pour lesquels une première poussée de démyélinisation, sclérose en plaques, névrite optique ou myélite transverse était diagnostiquée en faisant référence à un diagnostic hospitalier ou dun médecin spécialiste. Lensemble des cas retrouvés a été validé, sur la base des données informatisées par un panel de 3 neurologues, en aveugle des données concernant lexposition. Six témoins ont été appariés à chaque cas, en effectuant un appariement sur lâge, le sexe et le cabinet médical. Les informations sur les facteurs de risque suivants ont été collectées : âge, sexe, grossesse, antécédents de maladie infectieuses, de chirurgie, de traumatisme, de pathologies inflammatoires ou musculo-squelettiques. La prise en compte de lutilisation des autres traitements médicamenteux a été planifiée mais na pas pu être effectuée pour le moment.
Elle a inclu 520 cas de sclérose en plaques et de démyélinisation, et 2505 témoins. Celle-ci a montré un odds-ratio de 1,4 (Intervalle de Confiance à 95 % : IC 95% = [0,8 ; 2,4]) à 1,6 (IC 95% = [0,6 ; 3,9]) pour lassociation avec la vaccination contre lhépatite B (selon que la " fenêtre de temps " pour la vaccination était de 2 ou 12 mois). Des odds-ratios du même ordre de grandeur ont été estimés chez les hommes et les femmes séparément ainsi que chez les personnes âgées de moins de 45 ans. De plus, différentes analyses de sensibilité mènent à des résultats analogues. Le fait que ces intervalles de confiance incluent lunité ne permet pas de conclure formellement à partir de ces résultats.
Il faut cependant noter que dautres vaccins sont concernés par lestimation dodds-ratios élevés. Cest le cas du vaccin DTPP (OR = 1.6 (IC 95 % = [0.6 ; 4.0])), du vaccin grippal (OR = 1.5 (IC 95 % = [1.0 ; 2.3])), du vaccin contre le méningocoque (OR = 4.8 (IC 95 % = [1.2 ; 20])). Ce dernier exemple est un cas particulier car il est le seul pour lequel lodds-ratio est statistiquement augmenté au seuil de 5 %.
Cette étude a également montré que lexposition à une vaccination, quelle quelle soit, était associée à un odds-ratio de 1,7 (IC 95 % = [0,7 ; 3,1]), pour une fenêtre de temps de 2 mois précédant la survenue des troubles. Elle a également permis dobserver que le délai entre le premier symptôme ou signe de démyélinisation et le diagnostic de sclérose en plaques était plus court chez les personnes vaccinées que chez les non vaccinées. Ceci peut être le résultat dun meilleur suivi des personnes vaccinées, ou la conséquence dune forme accélérée de la maladie chez les personnes vaccinées. Ces deux hypothèses pourraient expliquer dans un cas comme dans lautre les odds-ratios observés. Cependant, la date de référence (date de survenue des premiers symptôme chez les cas) utilisée dans létude, na pas encore pu être validée compte tenu des délais daccès aux dossiers.
Comparaison du nombre de cas observés au nombre de cas attendus
(Annie Fourrier, Service de pharmacologie, Bordeaux)Cette étude, réalisée par A. Fourrier (Service de pharmacologie, Bordeaux), A. Alpérovitch (unité INSERM 360), B. Bégaud et J.L. Imbs (services de pharmacologie de Bordeaux et de Strasbourg), a comparé :
- le nombre de cas notifiés :
- sans antécédents pouvant faire évoquer un premier épisode de démyélinisation
- notifiés entre le 1er janvier 1994 et le 31 décembre 1996 au système de pharmacovigilance (Centres régionaux et laboratoires)
- âgés de 20 à 44 ans
- ayant présenté un premier épisode de de sclérose en plaques, de névrite optique , de papillite ou de myélite dans un délai maximal de 60 jours après une injection de vaccin contre l'hépatite B,
- et le nombre de cas attendus en fonction de 3 hypothèses dincidence, et de lestimation du nombre de personnes vaccinées dans la tranche dâge 20-44 ans fournie par le panel DOREMA (21 551 763 doses permettent destimer que 3 304 603 hommes et 3 879 317 femmes ont été vaccinés dans les années 1994, 1995 et 1996).
Les résultats mènent à comparer leffectif observé de 23 cas chez les hommes à un effectif attendu supérieur mais proche compris entre 23.46 et 31.06 selon les hypothèses dincidence, tandis que chez la femme leffectif observé égal à 60 est à comparer à un effectif attendu compris entre 55.47 et 72.93.
Cette étude n'a pas permis de mettre en évidence une augmentation significative du nombre de cas dans cette population vaccinée.
Cependant les effectifs observés sont proches des effectifs attendus et il faut prendre en compte pour linterprétation de ces résultats le fait que la notification spontanée est entachée d'une sous notification inévitable dont il faut tenir compte ici. Peu de cas supplémentaires seraient, en effet, nécessaires pour qu'un excès statistiquement significatif apparaisse. Une multiplication du nombre de cas par 2 chez les hommes et 1.5 chez les femmes suffirait pour atteindre le seuil de signification. L'approche capture-recapture réalisée par D. Costagliola suggère que le taux de notification au système de pharmacovigilance est compatible avec l'existence de ces cas supplémentaires.
Etude Capture-recapture
(D. Costagliola, Agence du Médicament, INSERM SC4)Cette étude a combiné les données du système national de pharmacovigilance et celles fournies par lassociation REVAHB pour tenter destimer le nombre total de cas possibles ainsi que la proportion des cas notifiés au système de pharmacovigilance.
Ce type danalyse peut être considéré comme valide sous les conditions suivantes :
- les cas sont de vrais cas,
- lensemble des doublons entre les 2 sources a été identifié, sans erreur,
- les sources sont indépendantes, cest-à-dire que la probabilité quun cas soit notifié à une source ne dépend pas du fait de lavoir déjà été à lautre.
Ainsi, jusquau 31/03/98, 236 observations datteinte démyélinisante ont été notifiées au système de pharmacovigilance, 16 cas ont été rapportés à la fois à lassociation REVAHB et au système de pharmacovigilance et 71 cas ont été rapportés uniquement à lassociation REVAHB.
En tenant compte de ces données, létude a permis destimer un nombre total de cas compris entre 535 (IC 95 % = [361 ; 708]) et 1309 (IC 95 % = [784 ; 1834]) et un taux de notification au système de pharmacovigilance compris entre 19.3 % (IC 95 % = [11.0 % ; 27.5 %]) et 47.1 % (IC 95 % = [30.6 % ; 63.7 %]), soit un facteur de sous notification compris entre 2 et 5.
Ces résultats prennent en compte lincertitude sur la proportion finale de cas qui sera finalement validée parmi les 71 cas rapportés par lassociation REVAHB, pour lesquels on dispose de données. Cependant, la nature et lintensité de léventuelle dépendance entre les 2 sources na pas pu être étudiée.