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Les femmes victimes de violences conjugales, le rôle des professionnels de santé |
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LES AGRESSEURS
Certes, l'homme violent "est simplement un homme qui veut que ses proches se conforment et obéissent à ses désirs" (Welzer-Lang, 1992) et peut appartenir à toutes les classes sociales. Il n'en reste pas moins que certains hommes ont plus tendance à être violents que d'autres. Il est étonnant, à ce propos, de constater à quel point on manque de renseignements sur les agresseurs et les raisons de leur comportement.
On sait cependant que sont plus enclins à la violence :
- les hommes autoritaires, investis de fonctions de commandement, de responsabilité, volontiers psychorigides, ou encore des hommes impulsifs capables d'actes agressifs irrationnels, ou encore des hommes à la personnalité perturbée ayant une piètre estime d'eux-mêmes et besoin de compensations narcissiques.
- les hommes victimes de violences ou d'abus sexuels dans leur enfance qui reproduisent à l'âge adulte ce qu'ils ont subi.
- les psychopathes, paranoïaques et autres pervers dont on ignore la proportion, mais qui représenteraient 15 à 25 % des hommes violents (Alain Legrand, président de l'association de lutte contre les violences).
- les migrants qui arrivent de pays où les coutumes sont différentes et où les femmes ne bénéficient pas du même statut que dans les pays européens.
- surtout les alcooliques (85 à 95 % des cas dans toutes les statistiques). La consommation d'alcool facilite les agressions, les passages à l'acte, par désinhibition selon l'adage freudien du "surmoi soluble dans l'alcool", entraînant une diminution de l'autocritique ou une exagération du sentiment de pouvoir. Il agit souvent comme révélateur. Mais on ne possède que peu de données épidémiologiques. Par exemple, dans une excellente mise au point de Claudine Perez-Diaz, chargée de recherche au CNRS-CESAMES (Centre de Recherche psychotropes, santé mentale, société), sur "Alcool et délinquance, état des lieux" datant de décembre 2000, les violences conjugales ne sont pas individualisées en tant que telles dans la liste des actes délictuels commis sous l'influence d'une alcoolisation chronique ou aigüe, alors que les mauvais traitements à enfants et les viols le sont. Elle cite quelques auteurs dont Murdoch et coll. (1990) pour lesquels "la violence conjugale serait spécifiquement liée à l'alcool indépendamment d'autres problèmes du couple. Une vive discussion, générée par la victime ou l'agresseur, précède généralement l'acte violent qui est souvent précipité par l'intoxiqué".Parfois, l'alcoolisme est partagé. Parfois aussi, il est à l'origine de tentatives d'homicide de la part de l'alcoolique ou de tentatives dirigées contre l'alcoolique, "commises par les membres de la famille qui, excédés par la fréquence des menaces et des coups, se trouvant en état de légitime défense ou désirant mettre fin à une vie de plus en plus intolérable, tuent l'alcoolique pour protéger les membres de la famille menacée, ou par haine personnelle de l'ivrogne" (Mosès, 1984). Enfin, l'alcool est souvent présenté comme un alibi ou une excuse par le conjoint violent.
En fait, la discussion est toujours ouverte pour savoir si les violences à répétition sont la conséquence d'une consommation chronique d'alcool ou l'association d'un trouble de la personnalité et d'une alcoolodépendance.
Récemment est apparu en France le problème désormais bien connu de la consommation de médicaments psychotropes et des polyconsommations de produits psychoactifs aboutissant à de redoutables mélanges pouvant favoriser la violence.
Quelle que soit la personnalité de l'agresseur, certains facteurs sont reconnus comme déclenchants : la jalousie, la séparation, le divorce, la mise au chomage récente du partenaire, la précarité, la grossesse, la naissance d'un enfant.
Dans l'enquête de Chambonet et coll., les causes de violences conjugales repérées par les médecins et souvent associées étaient : l'alcoolisme dans 93 % des cas, le conjoint connu comme violent dans 57 %, la précarité dans 52 %, le milieu défavorisé 48 %, la volonté de contrôle par le mari, 32 %, la provocation de la femme et la différence de milieu culturel dans 13 %.