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Les femmes victimes de violences conjugales, le rôle des professionnels de santé |
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Annexe 1 : CAS CLINIQUES
OBSERVATION 1 :
Catherine, 35 ans, secrétaire, mariée, mère de deux enfants âgés de 4 et 8 ans, est conduite aux urgences par les pompiers à la suite dune chute dans les escaliers, survenue à 19h.
A larrivée, on constate un traumatisme facial avec plaie du cuir chevelu nécessitant 4 points de suture et un hématome en lunettes faisant suspecter une fracture du plancher de lorbite. Lexistence dune perte de connaissance minime conduit à proposer lhospitalisation pour surveillance du traumatisme crânien pendant 24 heures. Le bilan radiologique, notamment le scanner, confirme la fracture du plancher de lorbite ; il ny a pas de complication neuro-chirurgicale.
A son arrivée, le personnel infirmier constate que la patiente est dépressive, pleure, sinquiète pour ses enfants qui sont au domicile. Larrivée de son mari engendre une crise dangoisse. Lécoute infirmière et médicale confirment quelle a été poussée par son conjoint dans les escaliers. Le dialogue, dans une relation de confiance, à lécart dans un box dexamen, au calme, révèle la notion de violences conjugales depuis plusieurs années, survenues à la suite de laccouchement du second enfant.
Le mari se présente à laccueil, demande à rejoindre son épouse, puis interpelle violemment le personnel qui na pas répondu immédiatement à son injonction.
L'angoisse et la crise de panique que la situation engendre chez la patiente conduisent le médecin à l'hospitaliser pour observation pendant 24 heures. Il nétait pas possible à ce stade de discuter et denvisager une procédure de plainte au commissariat. La décision a donc été prise avec son accord et intervention de ladministrateur de garde dune hospitalisation sous X pour soustraire la patiente à cette situation de crise et de domination violente.
Le lendemain matin, la patiente souhaite regagner son domicile. Elle bénéficie dun arrêt de travail dune semaine. Un certificat médical prévoyant une ITT de 15 jours avec un nouvel avis médico-judiciaire à ce terme est établi. Il est proposé de faire lenregistrement dune main courante ou dun dépôt de plainte. Mais la patiente ne souhaite pas déposer plainte car elle veut avant tout préserver lexistence dune cellule familiale pour ses enfants. Une liaison avec une association a été instaurée à la sortie ainsi quun bilan avec lassistante sociale en parallèle avec le suivi de la lésion maxillo-faciale. Un entretien avec le mari le lendemain se passe dans une situation plus calme et révèle une alcoolisation chronique sévère justifiant un suivi.
Commentaires :
Le médecin, dans la situation dassistance à personne en danger, peut engager une procédure dhospitalisation pour instaurer une phase de repos et soustraire la femme aux violences. Lhospitalisation sous X peut être utile pour préserver lessentiel lorsque la gravité des faits et la violence font craindre une menace immédiate.
La présence des enfants met la femme dans une situation difficile pour franchir le pas et porter plainte. Une enquête sociale est indispensable pour vérifier quil ny a pas une maltraitance associée des enfants.
Le médecin a lobligation de constituer un dossier médical complet, qui pourra être très utile ultérieurement et servir de témoignage lors dune éventuelle procédure judiciaire.
OBSERVATION N° 2 :
Muriel, 41 ans, se présente à laccueil des urgences pour une demande de certificat médical dans le cadre de coups et blessures volontaires, un samedi à 23h. Elle est venue par ses propres moyens. Elle ne présente pas de traces évidentes de traumatismes.
La patiente sest présentée au commissariat, qui a refusé denregistrer une plainte et la orientée vers lhôpital pour quun certificat médical soit établi afin dattester préalablement de lexistence de coups et blessures. Ce nest qu'avec ce certificat que les policiers décideront denregistrer une plainte.
Lexamen somatique ne révèle aucune trace de traumatismes, hormis un minime hématome de lépaule gauche. Linterrogatoire retrouve des antécédents de violence conjugale depuis deux ans, avec une aggravation récente au cours des derniers jours. Cette violence se manifeste par des insultes, une contrainte forte dans la vie quotidienne. La patiente, qui vit au domicile conjugal avec trois enfants de 10, 14 et 17 ans, ne dispose daucune ressource personnelle. L'examen clinique note un alcoolisme chronique (absorption de 80 g dalcool/jour). On constate un syndrome dépressif, une situation de panique et des pleurs à lévocation des violentes disputes conjugales. Elle ne dispose daucun soutien dans son environnement lui permettant d'envisager une alternative de vie. Deux ans plus tôt, un certificat médical faisant mention d'hématomes multiples a été établi avec une ITT de 5 jours. Le retentissement semble essentiellement être psychologique. Une consultation est proposée à la patiente 24h plus tard, sans avoir la certitude quelle puisse sy présenter.
Commentaires :
Lorsque les violences conjugales sont psychologiques, lévaluation est difficile et parfois complexe et nécessite un avis psychiatrique. Lalcoolisation et le syndrome dépressif peuvent être secondaires à des violences conjugales. Le médecin doit établir un certificat médical en notant les dires de la patiente et ses constatations cliniques. Ce certificat doit être fait par un docteur en médecine, possédant une expérience. La formation de médecin urgentiste nest pas actuellement adaptée.
Cette observation illustre deux faits : il est anormal que le commissariat nait pas enregistré la plainte ou une main courante ; la sensibilisation des personnels infirmiers et médecins des urgences est indispensable pour assurer le bon repérage de ce type de patientes, prendre une décision et surtout orienter la femme vers une association d'aide aux victimes.
OBSERVATION N° 3 :
Jeanne, 52 ans, est hospitalisée pour tentative de suicide, associant la prise de différents médicaments et d'alcool. Le bilan à la 24ème heure montre lexistence dun syndrome dépressif évoluant depuis 3 ou 4 ans. Cest sa troisième tentative de suicide. Le psychiatre pendant son entretien engage une relation de confiance avec la patiente, qui le conduit à découvrir au bout de 45 minutes dentretien, lexistence de violences conjugales. Des hématomes sont constatés au niveau du dos et des cuisses, témoignant de violences datant de 5 ou 6 jours. Il ny a pas dargument pour un traumatisme plus sévère. La patiente a perdu son travail depuis trois mois et se trouve confrontée à une recrudescence des violences. Les trois épisodes de tentatives de suicide semblent toujours liés à une recrudescence des violences. La femme ne souhaite pas être maintenue en hospitalisation et désire regagner son domicile. Elle ne veut pas porter plainte, ni même recevoir de certificat descriptif. Elle sort contre avis médical, sans soutien organisé.
Commentaires :
La récidive de tentative de suicide constitue une situation à risque et doit inciter le médecin à faire le diagnostic et porter assistance. Lhospitalisation aurait peut-être permis une mise à lécart ; elle est refusée par la patiente et il ne peut être question de lhospitaliser sous contrainte. La proposition dassistance par une association, voire un relais par un médecin traitant, sont essentiels pour essayer daccompagner au plus proche du domicile les femmes victimes de violences conjugales qui refusent toute autre solution. La procédure na pas été mise en route faute dune bonne articulation entre les différentes acteurs oeuvrant sur le terrain
Annexe 2 : Deux modèles de certificats médicaux(28 Ko)