Risque lié aux faibles concentrations
en fibres d'amiante
La survenue de lésions dans des groupes exposés
à de faibles concentrations de fibres d’amiante dans
l’air inhalé (expositions environnementales dans des
locaux contenant de l’amiante et expositions urbaines).
Les constatations épidémiologiques
générales :
Deux types d’études ont été
proposés pour tenter de répondre au questionnement
sur le risque environnemental, les unes fondées sur l’épidémiologie
des mésothéliomes chez la femme, les autres sur des
comparaisons entre des groupes exposés et non exposés.
Les professions exposant au risque amiante étant
principalement masculines, il était tentant d’analyser
l’évolution du mésothéliome chez la femme
en imputant ces tumeurs à une contamination environnementale.
Le poids du mésothéliome professionnnel est tel que
malgré la faible exposition des femmes à ce risque,
il introduit un facteur de confusion qui n’autorise pas une
interprétation globale de l’incidence du mésothéliome
chez la femme. Sur ce point, la conclusion du rapport de l’Inserm
est que (p.167) « L’analyse de l’évolution
de l’incidence du mésothéliome chez les femmes
des pays industrialisés ne permet en aucune façon
de distinguer une éventuelle composante environnementale
passive intra-murale et urbaine. Il apparaît, comme pour les
hommes, que la composante professionnelle et para-professionnelle
représente un tel poids qu’un éventuel surcroît
de cas imputables aux expositions passives intra-murales et urbaines
est totalement indiscernable dans l’évolution de l’incidence
du mésothéliome. Ceci ne signifie aucunement qu’un
tel surcroît n’existe pas ».
La seconde méthode consiste à comparer
des groupes de personnes exposées et non exposées
à des risques de contamination environnementale, par exemple
le travail dans des locaux contenant de l’amiante pour leur
isolation ou leur protection contre l’incendie. Le nombre
très limité d’études utilisant une méthodologie
acceptable (présence d’un groupe témoin, élimination
par une étude approfondie des risques de contamination de
type professionnel liés à une intervention directe
sur l’amiante) ne permet pas actuellement d’utiliser
les données disponibles dans la littérature pour affirmer
l’absence de risque ou son existence. Le rapport de l’Inserm
(p.145) analyse ces données et conclut que « On
doit considérer qu’on ne dispose à l’heure
actuelle d’aucune donnée épidémiologique
directe solide permettant de porter un jugement sur les effets sur
la santé associés aux expositions environnementales
passives intra-murales et urbaines ».
Une situation très particulière a
été utilisée pour tenter d’évaluer
une forme de risque environnemental, celui des populations vivant
à proximité d’une exploitation industrielle
de l’amiante (carrières ou industries utilisant l’amiante,
par exemple pour la production de fibro-ciments). L’étude
qui semble la mieux documentée est celle de la population
féminine des deux principales villes minières du Canada
où l’amiante est extrait : Asbestos et Thetford. La
reconstitution du niveau de surrisque auquel les populations de
ces agglomérations ont été exposées
(concentration moyenne et durée) indique des valeurs plus
élevées pour Thetford que pour Asbestos, du fait principalement
du développement de mesures de protection de l’environnement
sur ce dernier site qui ont divisé par un facteur supérieur
à 10 le taux de fibres dès le début de la décennie
cinquante. Les valeurs retenues sont 40 000 f/l x années
pour Asbestos et 87 000 pour Thetford, auxquelles il conviendrait
d’ajouter des expositions para-professionnelles et domestiques
qui se cumulent avec l’exposition environnementale. Les résultats
actuellement disponibles (c’est une étude qui n’est
pas totalement achevée) indiquent une absence d’accroissement
du risque pour les cancers du poumon (mais les femmes de ces régions
seraient légèrement moins fumeuses que celles du reste
du Québec) et un surrisque pour le mésothéliome.
Les six mésothéliomes observés l’ont
été à Thetford où la roche exploitée
contient de la trémolite, aucun cas n’ayant été
observé à Asbestos où la chrysotile n’est
pas contaminée par des amphiboles.
Les évaluations du risque potentiel
auquel sont exposées les personnes occupant des locaux contenant
de l’amiante ou vivant dans des zones où l’air
contient de faibles concentrations en fibres d’amiante.
Faute de disposer d’évaluations fondées
sur des études de groupes humains exposés au risque
envisagé, les seules ressources consistent à formuler
des hypothèses, puis à se déterminer en fonction
du crédit que l’on accorde à ces hypothèses.
Si l’on exclut la possibilité d’établir
à court terme une évaluation épidémiologique
de ce risque, deux attitudes sont possibles. La première
consiste à indiquer que l’on ne sait pas et qu’il
est impossible de se déterminer en l’absence de connaissances.
La seconde tentera d’évaluer le risque à partir
des données disponibles dans des conditions différentes
en faisant l’hypothèse que les extrapolations du risque
aux faibles doses sont plus probables que l’acceptation d’un
seuil au dessous duquel aucun accroissement du risque ne serait
observé.
La problématique devient alors la suivante
(rapport Inserm p.231) :
S’il n’est pas possible d’estimer
de façon directe et certaine les risques de cancer du poumon
et de mésothéliome correspondant aux expositions à
l’amiante inférieures ou égales à 1 f/ml
(1 000 f/l), il n’en reste pas moins nécessaire de
limiter ces expositions à des niveaux tels que les risques
correspondants soient considérés comme « tolérables
». De ce point de vue, différentes approches sont envisageables
qui correspondent chacune à des estimations indirectes et
incertaines des risques existant aux expositions inférieures
ou égales à 1 f/ml.
Ces approches sont les suivantes :
- postuler qu’il existe un seuil d’innocuité
et le fixer au niveau des valeurs les plus basses qui ont provoqué
un accroissement mesurable du risque (1 000 f/l). Cette approche
semble très imprudente aux auteurs du rapport de l’Inserm.
- diviser successivement deux fois par 10 la plus
petite intensité d’exposition ayant permis de mettre
en évidence un risque de cancer statistiquement significatif
(seuil au plus égal à 10 f/l). Une telle procédure
est fréquemment utilisée en toxicologie.
- considérer la moindre exposition comme
intolérable et bannir toute utilisation de l’amiante
(c’est finalement le choix qui a été fait en
France en 1996, mais il ne résout pas le problème
de l’amiante existant),
- accepter l’extrapolation pour les
faibles niveaux d’exposition comme « l’estimation
incertaine la plus plausible dans l’état actuel des
connaissances ». C’est cette technique qui a été
retenue par le groupe d’expertise collective de l’Inserm.
Pour une exposition de 10 000 hommes à 100 fibres par litre
pendant 40 ans à partir de l’âge de 20 ans, le
nombre supplémentaire estimé de décès
par cancer du poumon est proche de 20, celui des mésothéliomes
de 10.