Risque lié aux fortes concentrations en
fibres d'amiante
La survenue de lésions dans des groupes exposés
à de fortes concentrations de fibres d’amiante dans
l’air inhalé.
Le lien statistique entre l’exposition à
l’amiante et la survenue de certaines formes de cancers a
été suggéré par l’observation
d’une incidence plus élevée de ces cancers chez
les travailleurs de l’amiante que dans la population générale.
La preuve qu’il s’agissait d’une relation de causalité
a été apportée par l’étude de
groupes de travailleurs exposés à des concentrations
variables de fibres d’amiante, mettant en évidence
une relation entre la quantité de fibres inhalées
(dépendant de la concentration en fibres et de la durée
d’exposition) et l’incidence des tumeurs. Une forte
corrélation entre deux événements peut s’expliquer
par un troisième facteur commun et méconnu, mais une
relation dose-effet est un argument très fort pour accepter
un lien de causalité, en particulier quand de nombreuses
études produisent des résultats concordants et qu’aucun
autre facteur lui-même lié quantitativement aux deux
événements étudiés n’a pu être
mis en évidence.
Les constatations épidémiologiques
générales :
- alors que les mésothéliomes pleuraux
étaient des tumeurs rares dans la première moitié
de ce siècle, (1 à 2 cas annuels par million d’habitants),
leur incidence subit une croissance régulière de 5
à 10% par an dans tous les pays industrialisés. Elle
est parallèle au développement de la consommation
d’amiante dans ces pays avec un décalage d’environ
35 années correspondant au temps moyen qui s’écoule
entre le début de l’exposition et la révélation
de la tumeur. Initialement observées principalement dans
les métiers de l’extraction et du conditionnement de
l’amiante ou comportant une exposition pratiquement permanente
comme dans certains postes de la construction navale ou des métiers
de calorifugeurs, ces tumeurs sont ensuite apparues dans une population
beaucoup plus large, à mesure que l’emploi de l’amiante
s’étendait à de multiples secteurs, avec des
expositions habituellement plus faibles et intermittentes (métiers
du bâtiment, électriciens, carrossiers, chauffagistes,
laborantins, garagistes, bijoutiers, prothésistes dentaires
etc.).
- les cancers broncho-pulmonaires sont plus fréquents
chez les travailleurs de l’amiante. Ce lien est plus difficile
à affirmer que pour les tumeurs primitives de la plèvre
car les cancers broncho-pulmonaires peuvent être provoqués
par de nombreuses substances cancérogènes inhalées,
en particulier celles de la fumée du tabac. Il est cependant
possible de calculer une fraction attribuable à l’amiante
en comparant l’incidence de ces cancers chez des individus
exposés à l’amiante ou non exposés, suivant
qu’ils sont fumeurs ou non fumeurs. Les estimations varient
suivant les études, mais elles confirment toutes l’existence
d’un surrisque de développer ces types de cancers si
l’on a subi une exposition professionnelle à l’amiante.
- les cancers de la plèvre ou broncho-pulmonaires
observés dans des régions où affleurent des
couches géologiques contenant de l’amiante. Indépendamment
de toute exploitation industrielle, la présence en surface
de roches contenant de l’amiante est responsable d’une
inhalation de fibres par la population qui habite la zone concernée.
Un accroissement de l’incidence des mésothéliomes
a été documenté dans plusieurs zones géographiques
ayant ces caractéristiques. Le risque est fréquemment
accru par un usage traditionnel de la roche concernée pour
enduire les murs des habitations. Les principales publications concernent
la Turquie, la Grèce, Chypre, la Corse et la Nouvelle Calédonie.
L’incidence peut être très élevée,
les mésothéliomes représenteraient 50% des
causes de décès dans le village turc de Karain (800
cas par 100000 habitants et par an). A Metsovo en Grèce,
l’incidence est évaluée à 28/100000/an,
à 10/100000/an dans une zone du nord-est de la Corse. Il
est difficile de quantifier l’exposition dans un tel contexte,
car les variations topographiques et temporelles peuvent être
très importantes. Frotter un mur enduit de chrysotile peut
élever à plus de mille fibres par litre le niveau
de contamination de l’air, le passage d’un véhicule
sur un chemin non revêtu provoquera également un pic
de concentration élevée en fibres. Ces faits peuvent
être utilisés pour prouver la réalité
d’un risque extra-professionnel « naturel », ils
ne peuvent contribuer sérieusement à la détermination
des risques liés à de faibles niveaux de contamination
de l’air par des fibres d’amiante.
Les études de la relation dose cumulée-effet
dans le domaine des cancers attribuables à
l’amiante :
Près de cinquante études ont fondé
l’évaluation de l’accroissement du risque de
cancer du poumon chez les travailleurs exposés à l’amiante.
Un nombre plus réduit de cohortes professionnelles (une quinzaine)
permet de quantifier le risque en fonction de la concentration en
fibres d’amiante (allant de 2 000 à 250 000 f/l) et
de la durée d’exposition. Le risque apparaît
linéaire dans ces conditions d’exposition. En moyenne,
le risque relatif s’accroît d’environ 1% par année
pour 1 000 f/l dans l’air respiré (40 heures par semaine
et 48 semaines par an). L’exposition se calcule en f/l x années.
Il faut reconnaître que cette moyenne est le résultat
d’une synthèse entre des études dont les résultats
sont parfois très divergents (dans des proportions dépassant
le rapport 100), mais il est difficile d’apprécier
les niveaux d’exposition et il est acceptable d’éliminer
les résultats les plus divergents des constats effectués
dans la majorité des études. Les différents
types de traitements industriels de l’amiante jouent manifestement
un rôle dans ces variations du risque, les travailleurs de
l’amiante textile semblent avoir été les plus
exposés, puis ceux de l’amiante ciment ou des produits
isolants, enfin les ouvriers travaillant dans les mines ou produisant
des produits de friction. Dans un objectif de santé publique
visant la protection des travailleurs, les incertitudes de ces évaluations
n’ont pas une grande importance. Qu’un travailleur qui
a été exposé pendant sa vie professionnelle
à plusieurs milliers de fibres par litre d’air ait
50%, 100% ou 200% d’augmentation du risque de développer
un cancer du poumon ne change pas les conclusions qui ont été
tirées de l’observation de la situation. L’amiante
est un produit cancérogène qui a exposé les
travailleurs qui le manipulaient à des risques très
élevés. Du fait de la plus grande rareté du
mésothéliome, les études permettant d’évaluer
une relation entre concentrations inhalées, durée
d’exposition et risque de développer une tumeur, sont
plus difficiles à conduire. 20 ans est une durée minimale
pour la surveillance d’un groupe exposé au risque.
Le risque de mésothéliome étant faible dans
la population non exposée, à la différence
de ce qui est observé pour le cancer du poumon dont la grande
majorité des cas est attribuable au tabagisme, la relation
entre l’amiante et le risque de tumeur n’est pas exprimée
comme une variation du risque relatif mais comme une estimation
absolue de l’excès de taux de mortalité. Si
l’on se restreint aux cohortes dans lesquelles ont été
observés au moins dix cas de mésothéliomes,
l’évaluation produite dans le rapport de l’Inserm
de cet excès de taux de mortalité est égale
à :
(Km) x (f) x {(t - t0)b - (t - t0-d)b
t est le nombre d’années écoulées
depuis le début de l’exposition, d la durée
de l’exposition, f le niveau d’exposition au risque
exprimé en fibres par millilitre, t0 est la durée
depuis la fin de l’exposition. Pour ajuster ce modèle
aux cohortes étudiées l’exposant b est égal
à 3, et le coefficient Km est de 1 x 10-8 pour l’exposition
à la chrysotile, 1,5 pour une exposition mixte chrysotile
+ amosite et 3 pour l’amosite seule.