Le perfectionnement progressif des méthodes
de mesure rend difficiles les comparaisons entre des périodes
éloignées, d’autre part plusieurs méthodes,
différentes par leur principes, ont été mises
en oeuvre et l’on ne peut passer de l’une à l’autre
par une simple multiplication utilisant un facteur de conversion.
Dans certains cas il faut refuser d’utiliser un tel facteur
et se limiter aux comparaisons entre mesures faites avec la même
méthode, dans d’autres cas la comparaison est possible
en étant conscient de l’ordre de grandeur de la marge
d’erreur.
Les expressions en poids et en concentration de
fibres par unité de volume :
L’expression de la quantité d’amiante
dans l’air a longtemps été exprimée en
France en nanogrammes par mètre cube d’air (ng/m3).
La comparaison avec le nombre de particules ne peut être précise
car la taille des particules et leur densité varient suivant
le type d’amiante. P.Besson et coll. (2) proposent une conversion
fondée sur la longueur moyenne des particules supérieures
à 5m m et les densités respectives de 3,5 et 2,5 pour
l’amosite et le chrysotile. 1 f/l correspond alors à
3,39 ng/m3 pour l’amosite et 0,73 ng/m3 pour le chrysotile.
Les conversions utilisent fréquemment une valeur moyenne
ne tenant pas compte du type de fibre, la concentration de 25 f/l
étant considérée comme équivalent à
50 ng/m3.
L’expression de la quantité d’amiante
dans l’air en nombre de fibres par unité de volume
est celle qui est actuellement retenue. Du fait de l’évolution
de la prise de conscience du risque lié à l’amiante
et de l’apparition de textes concernant les expositions extra-professionnelles
dans des locaux contenant souvent mille ou dix mille fois moins
de fibres que dans un milieu professionnel, l’expression du
taux de fibres a été rapportée au litre d’air
(f/l) et non au millilitre (f/ml). Il faut remarquer que les textes
officiels utilisent un taux par millilitre pour les mesures en milieu
professionnel et en litre pour les mesures concernant le risque
environnemental (hors des habitations ou dans des locaux contenant
de l’amiante dans un but d’isolation thermique ou phonique,
de protection contre l’incendie (flocage). Ces habitudes ont
des fondements qui ne sont pas seulement historiques, elles sont
également liées aux méthodes de mesure utilisées.
Elles introduisent cependant un facteur de confusion car un système
d'unité est indépendant d'une méthode de mesure.
En outre certains auteurs utilisent l'abréviation F/l ou
f/ml pour marquer la différence entre les volumes pris pour
référence. Il est préférable d'avoir
une seule expression de l'abréviation d'une concentration
et de faire suivre le résultat d'une indication sur la méthode
de mesure utilisée. Pour éviter cette confusion, les
textes produits pour ce rapport utiliseront préférentiellement
la concentration d’amiante en fibres par litre (abréviation
: f/l), en précisant par les abréviations MOP, MOCP,
MEB, MET si la mesure est effectuée par la microscopie optique
avec polarisation, la microscopie optique avec contraste de phase,
la microscopie électronique par balayage, ou la microscopie
électronique par transmission. Cette précaution ne
sera pas appliquée aux textes réglementaires ou aux
citations car le respect de la forme s'impose dans ce contexte.
Plusieurs méthodes de mesure des fibres d’amiante
exprimant les résultats en fibres par unité de volume
ont été utilisées. Elles ont des coûts
différents et produisent des résultats qui ne sont
pas directement comparables. Leurs avantages et leurs inconvénients
doivent être connus.
- le microscope optique permet d’observer
les fibres recueillies par pompage et filtration sur une membrane
en particulier par l’examen en lumière polarisée
ou mieux en contraste de phase (MOCP). Son inconvénient est
de ne pas différencier les fibres d’amiante des autres
fibres, minérales ou organiques. Son faible coût et
la rapidité d’obtention des résultats permettent
de l’utiliser pour une surveillance régulière
de l’état d’empoussièrement de locaux
professionnels. Si des mesures plus spécifiques ont montré
que la proportion de fibres d’amiante est stable dans cet
environnement, la MOCP permettra de dépister un pic de pollution.
Il faut cependant être conscient des limites d’une telle
méthode.
- le microscope électronique à transmission
est la méthode de référence, elle est plus
chère et plus longue à mettre en oeuvre que la MOCP
mais sa résolution lui permet d’observer les fibres
d’amiante les plus fines et elle peut être couplée
à des méthodes d’analyse physiques-chimiques
(cristallographie par diffraction et spectrométrie dispersive
en énergie des rayons X) qui préciseront la variété
et l’espèce de fibre d’amiante observée.
Une norme AFNOR (X 43 050) spécifie la nature des fibres
comptées qui doivent avoir un diamètre inférieur
à 3 m m et une longueur égale ou supérieure
à 5 mm, le rapport longueur sur largeur étant supérieur
à 3. Deux modes de collecte pour l’observation sont
utilisables, la méthode directe examine directement les filtres
après traitement de ces derniers, la méthode indirecte
disperse les fibres recueillies sur le filtre dans un liquide et
les redépose sur une autre membrane, ce qui autorise la collecte
pendant une période plus longue, la dilution dans le liquide
intermédiaire permettant de maintenir une densité
de fibres sur les préparations observées compatible
avec le comptage.
- le microscope électronique à balayage
examine la forme et la surface des fibres. D’usage plus facile
que le microscope à transmission où les électrons
traversent l’échantillon observé, il ne permet
pas de reconnaître directement la nature des fibres observées
et des méthodes complémentaires sont indispensables
pour effectuer la discrimination avec des fibres organiques ou des
fibres constituées d’autres minéraux que l’amiante.
Il s’agit d’analyse chimique qui n’assure pas
une identification spécifique comme le fait la cristallographie
couplée au microscope électronique à transmission.
- les appareils de mesure de l’empoussièrement
fondés sur l’exploration d’un échantillon
par un rayon laser. Ils ont les mêmes limites que la microscopie
optique.Ils permettent un contrôle relativement continu et
bon marché de l’empoussièrement et sont utiles
pour dépister des pics de pollution sur un site utilisant
industriellement de l’amiante. Ces appareils ne distinguent
pas les différents types de fibres. Ils doivent donc être
utilisés en complément des mesures plus spécifiques
pour documenter les variations temporelles de l’empoussièrement
en fonction du contexte (activité des occupants, taux d’occupation,
travaux temporaires etc.).