| Observatoire des pratiques de lévaluation des risques sanitaires dans les études dimpact |
6 - Dossier Questions / Réponses et avis du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France
Dossier Questions / Réponses
Question 4 : Dans un dossier, l'évaluation des risques examine les effets de l'acroléine par inhalation. Deux VTR sont présentées :
- 0,4 µg/m3 Health Canada
- 0,02 µg/m3 US EPA
Le pétitionnaire retient la valeur du Canada, plus avantageuse, en avançant plusieurs raisons:
- facteur d'incertitude de 10 appliqué par l'US EPA car il considère les données insuffisantes sur les effets chroniques. Ce point nest pas retenu par Santé Canada car il ny a pas d éléments montrant que la sévérité des effets critiques augmenteraient avec la durée d'exposition,
- prise en compte détudes plus récentes par Health Canada,
L'étude aboutit à un quotient de danger de 0,1 avec la valeur de Santé Canada. Ce quotient de danger serait de 2 avec la valeur de l'US EPA.
Les justifications apportées par le pétitionnaire sont-elles acceptables ?
Réponse proposée (juin 2002) : Les deux VTR pour lesquels il faut établir un choix sont :
- 0,4 µg/m3 : concentration admissible pour Health Canada
- 0,02 µg/m3 : concentration de référence pour lUS-EPA.
Valeur de Health Canada : Elle a été déterminée à partir de létude de Cassee et al., 1996, étude par inhalation à court terme chez le rat.
Caractéristiques de létude :
- rats Wistar mâles
- nombre danimaux limité (5-6 exposés / 19 témoins)
- nombre de dose = 3 (0.25, 0.67 et 1.40 ppm)
- inhalation dacroléine pendant 3 jours : 6 heures / jour
- analyse histopathologique (portions inférieure et supérieure des voies respiratoires)
- détermination dune concentration de référence (CR05 ou concentration associée à une hausse de 5% de la fréquence des lésions dans lépithélium nasal ; équivalent à une LOAEL) égale à 0,14 mg/m3 : à cette concentration, il a été observé une dégénérescence, une nécrose, un épaississement et une desquamation de lépithélium respiratoire.
- Facteurs dincertitude de 100 :
- 10 pour la variation inter spécifique
- 10 pour la variation intra spécifique
Un facteur dincertitude supplémentaire de 10 pour le fait quil sagisse dune étude à court terme na pas été jugé utile car il nexiste pas de preuve que la gravité des effets critiques saccroît avec la durée dexposition.
Valeur de lUS-EPA : La dernière révision du rapport date de 1993. La concentration de référence retenue est basée sur létude de Kutzman, 1981, étude subchronique en inhalation chez le rat.
Caractéristiques de létude :
- rats Fischer-344
- nombre danimaux important
- nombre de dose = 3 concentrations + 1 groupe témoin (0.0, 0.4, 1.4, ou 4.0 ppm)
- inhalation dacroléine pendant 13 semaines (62 jours) : 6 heures / jour et 5 jours / 7
- pas danalyse histopathologique
- détermination dune LOAEL égale à 0,917 mg/m3 (0,4 ppm) : à cette concentration, il a été observé une métaplasie squameuse et une infiltration de neutrophiles dans lépithélium respiratoire nasal.
- Facteurs dincertitude de 1000 :
- 10 pour la variation inter espèce
- 10 pour tenir compte des populations sensibles
- 10 pour le manque de données par rapport aux études chroniques.
Choix de la VTR :
- La détermination de la valeur de 0,4 µg/m3 est basée sur une étude plus sensible (des effets on été observés aux concentrations les plus faibles) mais aussi plus récente que celle de Kurtzman de 1981. De plus, cest la seule étude au cours de laquelle des effets histopathologiques ont été examinés au niveau respiratoire.
- En outre, il est vrai que la courte durée de cette étude (3 jours) et le nombre plus limité danimaux serait défavorable à lutilisation de cette étude par rapport à celle de Kurtzman. Toutefois, les changements dégénératifs observés dans lépithélium nasal des rats mâles Wistar nétaient pas différents de ceux observés au cours dessais à long terme réalisés à des concentrations comparables et sur la même lignée de rats.
- Cest ainsi quil na pas été jugé utile dajouter un facteur dincertitude supplémentaire de 10, contrairement à ce quà fait lUS-EPA.
- LUS-EPA na forcément pas pris en compte létude de Cassee datée de 1996 puisque le rapport a été révisé pour la dernière fois en juillet 1993.
- Données humaines par inhalation : La concentration moyenne dacroléine dans latmosphère, à laquelle serait exposée la population générale du Canada a été estimée à 1,7 µg/m3, concentration largement supérieure à la concentration de référence de lUS-EPA (0,02 µg/m3) et se rapproche plus de la valeur choisie par Health Canada. Toutefois, à cause de la nature limitée des données dexposition pour les humains, la caractérisation du risque pour lacroléine est fondée principalement sur des études effectuées sur les animaux.
Ainsi, la valeur de 0,4 µg/m3 retenue par Health Canada paraît tout à fait justifiable. De plus, il faut rappeler que la valeur plus conservatrice de lUS-EPA est basée sur un facteur dincertitude considérable de 1000, et que les doses auxquelles des effets ont été observés (0,14 mg/m3 pour Health Canada et 0,917 mg/m3 pour lUS-EPA) ne sont pas très éloignées. Cest le facteur supplémentaire de 10 pour les effets chroniques, retenu par lUS-EPA, qui entraîne cet écart important entre 0,4 et 0,02 µg/m3.
Réponse en cours de validation par le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France