Grippe saisonnière : prévention
des épidémies et du risque nosocomial
3. Le vaccin
DIRECTION DE L’EVALUATION
DES MEDICAMENTS ET
DES PRODUITS BIOLOGIQUES
Unité de Pharmacovigilance Dossier suivi par : A. JACQUET (3541)
Saint-Denis, le 10 octobre 2003
OBJET : Point actualisé
sur profil de sécurité d’emploi des vaccins
grippaux inactivés.
INTRODUCTION
L’analyse des données de pharmacovigilance à
ce jour disponibles, ainsi que des données de la littérature,
ont permis d’évaluer le profil de sécurité
d’emploi des vaccins grippaux inactivés commercialisés
en France.
STATUT D’ENREGISTREMENT
DES VACCINS GRIPPAUX INACTIVES COMMERCIALISES EN FRANCE
A l’heure actuelle, sur l’ensemble des vaccins grippaux
inactivés disponibles en France, certains sont enregistrés
selon une procédure nationale (Immugrip et Tetagrip1
) et d’autres, selon une procédure européenne
de reconnaissance mutuelle (Fluvirine, Fluarix, Influvac, Mutagrip/Vaxigrip
et Previgrip).
BILAN ACTUALISE DE DONNEES
DE PHARMACOVIGILANCE
Vaccins grippaux inactivés enregistrés selon une procédure
nationale (Immugrip, Tetagrip)
Une interrogation de la base nationale des données de pharmacovigilance
sur ces trois dernières années fait état de
20 cas d’effets indésirables survenus au décours
d’une vaccination anti-grippale. (c.f Tab.1)
Taux de notification selon
le vaccin grippal considéré Nbre cas/ 100 000 doses
Nbre cas graves/ 100 000 doses
3 ans
(2000 à 2002)
3.4
20
6
32
0.4 à 0.8
0.05 à 0.3
Tab.1 – Vaccins grippaux enregistrés
selon une procédure nationale et disponibles en France -
Bilan des données de pharmacovigilance recueillies sur 3
années de commercialisation en France.
Parmi ces 20 cas rapportés, il a été
dénombré cinq observations graves3
d’évolution favorable ayant nécessité
l’hospitalisation du sujet vacciné :
- Syndrome myalgique fébrile (39.9°C)
chez un homme de 80 ans;
- Pemphigoïde bulleuse chez un homme de 74 ans polymédicamenté;
- Purpura associé à un prurit intense chez une femme
de 62 ans;
- Eruption papuleuse généralisée associée
à une fièvre (40°C) chez une femme de 67 ans;
- Purpura vasculaire chez une femme de 80 ans polymédicamenté.
Au vu des données cliniques fournies pour
un cas d’évolution fatale rapporté durant la
période d’étude sur les 20 observations notifiées,
le décès du patient a été jugé
non imputable au vaccin : il s’agit d’une toxidermie
d’aspect lichénoïde diagnostiquée
chez une femme de 83 ans, atteinte d’un lymphome nodulaire.
Elle présentait des antécédents de toxidermie
attribuée à l’adryamycine. Le délai de
survenue est de 11 semaines après la vaccination.
Parmi les 14 observations restantes pour 25 effets
indésirables, y prédominent des réactions attendues
c’est-à-dire déjà mentionnées
dans le Résumé des Caractéristique du Produit
(RCP): réaction fébrile (3), réaction locale
(2), céphalées (2), myalgie (1), arthralgie (1), convulsions
(1), œdème de la face (1), urticaire (1), asthénie
(1), arthralgie (1), vascularite (1), érythème (1)
et adénite (1).
Vaccins grippaux inactivés enregistrés
selon une procédure européenne de reconnaissance mutuelle
(Fluvirine, Fluarix, Influvac, Mutagrip/Vaxigrip et Previgrip)
Dans le cadre du renouvellement quinquennal de l’Autorisation
de Mise sur le Marché (AMM) de tous les vaccins grippaux
inactivés, enregistrés selon une procédure
européenne et commercialisés en France, leur rapport
bénéfice/risque a fait l’objet d’une évaluation
par l’ensemble des Etats Membres. (c.f Tab.2)
Ainsi, durant le dernier semestre 2002, les données de pharmacovigilance
de ces vaccins recueillies par les laboratoires concernés
sur 5 années de commercialisation dans le monde ont été
examinées par les membres du Groupe de Travail de Pharmacovigilance
de l’Agence Européenne (EMEA).
Au total, l’analyse de ces données n’a pas mis
en évidence un signal particulier et montre un profil de
sécurité d’emploi de ces vaccins tout à
fait attendu. Toutes les AMM ont été renouvelées
au vu de leur rapport bénéfice/ risque jugé
satisfaisant.
Période moyenne d’étude
P Nbre de
doses vendues
(millions)
Nbre de cas
Nbre de
cas graves
Nbre d’E.I
Taux de notification selon
le vaccin grippal considéré Nbre cas/ 100 000 doses
Nbre cas graves/ 100 000 doses
5 ans
(04.1997 – 04.2002)
496
3825
1270
9925
0.6 à 1.1
0.1 à 0.3
Tab.2 – Vaccins grippaux enregistrés
selon une procédure européenne et disponibles en France
- Bilan des données de pharmacovigilance recueillies sur
5 années de commercialisation dans le monde.
DONNEES DE LA LITTERATURE
De nombreuses données liées au profil de sécurité
d’emploi des vaccins grippaux inactivés font régulièrement
l’objet d’une publication. Ils concernent généralement
:
- l’analyse globale de leur rapport bénéfice/risque
par le biais des recommandations d’organismes sanitaires tel
que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ou du
CDC (Centers for Disease Control and Prevention);
- des résultats d’études comparatives versus
placebo;
- la vaccination grippale chez l’asthmatique, la femme enceinte
et/ou le sujet allergique aux protéines de l’œuf;
- l’hypersensibilité et thiomersal contenu dans certains
vaccins grippaux;
- la vaccination grippale et syndrome de Guillain-Barré;
- l’interaction des vaccins grippaux avec d’autres vaccins;
- des nouveaux cas de pharmacovigilance.
Réactions locales
[1, 2]
Une douleur ou une inflammation au site d’injection sont fréquemment
rapportées (10 à 64% chez l’adulte). Ces réactions
sont généralement transitoires (1 à 2 jours)
et de faible intensité.
Réactions systémiques
[1, 2]
Fièvre, malaise, myalgie et céphalées sont
les plus fréquentes (1 à 10 %). Généralement,
ces effets indésirables surviennent 6 à 12 heures
après la vaccination et persistent 1 à 2 jours.
Vaccination grippale chez
l’asthmatique [3, 4, 5]
A ce jour, l’exacerbation d’un asthme au décours
d’une vaccination grippale chez des patients à risque
n’est toujours pas démontrée.
Vaccination grippale chez
la femme enceinte [6]
A ce jour, aucune donnée ne permet de démontrer le
potentiel tératogène du vaccin grippal durant le premier
trimestre de grossesse.
Contre-indication de la
vaccination grippale chez le sujet allergique aux protéines
de l’œuf [7, 8, 9, 10, 11]
Les résultats de diverses études publiées démontrent
que le maintien de cette contre-indication chez le sujet à
risque n’est plus justifiée.
Hypersensibilité
et thiomersal contenu dans certains vaccins grippaux inactivés
(Fluarix, Fluvirine et Influvac) [1, 12]
La quantité de thiomersal contenue dans Fluarix (traces),
Fluvirine (traces) et Influvac n’est pas considérée
comme présentant un risque chez les groupes cibles habituels.
Vaccination grippale et
syndrome de Guillain-Barré [1, 2, 13, 14, 15]
Une augmentation de la fréquence de syndrome de Guillain-Barré
a été observée suite à l’utilisation
du vaccin de la grippe porcine (souche A/New Jersey/8/76 –
swine flu), épidémie ayant sévi en 1976 aux
Etats-Unis. Or, ce type d’épidémie n’a
plus été observée depuis. Bien que l’étude
de Lasky et al. ait suggéré une augmentation modérée
du risque de syndrome de Guillain-Barré à la limite
de la signification statistique (p = 0.04) avec les vaccins grippaux
actuellement utilisés (soit 1 cas /million de personnes vaccinées
aux USA), des études confortent plutôt l’absence
d’association causale entre la survenue de cette atteinte
neurologique et la vaccination grippale.
Interaction vaccins grippaux
inactivés/ autres vaccins [16]
A ce jour, l’administration des vaccins grippaux inactivés
en même temps que d’autres vaccins, mais en des sites
différents, est possible y compris avec le vaccin variolique
récemment injecté à des professionnels de santé.
Cas de pharmacovigilance
Plusieurs cas de pharmacovigilance signalés au décours
d’une vaccination grippale ont fait l’objet d’une
publication durant cette dernière année (mi-2002/
mi-2003). Selon les auteurs, une association entre les observations
cliniques décrites et la vaccination grippale ne peut être
formellement imputée au vaccin : un cas de vascularite nécrosante
associée à une glomérulonéphrite, un
cas de péricardite hémorragique aiguë, un cas
d’encéphalomyélite disséminée
et un cas de myélite transverse chez des adultes, quatre
cas de vascularite leucocytoclastique, un cas de vascularite rhumatoïde.
[17, 18, 19, 20, 21]
Enfin, des cas d’un nouveau syndrome appelé
syndrome oculo-respiratoire (SOR) ont été notifiés
lors de la saison vaccinale 2000-2001 au Canada. Ce syndrome est
caractérisé par la survenue d’un ou de plusieurs
symptômes suivants : yeux rouges, symptômes respiratoires
aigus et œdème de la face. Ces réactions apparaissent
typiquement dans les 2 à 24 heures suivant la vaccination
pour spontanément et entièrement régresser
en 48 heures. L’un des vaccins incriminé, commercialisé
uniquement au Canada, est suspecté être à l’origine
de 96% des cas. En fait, une étape du procédé
de fabrication de ce vaccin serait à l’origine de ce
syndrome chez des sujets vaccinés prédisposés
aux allergies. [22, 23, 24, 25, 26, 27, 28]
CONCLUSION
L’ensemble de ces données de pharmacovigilance associées
à celles de la littérature permettent de confirmer
la bonne tolérance des vaccins grippaux inactivés
(taux de notification de cas de pharmacovigilance pour 100 000 doses
vaccinales vendues dans le monde sur 5 années compris entre
0.6 et 1.1, selon le vaccin considéré).
Quant aux données récentes de la littérature,
elles font état d’évènements indésirables
graves postvaccinaux tels que vascularites, péricardite,
atteintes neurologiques,…Cependant, à ce jour, ces
réactions n’ont pas été considérées
par les membres de la Commission Nationale de Pharmacovigilance
et du Groupe de Travail de Pharmacovigilance de l’Agence Européenne,
comme un signal. Toutefois, comme pour tous les autres effets indésirables,
ils font l’objet d’une surveillance continue.
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1
Vaccin tétanique et grippal inactivé à virion
fragmenté . 2 E.I : Effet indésirable. 3 Effet indésirable grave:
effet indésirable létal, ou susceptible de mettre
la vie en danger, ou entraînant une invalidité, ou
une incapacité, ou provoquant ou prolongeant une hospitalisation.