Périnatalité
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Enquête nationale périnatale (1998)

V. Description et évolution depuis 1995 en Métropole


V.1 Caractéristiques des parents

Entre 1995 et 1998, il s’est produit un report des naissances vers des âges plus élevés (Tableau 4). La proportion de femmes de 20-24 ans a diminué, passant de 19,0 % à 15,0 % alors que la proportion de femmes entre 30 et 39 ans a augmenté, passant de 38,1 à 42,2 %. Une même constatation est faite quand on analyse les données de l’état civil.

La parité n’a pas changé de manière importante entre les deux années ; en 1998, 42,8 % des femmes accouchaient pour la première fois et 33,3 % pour la deuxième fois. Avant cette grossesse, 12,4 % des femmes avaient eu au moins une interruption volontaire de grossesse (IVG) au lieu de 14,7 % en 1995. Cette différence ne peut s’expliquer par des variations dans le nombre d’IVG réalisées dans les années antérieures, car, selon les données du bulletin statistique d’IVG, ce nombre est resté stable depuis le milieu des années 80. Une autre explication réside dans le recueil des données : en 1995, la question était posée aux femmes, alors qu’en 1998 l’information était recueillie dans le dossier médical. On sait de manière générale que les IVG sont sous-déclarées, quelle que soit la méthode pour recueillir l’information, mais il est possible que cette information soit moins bien connue par les dossiers médicaux que par entretien auprès des femmes si cet antécédent n’est pas noté dans les dossiers médicaux de certaines maternités.

Les principaux antécédents obstétricaux sont par ordre de fréquence : la prématurité (3,4 %), la naissance d’un enfant hypotrophe (2,4 %), un mort-né (1,6 %) et un décès dans le premier mois (0,7 %). Au total 6,5 % des femmes ont eu au moins un de ces antécédents ; le chiffre était sensiblement le même en 1995. Ces résultats sont cohérents avec la stabilité de la parité et les variations relativement faibles de la mortalité, de la prématurité et du poids de naissance dans les années antérieures. La proportion de femmes ayant eu une césarienne auparavant a légèrement augmenté, reflétant ainsi une augmentation continue du taux de césarienne dans les années passées, comme nous allons le voir plus loin.

La proportion de femmes mariées au moment de la naissance de leur enfant continue à diminuer et elle est de 57,5 % en 1998 (Tableau 5). La quasi-totalité des femmes vivent en couple et la proportion de femmes seules (7,0 %) n’a pas changé entre les deux enquêtes.

Les femmes étrangères représentent 10,5 % des femmes ; cette proportion a légèrement diminué entre 1995 et 1998. Le principal groupe de femmes est composé des femmes d’Afrique du Nord ; viennent ensuite les femmes d’autres pays d’Europe et les femmes d’autres pays d’Afrique.

En trois ans, le niveau d’études a clairement augmenté : cette tendance est visible pour les enseignements techniques du secondaire et l’enseignement universitaire. Dans ce dernier groupe, étaient présentes 32,6 % des femmes en 1995 et 38,7 % en 1998. Ceci traduit l’allongement des études au cours des années antérieures. Les effets de cette tendance sont légèrement atténués car les femmes composant l’échantillon des naissances est plus âgé en 1998 qu’en 1995.

En 1998, 64,3 % des femmes ont exercé un emploi, même pour une période courte, pendant la grossesse (Tableau 6). En 1995, elles étaient 60,2 %. Pour la première enquête, l’enchaînement des questions était différent et la question sur l’exercice d’un emploi n’était pas posée aux femmes se déclarant sans profession. Ceci ne peut concerner qu’un petit nombre de femmes, moins de 1 % d’après les données de l’enquête en 1998, et on peut penser que l’exercice d’un emploi a réellement augmenté entre les deux années.

La situation vis-à-vis de l’emploi n’est pas stable pendant la grossesse et un certain nombre de femmes qui ont travaillé pendant la grossesse se déclarent sans emploi au moment de la naissance de leur enfant. Au total 58,1 % des femmes ont un emploi au moment de la naissance. Un quart des femmes se déclare femmes au foyer et 12,0 % au chômage. Les professions les plus souvent occupées sont celles d’employée de la fonction publique et des entreprises, pour 28,9 % des femmes, et les professions intermédiaires (institutrice, infirmière, technicienne, …), pour 24,8 % des femmes. Au total seulement 9,7 % des femmes sont ouvrières. Entre 1995 et 1998, on a assisté à une augmentation de la proportion de femmes cadres supérieures ou ayant une profession intermédiaire, qui est passée de 32,0 % à 37,2 %.

Pendant la grossesse, le dernier arrêt de l’activité professionnelle, sans reprise du travail jusqu’à l’accouchement, a eu lieu pendant le deuxième trimestre pour 32,2 % des femmes et dans les quatre semaines suivantes pour 28,7 % des femmes. Ainsi près de 70 % des femmes ont arrêté de travailler à 32 semaines ou avant, c’est-à-dire avant la limite correspondant au début du congé maternité pour un premier ou deuxième enfant (si on y ajoute les deux semaines pour grossesse pathologique). Dans l’enquête, le motif de l’arrêt de l’activité n’était pas demandé ; on peut penser qu’il s’agissait souvent d’un arrêt maladie ou du congé maternité, mais étaient également inclus les arrêts pour fin de contrat, mise au chômage ou convenance personnelle.

En 1998, 89,6 % des maris ou compagnons exerçaient un emploi au moment de la naissance de l’enfant (Tableau 7). La situation n’a pas changé par rapport à 1995. Des hommes se déclarant sans profession et ayant travaillé ne sont pas comptabilisés en 1995, comme nous l’avons dit plus haut pour les femmes ; d’après les données de 1998, ils ne représentent qu’environ 0,2 % de l’échantillon et ne peuvent pas affecter la comparaison. Les hommes sans emploi sont le plus souvent au chômage et la proportion de chômeurs n’a pas changé de manière importante entre les deux années. En revanche les hommes en stage d’insertion sont devenus moins nombreux. Les ouvriers représentent la principale catégorie professionnelle en regroupant 38,1 % des hommes. La répartition des professions n’a pas changé de manière sensible entre les deux enquêtes, si ce n’est la part des professions intermédiaires.

Les ressources des femmes comprennent les revenus provenant du travail (salaire, honoraires, …) pour 90,8 % des ménages, des allocations chômage ou de stage, le Revenu Minimum d’Insertion (RMI), ou l’Allocation à Parent Isolé (API) pour 19,6 % des ménages, et d’autres aides (congé longue maladie, allocation handicapé, … excepté les allocations familiales et l’allocation logement) pour 4,2 % des ménages (Tableau 8). Il n’est pas possible de mettre exactement en rapport les sources de revenu et la situation professionnelle et matrimoniale des femmes, car les ressources concernent toute la grossesse alors qu’on ne connaît la situation sociale qu’au moment de la naissance de l’enfant. Toutefois à titre indicatif on note qu’au moment de la naissance de l’enfant, les femmes vivant seules sans emploi et les femmes vivant en couple dans un ménage où au moins un des membres est au chômage représentent au total 20,0 % de l’ensemble des femmes ; ce chiffre est très voisin de celui concernant les aides sociales (API, RMI, allocation chômage ou de stage). Par rapport à 1995, le pourcentage de ménages ayant un revenu lié au travail a un peu augmenté, pouvant traduire l’augmentation de l’activité professionnelle des femmes. Par ailleurs le pourcentage de ménages ayant reçu une aide sociale semble avoir diminué. Ceci peut provenir d’une modification dans la formulation des questions puisqu’on prévoyait une rubrique pour les autres ressources en 1998 mais pas en 1995. Si ces deux sources sont cumulées, 23,8 % des ménages en 1998 et 23,1 % en 1995 ont reçu une aide, ce qui va dans le sens d’une absence de changement entre les deux années. Quand on combine l’ensemble des ressources des ménages en privilégiant les situations les plus défavorables quand les ménages ont eu à la fois des revenus provenant du travail et d’autres ressources, alors 76,2 % des femmes ont des revenus provenant du travail, à l’exclusion de toutes les autres aides citées ci-dessus ; par ailleurs 0,8 % des femmes n’ont aucune ressource.

En début de grossesse, 1,7 % des femmes n’avaient pas de couverture sociale et elles n’étaient plus que 1,1 % dans cette situation au moment de l’accouchement. Le taux de couverture sociale n’a pas changé entre les deux années. L’absence de couverture sociale, la nécessité de débourser de l’argent pour les soins et les dépenses non remboursées dans certains lieux de surveillance peuvent être un frein à l’utilisation des services de santé. En 1998, 1,8 % des femmes ont dit qu’elles avaient renoncé à des consultations ou des examens pour des raisons financières. Des données plus détaillées sont présentées dans le tableau 27.

Pour savoir quelles femmes avaient vécu leur grossesse dans un contexte psychologique défavorable, des questions concernaient les événements importants qui étaient survenus pendant la grossesse. 4,0 % des femmes ont mentionné la perte de leur emploi (ou 5,3 % si on rapporte les chiffres aux femmes ayant travaillé pendant la grossesse), 3,6 % la perte d’emploi de leur mari ou leur compagnon, et 3,3 % la séparation du couple (Tableau 9). Par ailleurs 18,2 % des femmes ont indiqué un autre événement important, le plus souvent le décès ou l’accident d’un proche ou les complications de leur grossesse. Au total 25,2 % des femmes ont vécu au moins un événement important pendant leur grossesse. Il faut noter que les pourcentages de femmes déclarant la perte d’un emploi ou la séparation du couple ne correspondent pas exactement aux chiffres relatifs à la situation familiale et professionnelle décrite plus haut. En effet les événements couvrent toute la période de la grossesse, alors que les questions sur la situation familiale et le statut vis-à-vis de l’emploi portent sur la situation au moment de la naissance de l’enfant. De manière plus générale, il faut souligner que les femmes ont mentionné certains événements et pas d’autres en fonction de la perception qu’elles avaient de l’importance de ces événements.



V.2 Caractéristiques morphologiques et comportement des femmes

En 1998, 13,3 % des femmes pesaient moins de 50 kg avant cette grossesse et 17,2 % pesaient 70 kg ou plus (Tableau 10). Entre les deux années, il s’est produit une augmentation du poids des femmes, qui peut provenir en partie de l’élévation de l’âge maternel.

Avant la grossesse, 39,4 % des femmes ont fumé au moins une cigarette par jour. Ces résultats sont très voisins de ceux observés dans la population générale, puisque selon une enquête de l’INSEE en 1998, 36 % des femmes âgées de 20 à 39 ans se déclaraient fumeuses. La consommation de tabac n’a pas changé entre les trois années, que ce soit avant ou pendant la grossesse ; au troisième trimestre, 25 % des femmes fumaient au moins une cigarette par jour en 1998, comme en 1995. Par ailleurs la consommation d’alcool a légèrement diminué.



V.3 Conception de l’enfant

Quand on demande aux femmes combien de temps s’est écoulé entre le moment où elles ont voulu être enceintes et le début de la grossesse, 29,3 % d’entre elles disent qu’elles n’ont pas attendu ou qu’elles n’ont pas cherché à être enceintes (Tableau 11). Pour plus de la moitié des femmes, la grossesse a commencé moins d’un an après avoir cherché à avoir un enfant ; le délai a été de deux ans ou plus pour 8,4 % des femmes. Calculé sur l’ensemble des femmes ayant cherché à être enceinte, ces pourcentages sont respectivement 75,2 % et 11,9 %.

Un traitement de la stérilité a été suivi par 6,3 % des femmes pour cette grossesse. Il s’agissait d’un traitement par inducteur d’ovulation seul dans 67,4 % des cas, d’une fécondation in vitro ou une méthode proche pour 24,2 % des cas et d’une insémination artificielle pour 16,5 % des cas, plusieurs traitements pouvant se succéder pour une même grossesse. Ces chiffres peuvent ne pas tout à fait représenter la situation sur une année dans la mesure où le volume d’activité des services concernés n’est pas toujours régulier, comme cela est le cas par exemple pour les centres spécialisés dans l’assistance médicale à la procréation.



V.4 Surveillance prénatale et préparation à la naissance

La déclaration de la grossesse s’est faite dans les mêmes conditions en 1995 et en 1998 (Tableau 12). Moins de 1 % des femmes n’ont pas déclaré leur grossesse et 4,4 % l’ont fait au-delà de la limite fixée par la réglementation.

Le nombre moyen de consultations prénatales n’a pas augmenté entre 1995 et 1998 ; il est de 8,7(+ 2,6) au lieu de 8,9 ( + 2,8) trois années auparavant. En 1998, 9,7 % des femmes ont eu moins de 7 consultations, c’est-à-dire moins que le nombre fixé par la loi pour une grossesse à terme, et 70,9 % ont eu plus de 7 consultations. Le nombre de femmes n’ayant pas consulté l’équipe responsable de l’accouchement a beaucoup diminué, passant de 11,2 % en 1995 à 6,5 % en 1998. De plus le pourcentage de femmes ayant réalisé toutes leurs consultations prénatales auprès de l’équipe responsable de l’accouchement a augmenté de 37,0 % en 1995 à 44,0 % en 1998. Près de 10 % des femmes ont eu au moins une visite à domicile par une sage-femme ; il s’agissait de visites par une sage-femme de PMI (6,1 %) et, dans une moindre mesure, de visites par une sage-femme libérale (3,2 %). La proportion de femmes ayant des visites par une sage-femme de PMI n’a pas changé entre les trois années.

Le nombre d’échographies a augmenté entre les deux enquêtes : 53,9 % des femmes ont eu plus de trois échographies en 1998 au lieu de 48,5 % en 1995 (Tableau 13). Seulement 3,3 % des femmes ne savent pas si elles ont eu un examen de dépistage du VIH ou quand elles en ont eu un ; de plus 8,2 % disent ne jamais avoir eu cet examen. Quand un examen a été fait, c’est le plus souvent la première fois pendant la grossesse. Les informations sur ce sujet n’ont pas été obtenues de la même manière pour les deux enquêtes, ce qui rend les comparaisons difficiles. Il semble toutefois que par rapport à 1995, il y a une meilleure connaissance de cet examen. De plus la proportion de femmes ayant eu un examen de dépistage avant la grossesse a augmenté de manière importante, traduisant une diffusion de cet examen chez les femmes, à l’occasion d’une grossesse précédente ou en dehors d’une grossesse.

Un dépistage sanguin du risque de trisomie 21 est proposé aux femmes enceintes ; il est remboursé depuis 1997. Seulement 4,2 % des femmes disent ne pas savoir si on leur en a fait un. Au total, 66,5 % des femmes ont accepté cet examen, 8,3 % des femmes ont refusé et 19,1 % disent ne pas avoir eu la proposition de cet examen ou ont eu une consultation trop tardive pour le subir. La réglementation prévoit une information préalable des femmes. La quasi-totalité des femmes qui ont eu cet examen ont reçu des explications avant la prise de sang. Au total 11,1 % des femmes ont eu une amniocentèse. Dans une autre étude, un taux de 16,3 % a été observé en 1999 parmi les femmes venant d’accoucher dans 15 grandes maternités publiques et privées à Paris (C de Vigan, communication personnelle) ; dans notre enquête, il était de 16,4 % pour l’ensemble des naissances à Paris. Ce taux élevé pourrait provenir de l’âge des femmes, plus élevé à Paris, et d’une offre de soins plus importante. Les motifs ayant conduit à cet examen dans notre enquête sont par ordre d’importance décroissant : l’âge de la femme (36,8 %), le résultat du dosage sanguin (36,8 %), un signe d’appel échographique (11,7 %) ou d’autres motifs (13,5 %). En ce qui concerne l’âge, le remboursement par les assurances sociales est garanti à partir de 38 ans. Dans l’enquête, 56,8 % des femmes de 38 ans ou plus à la naissance de leur enfant ou 68,5 % des femmes de 39 ans ou plus ont eu une amniocentèse pour cette grossesse.

Les hospitalisations prénatales ont augmenté au cours des trois années, passant de 19,9 % à 21,6 % en 1998 (Tableau 14). Mais elles ont tendance à être plus courtes : les séjours de moins de 3 jours représentent 32,3 % des hospitalisations en 1998, au lieu de 27,0 % en 1995. Ainsi la durée moyenne d’hospitalisation calculée sur l’ensemble des femmes était de 1,7 jours (+ 6,0) en 1995 et 1,6 ( + 6,0) en 1998. Le principal motif d’hospitalisation est la menace d’accouchement prématuré (MAP) (37,5 %) ; viennent ensuite les hypertensions (13,4 %) et le retard de croissance intra-utérin (RCIU) (5,3 %). Les motifs se sont diversifiés entre les deux enquêtes ; les hospitalisations pour MAP ont diminué, alors que les hospitalisations pour RCIU ou pour un autre motif ont augmenté. Un transfert in utero a eu lieu pendant la grossesse pour 0,6 % des femmes et juste avant l’accouchement pour 0,5 % des femmes, soit un taux global de 1,1 %. Le transfert a eu lieu au cours du premier jour d’hospitalisation pour 43,6 % des femmes transférées. La durée de l’hospitalisation prénatale après le transfert est souvent courte : elle a été de moins d’une journée pour 30,6 % des femmes et de un à sept jours pour 44,0 % des femmes.

Les préparations à la naissance sont devenues plus fréquentes, passant de 64,5 % en 1995 à 69,7 % en 1998 chez les primipares et de 22,1 % à 25,0 % chez les multipares (Tableau 15). Le nombre de séances est inférieur à 6 pour 45,5 % des primipares et 61,2 % des multipares. Pour presque les trois-quarts des femmes, la préparation est faite dans la maternité où elles accouchent et pour près d’un quart dans un cabinet libéral. Les motifs d’absence de préparation sont variés chez les primipares : 36,3 % ne souhaitaient pas suivre une préparation, pour 19,9 % des femmes aucune préparation ne leur a été proposée, 13,5 % habitaient trop loin, 13,4 % avaient une pathologie qui était une contre-indication et 7,6 considéraient que les horaires étaient inadaptés. Parmi les multipares, le principal motif était qu’elles ne souhaitaient pas suivre une préparation (63,9 %).



V.5 Travail, accouchement et santé à la naissance

Les caractéristiques du lieu d’accouchement ont changé entre les deux enquêtes (Tableau 16). En 1998, 57,6 % des femmes ont accouché en secteur public, ce qui correspond à une légère augmentation par rapport à 1995 où ce pourcentage était de 55,9 %. De plus l’accouchement a lieu dans des maternités plus grandes. Ainsi 14,4 % des accouchements en 1995 et 10,3 % en 1998 sont faits dans des maternités de moins de 500 accouchements ; à l’inverse 30,7 % des accouchements en 1995 et 37,8 % en 1998 ont lieu dans des maternités faisant 1500 accouchements ou plus. Cette évolution est le résultat du grand nombre de fermetures ou de regroupements parmi les petits établissements. Pour estimer la distance entre le lieu d’habitat et la maternité, on a demandé aux femmes quelle était la durée du trajet pour aller accoucher ; 10,1 % des femmes ont mis plus d’une demi-heure pour venir.

Le début du travail a été déclenché pour 20,3 % des femmes et il y a eu une césarienne dans 9,2 % des cas (Tableau 17). Ces conditions ne diffèrent pas entre les deux enquêtes. En revanche le mode d’accouchement a changé : les césariennes ont augmenté passant de 15,9 % à 17,5 %, au détriment des voies basses opératoires, qui ont baissé pendant la même période. La prise en charge de la douleur s’est modifiée de manière très importante puisque les femmes ayant eu une péridurale sont passées de 48,6 % à 58,0 % en trois ans. Les anesthésies générales, déjà peu nombreuses en 1995, ont continué à diminuer ; elles ont été pratiquées à 2,6 % des femmes en 1998. Une épisiotomie a été réalisée parmi 71,3 % des primipares et 36,2 % des multipares. Le plus souvent elle était médio-latérale ; seulement 4,1 % des femmes ont eu une épisiotomie médiane. La pratique d’une épisiotomie a beaucoup augmenté par rapport à 1981, date de la dernière enquête nationale dans laquelle on disposait de cette information : sur l’ensemble de la population le taux est passé de 38,4 % en 19813 à 50,9 % en 1998.

Le mode de début du travail et le mode d’accouchement varient en fonction de l’âge gestationnel et du poids de naissance (Tableau 18). Le pourcentage de césarienne avant début du travail diminue régulièrement en fonction de l’âge et du poids jusqu’à un minimum à 40 semaines et 3500-3999 grammes. Les déclenchements sont peu fréquents avant 35 semaines et deviennent très nombreux à partir de 41 semaines. Ce tableau montre que 37,2 % des enfants prématurés et 41,5 % des enfants de moins de 2500 grammes sont nés après décision d’arrêter la grossesse dans l’intérêt de l’enfant ou de la mère.

Le taux de césarienne global diminue avec l’âge gestationnel et le poids de naissance, avec un minimum à 40 semaines et entre 3000 et 3500 grammes. Il devient très élevé ensuite. La fréquence des voies basses opératoires augmente progressivement en fonction de l’âge gestationnel, et du poids jusqu’à 4000 grammes.

Si l’analyse de l’évolution des césariennes au cours du temps est faite en tenant compte de la parité et des antécédents, on constate une tendance à l’augmentation des taux de césarienne chez les primipares et chez les multipares sans antécédent de césarienne (Tableau 19). Globalement le taux de première césarienne a légèrement augmenté (p=0,04). L’augmentation du taux sur l’ensemble de la population pourrait donc s’expliquer d’une part par une pratique plus fréquente d’une première césarienne et d’autre part par l’augmentation de la proportion des femmes ayant eu une césarienne antérieure, comme nous l’avons vu plus haut.

La plupart des caractéristiques des enfants à la naissance n’a pas changé entre les deux enquêtes : sexe, mortinatalité et coefficient d’Apgar (Tableau 20). La proportion de naissances multiples a augmenté légèrement, passant de 2,5 % à 3,5 %. Ceci correspond à une évolution continue observée à partir des statistiques de l’état civil depuis 19726. Il ne s’est pas produit de modifications importantes dans les pratiques de transfert. Cependant on note une diminution de la part des enfants transférés dans un autre établissement ; leur part parmi les enfants transférés est passée de 32 % à 24 %. Les principaux motifs d’hospitalisation sont les insuffisances respiratoires (22,0 %), la prématurité et l’hypothrophie (39,7 %) et les infections (13,0 %).

Parmi les enfants restés avec leur mère, 52,5 % des enfants sont nourris au sein totalement ou en partie ; la proportion d’enfants nourris entièrement au sein a augmenté de 40,5 % en 1995 à 45,0 % en 1998, ce qui représente une évolution très favorable.

Un petit nombre de femmes (0,6 %) ont été hospitalisées en service de réanimation ou de soins intensifs pendant plus de 24 heures. Ce nombre a eu tendance à augmenter entre les deux enquêtes. La condition de durée de séjour a été ajoutée en 1998 pour éliminer le cas des femmes admises parfois dans ces services pour surveillance après une anesthésie générale, quand la maternité ne disposait pas de moyens suffisants ; ceci aurait dû entraîner une diminution du nombre de cas, mais il est possible que la tendance observée reflète des fluctuations liées au hasard.



V.6 Poids et âge gestationnel

Entre 1995 et 1998, la proportion de naissances avant 37 semaines a augmenté, passant de 5,9 % à 6,8 % (Tableau 21). Cette augmentation est surtout visible à 35 semaines. Parallèlement à cette évolution, la proportion d’enfants de moins de 2500 grammes est passée de 6,2 à 7,2 %. La plus grande partie de la différence provient du groupe pesant entre 2000 et 2499 grammes.

Les distributions des poids de naissance dans chaque classe d’âge gestationnel ne semble pas présenter de données aberrantes et confirme la qualité de l’estimation de l’âge gestationnel, déjà constatée dans l’enquête précédente (Tableau 22). Ce tableau montre également que les notions de prématurité et de faible poids ne se recouvrent pas totalement ; ainsi 67,9 % des enfants nés à 36 semaines et 33,4 % des enfants nés à 34-35 semaines pèsent 2500 grammes ou plus.

Le taux de prématurité et la proportion d’enfants de petit poids varient fortement suivant la population sur laquelle ils sont calculés (Tableau 23). Si l’estimation porte non pas sur la totalité des naissances mais seulement sur les naissances vivantes, le taux de prématurité passe de 6,8 % à 6,2 %, et celui des enfants de petit poids de 7,2 % à 6,8 %, du fait d’une proportion élevée d’enfants prématurés et de faible poids chez les mort-nés. L’influence des naissances multiples est plus marquée que celle de l’état vital à la naissance. Parmi les naissances vivantes par exemple, le taux de prématurité passe de 6,2 % pour l’ensemble de la population à 4,7 % parmi les enfants uniques ; de même le taux d’enfants de moins de 2500 grammes varie de 6,8 à 5,0 % entre ces deux populations. Ceci s’explique par le fait que 25 % des prématurés et 28 % des enfants de petit poids sont des jumeaux.

L’augmentation de la prématurité entre 1995 et 1998 s’observe sur la totalité des naissances aussi bien que sur les naissances vivantes (Tableau 24). En revanche la situation n’est pas la même suivant le nombre d’enfants issus de la grossesse. Parmi les enfants uniques, le taux de prématurité a peu changé alors qu’il a beaucoup augmenté parmi les jumeaux. Ainsi parmi les naissances vivantes, le taux de prématurité est passé de 4,5 à 4,7 % chez les enfants uniques et de 39,2 à 46,8 % chez les jumeaux. L’augmentation de la prématurité vient donc en grande partie d’une augmentation de la proportion de jumeaux et d’une augmentation de la prématurité chez les jumeaux. Les jumeaux ont également joué un rôle important dans l’augmentation de la proportion d’enfants de petit poids à la naissance. Cependant on constate qu’il persiste une légère augmentation, non significative, de la proportion des enfants de moins de 2500 grammes après exclusion des enfants multiples.

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