Le syndrome hémolytique
et urémique (SHU) est une maladie le plus souvent d’origine
alimentaire, rare en France mais potentiellement grave aux âges
extrêmes de la vie ; elle est la principale cause d’insuffisance
rénale aiguë chez les enfants de moins de trois ans.
C’est une maladie à déclaration obligatoire
dans le cadre des toxi-infections alimentaires collectives.
L’agent bactérien responsable du SHU
typique appartient à l’espèce Escherichia coli,
le plus souvent de sérotype O157:H7. La production de shigatoxines
est responsable de la maladie. On peut retrouver ces bactéries
sous diverses appellations : STEC (Escherichia coli produisant
des shigatoxines) ou VTEC (Escherichia coli produisant
des verotoxines)
Réservoir
Les intestins des bovins constituent le principal
réservoir de STEC.
La contamination de l’aliment provient le plus souvent d’une
hygiène défectueuse lors de la traite ou de l’abattage
des animaux
Les viandes hachées constituent le risque majeur en raison
d’une possible contamination à cœur par ces bactéries
lors de l'opération de hachage.
Mode de contamination
La contamination est le plus souvent alimentaire : ingestion
d’un aliment consommé cru ou peu cuit.
La viande de bœuf, en particulier hachée, est le plus
souvent la cause.
Le lait cru et les produits à base de lait cru sont également
impliqués, de même que de façon plus exceptionnelle,
la consommation de légumes crus ou d’eau non traitée
(eau de puit par exemple) contaminés pas des déjections
animales.
Une transmission inter-humaine par transmission oro-fécale
au sein des familles ou des collectivités est possible
par défaillance des mesures d’hygiène.
Les contacts directs avec des animaux contaminés ou
leurs déjections peuvent également être en
cause.
Il est à noter que la dose infectante est
très faible.
Epidémiologie
70 à 100 cas environ sont signalés
chaque année en France depuis la mise en place de la surveillance
en 1996.
Alors que la majorité des cas signalés sont sporadiques,
l’année 2005 a été marquée par
la survenue de deux épidémies (voir en annexe).
Clinique
Le syndrome hémolytique et urémique
typique se manifeste aux âges extrêmes de la vie, surtout
chez le jeune enfant.
Le SHU constitue une complication grave d’un épisode
de diarrhée souvent sanglante, pouvant évoluer dans
10 % des cas vers une anémie hémolytique, une thrombopénie
(baisse des plaquettes) et une insuffisance rénale aiguë,
qui constituent les principales caractéristiques du SHU.
Néanmoins, le taux de mortalité est actuellement inférieur
à 5 % dans la littérature et à 1% en France
Diagnostic
Biologiquement, la confirmation se fait :
Par coproculture permettant l’isolement et l’identification
complémentaire du sérogroupe en cause (par exemple
O157) d'Escherichia coli. Les selles doivent être prélevées
le plus tôt possible après le début des symptômes
(moins de 6 jours).
Par PCR (technique d’amplification génique) sur
les selles avec caractérisation des gènes de virulence
codant les Shigatoxines (Stx1 et Stx2) et les facteurs d’adhésion
(eae). C’est la méthode la plus sensible. Elle est
réalisée seulement dans des laboratoires spécialisés
(Centre national de référence (CNR) des Escherichia
coli et Shigella et laboratoire associé au CNR.)
Par sérodiagnostic : recherche des anticorps anti-lipopolysaccharides
spécifiques de certains serogroupes de E.coli, à
J0 et à J15 de la date de survenue du SHU. Il est réalisé
au Centre national de référence (CNR) des Escherichia
coli et Shigella.
Déclaration
En dehors des toxi-infections alimentaires collectives
(TIAC), le SHU n’est pas une maladie à déclaration
obligatoire. Toutefois, quand il entre dans les critères
de déclaration des TIAC, le foyer doit être signalé
sans délai et par tout moyen approprié au Médecin
Inspecteur de Santé Publique de la Direction Départementale
des Affaires Sanitaires et Sociales, par le clinicien ou le responsable
du laboratoire.
Un réseau national de surveillance existe depuis 1996. Mis
en place par l’Institut de Veille Sanitaire en collaboration
avec la Société de néphrologie pédiatrique,
il repose sur des services de néphrologie pédiatrique
d’établissements de santé répartis sur
l’ensemble du territoire métropolitain.
Traitement
La prise en charge est hospitalière avec
des mesures symptomatiques, en particulier, dialyse et transfusion.
Prévention
Dans le cadre de la prévention du syndrome
hémolytique et urémique de l’enfant, deux catégories
d’aliments sont notamment en cause : les viandes hachées
et les produits à base de lait cru.
Les viandes hachées.
Pour prévenir le SHU :
La chaîne du froid doit être respectée.
La viande hachée par le boucher à la demande
doit être consommée dans la journée, et les
steaks hachés surgelés ne doivent pas avoir subi
une rupture de la chaine du froid ou une décongélation.
La cuisson des viandes, et surtout de la viande hachée
de bœuf, doit être effectuée à cœur.
Pour cela, il faut s’assurer que la viande est cuite au
centre et qu’elle n’est plus rosée.
Le lait cru
C’est un aliment très fragile qui peut être facilement
contaminé par des bactéries. Le programme national
nutrition santé recommande de ne jamais donner de lait cru
à un enfant de moins de trois ans.
Cette recommandation vaut également pour les produits à
base de lait cru : beurre, crème fraîche et fromages
au lait cru.
Il faut préférer pour les enfants :
- Les fromages à pâte pressée cuite type Gruyère
; Emmental, Comté, etc.
- Les fromages au lait pasteurisé.
Plus largement, la prévention du syndrome hémolytique
et urémique de l’enfant passe, comme pour toute toxi-infection
alimentaire, par le respect de gestes simples :
- Le lavage des mains doit être systématique avant
la préparation des repas, en sortant des toilettes ou après
avoir changé les couches d’un nourrisson.
- Les légumes, les fruits et les herbes aromatiques doivent
être soigneusement lavés, particulièrement lorsqu'ils
sont consommés crus.
- Les plats cuisinés et les restes alimentaires doivent être
suffisamment réchauffés et consommés rapidement.
- Les enfants ne doivent pas boire d'eau non traitée (eau
du puit…)
- La conservation des aliments crus doit se faire séparément
des aliments cuits ou prêts à être consommés.
- Les ustensiles de cuisine et le plan de travail doivent être
soigneusement lavés, en particulier lorsqu’ils ont
été en contact préalablement avec de la viande
crue.