| PREVENTION DU SUICIDE | |
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Données épidémiologiques |
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Le suicide est un grave problème de santé publique : on recense annuellement en France 12 000 décès par suicide et on estime à environ 160 000 le nombre de tentatives de suicide. Ces statistiques sont vraisemblablement sous-estimées en raison de deux sources possibles d'erreurs : l'une est la dissimulation du caractère suicidaire de l'acte, l'autre tient à l'incertitude quant à l'intentionnalité de l'acte (conduisant à considérer qu'il s'agit, soit d'un accident, soit d'un décès d'origine indéterminée, soit d'un suicide). Le sous-enregistrement du suicide est estimé actuellement à un peu moins de 20 %, soit environ 2 000 cas de suicide qui ne seraient pas enregistrés.
Les chiffres du suicide
Evolution du taux de mortalité par suicide depuis 1950
- Entre 1950 et 1970, l'incidence du suicide est restée relativement stable. Cette stabilité globale résultait de deux évolutions contraires : d'une part, une lente augmentation du suicide féminin et du suicide des hommes jeunes, d'autre part, une diminution du suicide chez les hommes de plus de 40 ans.
- A partir du milieu des années 1970, le taux de suicide a augmenté très significativement en France. Entre 1975 et 1985, on a observé une augmentation globale du suicide de 38 %, due en particulier à une accélération de l'augmentation précédemment décrite chez les hommes jeunes.
- Depuis 1985, l'incidence globale diminue légèrement. Cependant, depuis 1990, on assiste à une recrudescence des suicides masculins, avec en particulier dans le groupe des 30-49 ans un taux de suicide plus élevé en 1995 qu'en 1985. Pour les femmes, la diminution amorcée en 1985 s'est ralentie depuis 1990.
Graphique 1 : Evolution du taux de suicide depuis 1950 (sujets de 15 ans et plus)
Evolution du taux de suicide avec l'âge
L'évolution du risque de suicide avec l'âge est actuellement un peu différente de ce que l'on observait il y a une vingtaine d'années. Globalement, il y a toujours une croissance significative du taux avec l'âge mais cette croissance est plus rapide chez les adolescents et les adultes jeunes, jusqu'à 40 ans.
Graphique 2 : Taux de suicide par sexe et âge (France, 1995)
L'importance relative du suicide (par rapport aux autres causes de décès) est maximale vers 30 ans. A cet âge, c'est la première cause de décès, représentant près de 20 % des décès masculins et 15 % des décès féminins. C'est aussi la seconde cause de décès chez les adolescents.
Graphique 3 : Importance relative du suicide, selon lâge, dans la mortalité
De surcroît, l'importance du suicide comme cause de mortalité prématurée s'aggrave. Exprimé en années potentielles de vie perdues, calcul qui ne prend en compte que les décès avant 70 ans, le suicide représente en 1995 la troisième cause de mortalité prématurée (9,6%), taux comparable aux accidents de la circulation (9,7%), derrière les maladies cardio-vasculaires (12,1%) et les tumeurs (30,0%). En 1970, la part des suicides n'était que de 4,6%. L'importance du suicide dans la mortalité prématurée a donc plus que doublé en 25 ans. Cela est dû en partie à la diminution des autres causes de mortalité particulièrement chez les moins de 50 ans, mais également à l'augmentation du suicide chez les adultes jeunes.
Situation de la France par rapport aux autres pays
La France n'est pas un cas isolé. Dans la plupart des pays occidentaux, les décès par suicide chez les jeunes sont devenus la deuxième cause de décès à l'adolescence, après les accidents de la route, et la première cause de décès chez les jeunes adultes.
Actuellement, la France se situe parmi les 10 pays les plus concernés dans le monde, avec l'Estonie, l'Autriche, la Suisse, le Danemark, la Russie, la Belgique, la Slovénie, la Lituanie et la Finlande.
Idées suicidaires et tentatives de suicide
Des chiffres alarmants chez les jeunes
Dans la population générale, la tentative de suicide, à l'inverse du suicide, touche deux fois plus de femmes que d'hommes. Globalement, plus d'un tiers des suicidants ont moins de 25 ans et 7 sur 10 ont entre 15 et 34 ans. Fréquente à l'adolescence et parmi les jeunes adultes, la tentative de suicide a une incidence annuelle de 5 pour 1000 chez les filles et de 2 pour 1000 chez les garçons.
D'après l'enquête nationale de l'INSERM (M. Choquet, S. Ledoux ) réalisée en 1993 auprès de 12 000 élèves du second degré, 5 % des garçons et 8 % des filles déclarent avoir effectué au moins une tentative de suicide au cours de leur vie, soit en moyenne 2 élèves par classe. Parmi ceux-ci, seulement 1 sur 5 a été hospitalisé.
Des récidives fréquentes
Autre fait alarmant : la fréquence des récidives. Plus d'un tiers des suicidants (37%) réitèrent leur geste, cette proportion étant plus élevée chez les garçons. Dans plus de la moitié des cas, la récidive survient dans l'année qui suit la première tentative. Par ailleurs, le risque vital augmente avec le nombre de tentatives.
Un comportement qui doit être pris au sérieux
Le Baromètre Santé Jeunes, réalisé par le Comité Français d'Education pour la Santé (CFES) en 1997 auprès de 2708 jeunes de 15 à 19 ans montre que 11 % ont pensé au suicide dans les 12 derniers mois et que parmi ceux-ci, 53 % n'en ont parlé à personne. De même, 4 % de ces jeunes ont fait une tentative de suicide au cours de leur vie. Parmi ceux-ci, 44 % n'en ont parlé à personne et 62 % n'ont reçu aucun suivi médical ou psychologique après leur geste. Or, on sait que le comportement du jeune qui commet une tentative de suicide ne doit pas être banalisé. Il n'y a pas de corrélation entre la gravité de la tentative et la détresse psychique, toujours intense, de celui qui tente de mettre fin à ses jours.
Source :
DGS
8 avenue de Ségur
75007 Paris
Rédaction : septembre 1999