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Débat organisé par La Jeune Chambre Économique de Lyon
Un changement de mentalité à concrétiser
1) C’est, d’abord, sécuriser l’habitat, premier lieu des risques d’isolement, d’accidents domestiques,d’abus de confiance. Ces risques augmentent avec l’âge, à tel point que nos aînés sont les premières victimes des accidents domestiques, qui sont très souvent un facteur déterminant dans les placements en institution. Le rôle de la prévention à domicile sera donc décisif pour déplacer le curseur de la perte d’autonomie. C’est aussi un facteur de modernité et de croissance, au même titre qu’un élément de qualité de vie.
Mon objectif était de créer un "diagnostic" pour l’autonomie à domicile destiné aux aînés désireux de vivre chez eux et qui sont en bonne santé : c’est plus de 80% des 60 ans et plus. Ce diagnostic pourra également intervenir en cas de sortie d’hospitalisation. Cela implique de changer le visage de l’urbanisme, de l’économie urbaine, dans et à l’extérieur des logements : c’est un immense chantier économique et industriel.
2) Ensuite, les technologies et services de l’autonomie sont un atout essentiel pour répondre aux besoins et aux attentes des aînés en matière d’autonomie, de mobilité, d’accès à l’information et aux services, de sécurité, de liens familiaux : elles représentent là aussi, à elles seules, une nouvelle économie qui va profiter à l’ensemble de notre société.
Mon objectif était :
J’ai sur ce point constaté que les aînés ont une pratique de plus en plus familière des nouvelles technologies de l’information, notamment d’internet. Ils les "boostent".
Il faut à présent transformer ces atouts en richesse, en éléments et secteurs économiques cohérents. C’est un pari énorme sur l’avenir, mais je suis persuadée que nos entreprises, nos pouvoirs publics, vont savoir relever ce défi, comme ils l’ont fait quand il s’est agi de transformer la gestion urbaine et l’environnement, en une véritable composante économique.
3) Mieux prévenir la perte d’autonomie, c’est aussi vivre dans un environnement favorable incitant à la mobilité, qui est non seulement symbole de liberté, mais aussi facteur de production accélérée de richesses.
Les besoins spécifiques des aînés sont insuffisamment pris en compte dans l’urbanisme, l’aménagement des espaces et des réseaux de transports : les élus locaux, ici présents, le savent.
Là encore, on sait qu’il s’agit d’investissements coûteux, mais porteurs de croissance, de richesses et de développement durable.
C’est pourquoi mon objectif fut d’initier, dans le sillage du label "bien vieillir" une véritable stratégie d’adaptation de nos villes et villages au vieillissement de la population : imaginez ce que cela représente à l’échelle de notre ville de Lyon ! En termes de transports, de mobilité, d’accessibilité… Les aînés vont nous aider à repenser la ville à l’aune des plus fragiles. Nous sommes tous concernés car nous avons tous été fragilisés, ou le serons un jour : une femme enceinte, un malade, une personne handicapée.
4) Pour mieux prévenir la perte d’autonomie des aînés, nous avons aussi besoin de professionnels compétents. Cette cause humaine constitue une immense réserve d’emplois d’avenir.
Les métiers sont nombreux : aide à la vie, aide ménagère, infirmière, aide-soignante, aide médico-psychologique, aide à la mobilité, aide à la sécurité, installation et maintenance des technologies à domicile. Il s’agit d’emplois pérennes, non délocalisables, qui profitent à toutes les générations et tous les territoires. Mais il faut aussi valoriser ces emplois, en faire des métiers qualifiés, offrant des perspectives de carrière. C’est pourquoi j’avais ouvert un vaste chantier sur ce sujet.
5) Lutter contre les effets de la perte d’autonomie des aînés, c’est aussi une question de droit. Notre société fondée sur l’égalité des droits, doit garantir à tous nos aînés, qu’ils soient autonomes ou dépendants, le respect dû à tout citoyen et à tout être humain.
Le vieillissement de notre société nous impose donc de revoir les fondements et les usages de notre droit. J’ai eu l’occasion d’en parler avec les notaires lyonnais (successions, transmission du patrimoine, tutelle des personnes dépendantes).
C’est pourquoi, j’ai souhaité proposer une charte des aînés qui affirme l’égalité des droits et valorise les acteurs qui les respectent, et que j’ai inscrit la lutte contre la maltraitance envers les aînés comme l’une de mes priorités ministérielles : j’avais, par exemple, pris la décision de veiller à ce que l’ensemble des établissements accueillant des personnes âgées dépendantes observent des règlements strictes en matière de bientraitance. Ceux qui n’étaient pas aux normes, ont été fermés : là encore, l’impératif de respect des personnes et de qualité de vie vient apporter une stimulation à la qualité de vie et à la croissance. Il lui donne des critères précis, normés, qui relèvent directement de l’amélioration du niveau global de la qualité de vie.
6) Enfin, pour lutter contre la dépendance des aînés, il faut, en amont, avoir une vision économique globale axée non pas sur une économie de la dépendance, mais une véritable économie de l’autonomie. Cela suppose d’organiser les filières économiques en valorisant les parcours professionnels des aidants, mais aussi en offrant des prestations de services de meilleure qualité, adaptées et accessibles à tous, sur l’ensemble du territoire. Car c’est depuis les territoires eux-mêmes que doit se construire, dès aujourd’hui, une économie du vieillissement. C’est une source de richesse pour les villes et les territoires. Vous, jeunes chefs d’entreprise, vous êtes aussi concernés par la construction de cette nouvelle économie, dont les perspectives doivent être tracées.
Tant que les personnes âgées restent chez elles, nous devons donc, Mesdames, Messieurs, pouvoir leur garantir un accompagnement sur mesure.
Dans ce dispositif, je ne veux pas oublier d’évoquer le rôle primordial des aidants familiaux, qui assument souvent une grande partie de l’aide à domicile.
Les chiffres en témoignent : les 3/4 des bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) à domicile perçoivent une aide de leur entourage. Nous avons tous fait l’expérience de ce soutien dans nos familles. Ce sont les proches de la personne âgée dépendante qui consacrent en moyenne quatre heures par jour aux démarches administratives, aux courses, à la préparation des repas et à la surveillance de leur proche en situation de dépendance.
C’est pourquoi j’avais prévu dans le cadre de la LFSS 2010 de multiplier les solutions dites de répit (accueil de jour et hébergement temporaire) pour soulager ces aidants familiaux de ce dévouement de tous les instants. Car je ne voulais pas que les aidants soient les 2èmes victimes de la dépendance de leur proche, alors qu’ils constituent un exemple de solidarité et de proximité qui honore notre modèle social et humain.
Là encore, vous le voyez, la solidarité des proches d’une personne âgée en situation de fragilité vient refonder le sens de notre "Vivre ensemble".
Je ne puis conclure sans évoquer un point qui semble au premier abord en contradiction avec le thème de votre réflexion : le vieillissement représente un coût croissant pour la société. Et la prise en charge des personnes dépendantes, avec la progression constante des maladies neurodégénératives représente une charge financière qui atteint aujourd’hui 14 milliards d’euros pour l’Etat.
Mais comme l’a dit le Président de la République, qui a une mission prospective, cette charge n’est pas une fatalité.
Le défi qui nous est lancé, est de transformer précisément ce qui est aujourd’hui une charge nette pour la société, en croissance. Les effets de la crise économique mondiale sur notre économie nationale, dont nous connaissons la rudesse, ont été amortis par le fait que 30% de notre PIB est socialisé. C’est la preuve que notre pays a déjà intégré le bien-être et la santé de l’ensemble des citoyens comme un élément de richesse et de production de richesses !
Aujourd’hui, je continue ce combat que j’ai mené au service des aînés, avec la même conviction pour l’ensemble du domaine de la santé.
Je suis de retour de Chine, où j’ai lancé une coopération approfondie entre nos hôpitaux publics. Le Ministre chinois de la santé, qui connaît bien notre pays, a entrepris une vaste réforme de la santé qui s’inspire de la France.
En Chine, la protection sociale, les services médicaux, le remboursement des médicaments restent limités, alors que la population aspire à être mieux soignée. On n’a encore rien prévu pour gérer le vieillissement très important de ce peuple d’1,4 milliards d’habitants.
Créer un système de protection sociale pour la santé, pour les personnes âgées notamment, permettrait :
Imaginons, Mesdames et messieurs, ce qu’une telle évolution en cours peut représenter pour notre pays, en termes d’exportation de ses savoir-faire dans le monde entier.
Nos savoir-faire en matière de gériatrie, de logement, d’urbanisme, d’équipements logiciels, pour transformer des objets de la vie quotidienne en outils de qualité de vie pour les aînés ; sont appréciés dans le monde entier.
Ils peuvent et vont créer un potentiel de croissance à l’intérieur, comme à l’extérieur de nos frontières.
C’est pour moi un des plus grands et exaltants combats de la femme engagée que je suis. Alors oui, le vieillissement de la population française et mondiale est une chance et une richesse pour l’humanité.
Mais il faut la saisir ensemble, acteurs publics et privés, pour transformer un coût en croissance, et, pour tout dire, en bonheur !
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