Morbidité

1er décembre 2009
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D’autres pathologies peuvent être favorisées par le froid, entre autres les acrosyndromes, les maladies endocriniennes ou l’asthme. Bien que l’inhalation d’air froid soit un facteur déclenchant de crises d’asthme, il semble toutefois que le froid ne soit pas un facteur de risque majeur comparé à l’impact des infections bronchiques virales sur les asthmatiques.

1. Pathologies liées à l’exposition directe au froid
Traumatologie : il n’a pas été observé d’augmentation nette des fractures en période hivernale. De même, les accidents de la route sont moins nombreux en hiver. Au contraire, il y a un risque accru d’intoxications au monoxyde de carbone dues à des systèmes de chauffage déficient ou à des véhicules immobilisés par le froid.

a) L’hypothermie
L’hypothermie correspond à un état de défaillance multiviscérale et notamment du système cardio-vasculaire grave et consécutif à un dépassement des capacités de la thermogenèse.

L’hypothermie peut être faible (32.2< T 35 <.0°C), modérée (28.0 < T < 32.2°C) ou sévère (< 28.0°C) (CDC 1999). Les facteurs de risque communément associés sont la consommation d’alcool, la consommation de drogues, la démence et l’immersion dans l’eau froide. L’hypothermie urbaine concerne majoritairement les sans abri et les personnes en état d’ivresse. Les personnes âgées dont le système biologique de régulation de la température est perturbé peuvent souffrir d’hypothermie dans un domicile, souvent par manque de chauffage.

Les symptômes précurseurs de l’hypothermie chez les adultes sont la confusion, la perte de mémoire, la somnolence, la fatigue, la difficulté de mouvement et de langage. Chez les enfants les symptômes se traduisent par une rougeur, une peau froide et une apathie.

b) Les gelures

On décrit leur gravité en 4 « niveaux » :

  • premier degré correspondant à une forme érythémateuse sans phlyctène : souvent appelée engelure. Certains individus y sont plus particulièrement sensibles lorsqu’ils sont atteints d’un acrosyndrome.
  • deuxième degré superficiel (forme bulleuse, phlyctène à liquide clair, guérison sans séquelles),
  • deuxième degré profond (grosses phlyctènes sérohématiques, nécrose limitée au derme avec formation d’escarre, séquelles douloureuses fréquentes)
  • troisième degré (nécrose profonde, totale pouvant aboutir à une mutilation, séquelles constantes).Un risque plus particulier est lié à l’utilisation de porte-bébé porté sur la poitrine ou le dos. La circulation des membres inférieurs des nouveau-nés est réduite, ce qui augmente les risques d’engelures des jambes et des pieds par temps froid.

2. Les intoxications au monoxyde de carbone (CO)

Les intoxications par le monoxyde de carbone sont la première cause de mortalité par toxique en France, dans un contexte domestique ou professionnel (en dehors des suicides et des incendies). Le dispositif national de surveillance indique qu’en 2006 le nombre des intoxications reste important : 1682 intoxications, impliquant 4892 personnes dont quatre-vingt dix sont décédées. Soixante pour cent des personnes intoxiquées ont été transportées vers un service d’urgences et un tiers d’entre elles ont été hospitalisées. Les intoxications accidentelles sont principalement générées par des installations de chauffage ou de production d’eau chaude non conformes, vétustes, mal entretenues, ou utilisées de façon inappropriée. Des conditions météorologiques particulières interfèrent parfois avec ces dysfonctionnements techniques (mauvaise évacuation des gaz brûlés, refoulement par défaut de tirage…) et concourent à la survenue d’intoxications à l’intérieur des logements. Les intoxications oxycarbonées se produisent principalement de novembre à février ("période de chauffe"). L’usage des appareils ou des moteurs thermiques (en particulier les groupes électrogènes qui doivent être installés en extérieur), en milieu clos dépourvu de ventilation, sont à l’origine de nombreuses intoxications.

Toutes les populations semblent concernées par les intoxications oxycarbonées même si les conditions de précarité sociale et financière sont des facteurs aggravants.

3. Pathologies médicales ayant une recrudescence en hiver
La morbidité durant l’hiver est marquée également par une augmentation des pathologies cardio-vasculaires et des infections pulmonaires particulièrement chez les personnes âgées. D’autres pathologies telles que les otites, les gastro-entérites, les crises d’asthme, les pharyngites surviennent plus fréquemment en hiver, notamment chez les nourrissons et les enfants jeunes.

a) Les accidents vasculaires cérébraux (AVC)
Ils semblent augmenter en hiver, plus particulièrement dans des conditions anticycloniques, i.e. température et humidité faibles, pression atmosphérique et vitesse du vent importantes. Cependant, des études poursuivies dans des pays de climats différents montrent des variations saisonnières diverses.

b) Les pathologies respiratoires d’origine infectieuse
Plusieurs mécanismes ont été invoqués pour expliquer l’augmentation de la pathologie respiratoire durant l’hiver.

  • Le froid pourrait diminuer la résistance immunitaire face aux maladies respiratoires infectieuses. Par ailleurs, l’inhalation d’air froid déclenche une bronchoconstriction, spécialement en cas de broncho-pneumopathie chronique obstructive. Les situations d’air sec (humidité relative basse) semblent plus fréquemment associées aux pics saisonniers des infections respiratoires,
  • la faible humidité pourrait dessécher les muqueuses et donc réduire leur résistance à l’infection.
  • la grippe contribue indirectement à l’excès de mortalité hivernale. La pollution atmosphérique constitue un facteur de risque supplémentaire.

Aux Etats Unis, le nombre de décès par grippe, pneumonie et bronchite culmine en décembre et en janvier. Il semble aussi exister une forte corrélation entre la baisse de température et la mortalité par grippe et bronchites aiguës et chroniques. Les personnes âgées de plus de 60 ans sont plus à risque. Les mois hivernaux où l’humidité est faible et où il y a peu de mouvement d’air dans les constructions chauffées sont propices à la propagation de maladies respiratoires infectieuses

c) L’asthme

  • le froid n’est pas un facteur de risque majeur mais la promiscuité des personnes dans les espaces clos, entre autre dans les établissements scolaires, favorise la propagation de certains virus qui sont des facteurs d’aggravation de l’asthme,
  • l’humidité est aussi un facteur de risque de l’asthme. L’inhalation d’air glacé est un facteur de déclenchement de l’asthme.
  • la pollution hivernale étudiée par le biais du dioxyde de soufre est un facteur de risque qui augmente la durée et la fréquence des crises d’asthme chez les enfants, même à des niveaux de pollution faible.

d) La drépanocytose
Chez les patients atteints de drépanocytose, le refroidissement cutané est un facteur déclenchant les crises douloureuses qui sont associées à une nécrose vasculaire de la moelle osseuse (par précipitation de l’hémoglobine S et falciformation des globules rouges). Deux études sur l’effet du refroidissement cutané indirect (immersion dans l’eau froide) et des vibrations sur la survenue des crises, mettent en évidence que la vasoconstriction en réponse à un refroidissement cutané est plus intense et plus prolongée chez les patients présentant une drépanocytose que chez des sujets sains, et évoquent la possibilité que le refroidissement cutané puisse déclencher une crise douloureuse par le biais d’une vasoconstriction réflexe au niveau des muscles squelettiques et probablement aussi au niveau de la moelle osseuse.

Une autre étude menée à Kingston (Jamaïque) sur l’analyse des facteurs déclenchant les crises vaso-occlusives chez de jeunes patients drépanocytaires montre qu’un refroidissement cutané était en cause dans 34 % des cas. Le froid comme facteur déclenchant les crises n’était pas moins fréquemment retrouvé chez les patients présentant une couche graisseuse sous-cutanée plus importante.

e) Les maladies endocriniennes
Le système endocrinien participant activement à la thermogenèse, le déficit en certaines hormones peut altérer la réponse à une exposition au froid. C’est particulièrement le cas des hormones thyroïdiennes.
Dans le cas du diabète non insulinodépendant (de type 2), le taux de l’hémoglobine glycosylée (HbA1c), reflet de l’équilibre diabétique, varie en fonction des saisons avec un niveau significativement plus élevé en hiver. Ce résultat est à relier aux conditions hygiéno-diététiques et en particulier à l’augmentation de l’apport calorique (plats plus salés et ingestion d’alcool), à la diminution de l’activité physique et au manque d’adaptation des conseils nutritionnels en fonction des saisons.

f) Les troubles mentaux
Les résultats de l’enquête menée par l’Observatoire régional de la santé en Ile-de-France ont révélé une augmentation de 31,4 % de la mortalité liée aux troubles mentaux (ORS Ile-de-France, 1987). Les troubles mentaux sont un facteur de risque reconnu de l’hypothermie (Tanaka et al. 1990). En particulier, la détérioration des capacités cognitives peut conduire une personne à sous-estimer le risque du froid et à être particulièrement démunie en hiver.

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